‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 185 sur 259 · A MADEMOISELLE DE BK]SSAC · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE BK]SSAC

JEAXNE DE COSSÉ

Comme quand il advient que l'humaine pensée, Compagne d'un désir vainement curieux, Entreprend de voler jusqu'au plus haut des deux Pour voir des deïtez la grand' troupe amassée.

Alors qu'elle présume estrc bien avancée, C'est lors qu'elle connoist son vol audacieux ; Car tousjours le chemin s'esloignc de ses yeux, Et ne voit point de fin à l'œuvre commencée.

Tout ainsi qui voudra, plein de temerittS S'essayer de trouver fin à l'infinité Des grâces, qui vous font divinement reluire,

En pensant s'avancer ses labeurs accroistront; Car d'un sujet finy cent mille autres naistront, Et faudra qu'à la fin tout court il s'en retire.

A MADEMOISELLE DE LA CHASTAlGiNERAYE

nUITTE DB TIVOXMB

0 beaux cheveux châtains d'une qui ce nom porte, Ondez, crespes et longs, où les Jeux inconstans Et les petits Amours, comme oiseaux voletans, S'emprisonnent l'un l'autre en mainte et mainte sortei

0 bel œil, qui d'Amour rend la majesté forte, Clair, bnm, fier et piteux, seul soleil de ce tans, Le bois sec reverdit au retour du printans. Et le tien fait fleurir mon espérance morte I

11 faudroit estre roche, acier ou diamant, Pour ne devenir flamme et mourir doucemant Auprès d'une beauté de beautez si pourveué.

0 célestes rayons, qui me donnei la loy. Je voudrois estre Argus alors que je vous voy Et, ne vous voyant point, estre privé de veuê ' !

f Pour le* trois dernières personnes, vo;fi llnlrodaclkm placée m téta do volume.

CHANSON

0 bicn-hcureux qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Parmy les champs, les forests et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire, Et qui no vend sa liberté pour plaire Aux passions des princes et des rois ! II n'a soucy d'une chose incertaine, 11 no se paist d'une espérance vaine, • Kullc faveur ne le va décevant, De cent fureurs il n'a l'amc embrasée.

Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la fin que du vant.

11 ne fremist, quand la mer coun'oucée Enfle ses flots, contrairement poussée Des vens esmeus,soufl1ans horriblement ; Et quand la nuict à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'éveille.

Pour l'envoyer du lict au monument. '

L'ambition son courage n'attise; D'un fard trompeur son ame il ne dt'guise, II ne se plaist à violer sa foy; Des grands seigneurs l'oreille il n'importune, Biais en vivant contant de sa fortune, Il est sa cour, sa faveur et son roy,

Je vous rens grâce, ô dcïtez sacrées Des monts, des eaux, des forests et des prées,

4Sâ liERGEiaKS.

Qui tue privez de pensers soucieux, Kt qui rendez ma volonté contentei Chassant bien loin ma misérable attente Et les désirs des cœurs ambitieux !

Dedans mes cliamps ma pensée est enclose; Si mon corps dort, mon es])ril se repose, Un soin cruel ne le va dévorant.

Au plus matin la Traischeur me soulage ; S'il fait trop chaud, je me mets à Tombrage, Lt, s'il fait froid, je m'échauffe en courant

Si je ne loge en ces maisons dorées.

Au front superbe, aux voûtes peinturées D'azur, d'esmail et de mille couleurs.

Mon oeil se paist des tIu*esors de la plaine. Riche d'oeillets, de lis, de marjolaine, Et du beau teint des printaniercs fleurs.

Dans les palais enflez de vainc pompe.

L'ambition, la faveur qui nous trompe.

Et les soucys logent communément; Dedans nos champs se retirent les fées. Roines des bois à tresses décoiffées, Les jeux, l'amour et le contentement.

Ainsi vivant, rien n'est qui ne m'agrée ; J'oy des oiseaux la musique sacrée, Quand au matin ils bénissent les deux.

Et le doux son des bruyantes fontaines, Qui vont coulant de ces roches hautames, Pour arrouser nos prez délicieux.

Que de plaisir de voir deux colombelles, Dec contre bec, en trémoussant des ailes, Mille baisers se donner tour à tour, Puis, tout ravy de leur grâce naïve, Dormir au frais d'une source d'eau vive. Dont le doux bruit semble parler d'amour !

Que de plaisir de voir sous la uuict brune, Quand le soleil a fait place à la lune, Au fond des bois les nymphes s'assembler, Monstrer au vent leur gorge découverte.

