METAMORPHOSES
Mon pront et peu sage penser, Qui peut haut et bas s'élancer, Kl se feûit cent formes nouvelles.
Un jour, fantastique et léger, En rose voulut me dianger, Royne des fleurettes plus belles;
Croyant que la jeune beauté.
Qui rend mes jours sans liberté, Pourroit sur moy jetter la veuë, Et de ses doigts victorieux Me poser au sein glorieux, Le séjour du dieu qui me tuê
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Espoir trompeur, tu m'as deceu!
Si grand prix je n'ay point receu ; Car sa rigueur, qui me fait gueirc, ISe m'a d'un regard consolé, Mais d'un pied cruel m*a foulé, Gomme un ver rampant sur la ten-e.
Depuis, quand la vive clarté Du ciel, aux plus grands jours d'esté.
De chaud et de soif nous martyre, La voyant languir foiblement, ]1 me cliange aussi pronlement Aux moites soupirs de Zephyre.
L'éventant d'un air adouci, J'esperoy de pouvoir aussi Tempérer mes fiâmes cruelles.
Baiser ses yeux, mes ennemis, Et du sein, qui ne m'est permis, Refraichir les pommes jumelles.
Mais tousjours contraire à mes vœux, Dés que ses plus tendres cheveux S'émeurent sous ma douce haleine, Kt que ma fraischeur la toucha, Toute en ses habits se cacha.
Trompant mou attente et ma peine.
En rosée il me change après, En ombre et en brouillas espés, Que Phebus des vapeurs esleve :
Ombre pour la suivre en tous lieux.
Brouillas pour couvrir ses beaux yeux, Humeur pour anoser sa grève.
Mais cet art peu me secourut, Car, dès que le feu m'apparut.
Dont mon ame est toute embrasée, L'ombre à* sa clarté se perdit.
Le brouillas pronte elle fendit.
Et sécha l'humide rosée.
I.yc-abie et Phiiemon qu'un seul trait a blessez, bt (lui n'ont leurs pareils en amour pure et sainte, 0 céleste Venus I te consacrent en crainte. Avec des myrthes verts, ces lys entrelacez.
Favorise leurs vœux, à toy seul adressez, l'ay que leur claire aideur ne soit jamais esleintc El ([ue leur pure foy chasse au loin toute feinle,
Keii(lant par sa blancheur les beaux lys efl'accz.
Ainsi qu'un seul lilct ces fleurettes assemble, rii'uD seul nœu pour tousjours lace leurs cœurs ensemble, Kt qu'aucun accident ne le puisse trancher.
Fay qu'un mesme vouloir règne eu leur fantaisie. Qu'ils n'espreuvent jamais que c'est que jalousie, Et l'envieuse dent ne les puisse toucher.
DIALOGL'E
— Berger, quelle advanturc eslrange D'ennuis fraischemcnt fa privé?
— Amour est cause en moy d'un change, Dont tant de bien m'v'>st arrivé.
— Quel succez assez favorable Pouvoit t'exeropter de soucy?
— Aimer d'amour ferme et durable En lieu qu'on m'aimast tout ainsi.
— l.a gloire, où ton esprit se fonde.
Est-elle pour long-tans durer?
— Si rien de ferme est en ce monde, Je m'en dois tousjours asseurer.
— Si ta maistrcsse esloit volage.
Ton mal scroit-il véhément?
— Las ! changez ce triste langage.
Je meurs en l'oyant seulement.
— Qui sçait si quelque autre plus belle Tourroit ton cœur faire changer?
— Je n'ay point de cœur que poui* elle, Et d'autre je ne puis juger.
— Feins un peu que dedans ton ame Se loge une autre affection.
— Pour Dieu qu'en vous servant, madame, Je n'use point de fiction.
— Dy vray, l'amour qui te surmonte Est-il si plein de fermeté?
— Qui vous en deut mieux rendre conte Que vostre admirable beauté?
— Quelquefois j'en prends asseuranoe, D'autres fois j'en doute bien fort.
— L'heur favorable à ma constance En ce seul point mb fait grand tort.