Danser, sauter, se donner cotte-verte, Et sous leurs pas tout l'herbage trembler I

Le bal flny, je dresse en haut la veuv, Pour voir le teint de la lune cornue, Claire, argentée, et me mets à penser Au sort heureux du pasteur de Latmlc; Lors je souhaite une aussi belle amie, Mais je voudrois en veillant l'embraner.

UKIIGERIES. \%Ti

Ainsi la nuict je contente mon aine, Puis, quand Phebus de ses rays nous enfiame, J'essaye encor raille autres jeux nouveaux; Diversement mes plaisirs j'entrelasse, Ores je pesche, or* je vay à la chasse, l!t or' je dresse embuscade aux oyseaux.

Je fay l'amour, mais c'est de telle sorte Que seulement du plaisir j'en rapporte, ;\'engageant point ma chère liberté; F.t quelques laqs que ce dieu puisse faire Tour m'attraper, quand je m'en veux distraire, J'ay le pouvoir comme la volonté.

Douces brebis, mes fidelles compagnes, Hayes, buissons, forests, prez et montagnes, Soyez témoins de mon contentement !

Et vous, ô dieux ! faites, je vous supplie, Que cependant que durera ma vie, Je ne connoisse un autre changement.

Recherche qui voudra les apparens honneurs, Les pompes, les thresors, les faveurs variables, Les lieux hauts élevez, les palais remarquables, Uctraites de pensers, d'ennuis et de douleurs;

J'aime mieux voir un pré bien tapissé de fleurs, Ârrousé de ruisseaux au vif argent semblables. Et tout encourtiné de buissons délectables. Pour l'ombre et pour la soif durant les grand's chaleurs.

Là, franc d'ambition, je voy couler ma vie Sans envier aucun, sans qu'on me porte envie, Roy de tous mes désirs, contant de mon parti.

Je ne m'appaste point d'une vaine espérance. Fortune ne peut rien contre mon asseurance, Et mon repos d'esprit n'est jamais diverti.

Quel destin favorable, ennuyé de mes peines, Rompra les forts liens dont monr col est pressé? Par quel vent reviendray-je au port que j'ay laissé, Suivant trop follement des espérances vaines?

Verray-je plus le tans qu'au doux bruit des fontaines. Dans un bocage espais mollement tapissé. Nous recitions nos vers, moi, d'Amour offencé. Toi, bruyant de nos rois les victoires hautaines?

i\\ BERf.FRIES.

Si j'eschappe d'icy, Douât », je te promet< Qu'Apollon et Cypris je suirray désormais, Sans que Tambition mon repos importune;

Les venteuses faveurs ne pourront me tenter, Et de peu je sçauray mes désirs contenter, l'r«'nant conjn^ de vous, espérance et fortune?

ni

n'rXB FOUTAISE

Cette fontaine est ft*oide, et son eau doux-conlnnfc, A la couleur d'argent, semble parler d'Amour; Un herbage mollet reverdit tout autour, Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le fùeillage obeyt à Zéphyr qui l'évante, Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour; Le soleil clair de flame est au milieu du jour, Et la terre se fend de l'ardeur violante.

Passant, par le travail du long chemin Inssê, Brûlé de la chaleur et de la soif pressé, Arreste en cette place où ton bon-heur te mai ne;

L'agréable repos ton corps délassera, L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera, Et ta soif se perdra dans l'eau de la fontaine.

SIR LA BEItGEIIIK DE REMY DELLEAU '

Quand je ly, tout ravy, ce discours qui soupire Les ardeurs des bergers, je t'appelle menteur, (Pardonne-moy) Pelleao, de t'en dire l'autheur; Car un homme mortel ne sçauroit si bien dire.

Amour, qui tient les dieux au joug de son empire, A derechef contraint Phebas d'estre pasteur. Qui, pour charmer sa peine et l'œil son enchanteur, Doit avoir fait ces vers, témoins de son roartire.

0 Phebus! ô grand dieu des poètes invoqué! Parmy nos champs françois si tu as remarqué Quelque herbe, ou quelque fleur, qui les cœurs penteontraintlir.

Change cil d'Hippolyte et le rend enflammé! Ou bien, s'il faut que j'aime et ne sois point aimé, Fay qu'en si beaux regrets mon mal je puisse plaindre.

I vmex la noie de la pa^'A !.

\o\f ' la noie de la pa^T 31.

BERGERIES. 43f>

DISCOURS

Que failes-vous, mignons, mon désiré souci, Le soucy d'Apollon el des Muses aussi, Amis que j'aime mieux qu'une jeune pucelle N'aime les belles fleurs de la saison nouvelle, Ores que faites-vous à la suite du roy? Est-il possible au moins qu'ayez soucy de moy, De moy qui, chacun jour, au ciel rien ne demande Oue rheur de tost revoir une si chère bande? Et bien qu'absent de vous mille contentemens Chassent de mon esprit tous fascheux pensemens, Je ne puis toutesfois, quelque esbat qui me tienne. Faire tant que tousjours de vous ne me souvienne; Je ne rêve autre chose, et l'obstiné désir Que j'ay de vous revoir amoindrit le plaisir Dont je flatte ma vie, or' que la chienne ardante De chaleur et de soif à l'égal nous tourmante. Et qu'au clair de la nuict les satyres cornus, Les sil vains chévre-pieds et les faunes tous nus Virevolent en rond et font mille gambades. Pour eschaulfer les cœurs des (ùitives nayades Et des nimphes des bois; et or' que sans cesser Le forgeron des dieux, hastif, fait avancer. Haletant et suant et tout couvert de poudre, Le tonnerre grondant, les esclairs et la foudre.

Dés la pointe du jour, que l'aube qui reluit A fait esvanouyr les frayeurs de la nuit. Je choisi quelque mont dont la cime est hautaine, Et, m'y traçant chemin, tout pensif je rameine Et tourne en mon esprit mille et mille discours Des succez incertains de vos vaines amours. Je crains la cruauté de vos fieres maistresses, J'ay part à vos soupirs, je gouste vos tristesses. Et tout ce qui vous vient d'amertume et de doux, Fidelle compagnon, je porte comme vous.

Puis je beny le ciel, qui contant me fait vivre, Je rens grâce au démon qui m'a gardé de suivre Les faux pas d'un aveugle, et qui fait reboucher Ses traits, lors qu'il les veut contre moy déxx>cher.

Un autre jour plus gay je m'en vay à la chasse, Je cherche un lièvre au giste ou le suis à la trace. Ou avecques les chiens, qui de leurs longs abois Font éclater les monts, les rochers et les bois. Or' avec un autour je fais tomber de crainte

iùC BERGERIES.

L'innocente pcixirix, or* sous une voix fainte Je prens la simple caille entr'imitant son chant. Quelquefois je retourne avec le chien couchant l.uy dresser autre embusche, et le soir je devise, Cîuand elle est dans le plat, comme je l'ay surprise.

Puis, las de ce mestier, j'en choisis un nouveau, Et, gamy de filés, je vay chasser sur l'eau A la truite et à l'unibre, où si bien je m'espreuve Qu'un saumon quelquefois dans mes fliés se treuve. Or' avecques la ligne et le traistre hameçon, Or' avecques le feu je fay guerre au poisson; J'en salle une partie, et l'autre frais je mange, Et mille fois le jour de passetans je change.

Je fay faucher le foin, dont les diverses fleurs Gisent également veufvcs de leurs honneurs. Ores demy lassé je me couche sur l'herbe. Ores plus mesnager j'aide à serrer la gerbe, A faire des plongeons et les bien entasser, De crainte que le vent les fasse renverser.

Si c'est un jour de feste ou de quelque reinage, Ou qu'on chorome le jour d'un patron de village. Je m'en vay à la dance, où courent à monceaux De tous les lieux prochains les jeunes pastoureaux; Mon Dieu! que de plaisir de voir nos montagneres Blanches comme le laict, dispostement légères, Bondir en petits sauts, reculer, avancer. Et de mille façons leurs branles compasscr !

Là le plus amoureux A qui mieux mieux s'efforce, Car Amour tout par tout fait connoistre sa force, Et travaille aussi bien à ranger sous ses loix Les plus simples bergers, comme les plus grands rois. Adon en sert de preuve, et le pasteur d'Amphryse, Et l'amy de la lune, et le vieillard Anchise, Et le sac d'Uion, pastoureaux amoureux.

Qui furent en aimant mille fois plus heureux, Jouissant à souhait des plus grandes déesses. Que mille et mille rois chargez de leurs richesses. Car l'Amour au village est simple et peu rusé; H s'est tant seulement pour la cour déguisé, Et pour les grands seigneurs, dames et damoiselles; Mais il retient aux champs ses façons naturelles. 11 y demeure enfant plein de simplicité. Il va nud pour monstrcr qu'il n'est point acquesté Par argent ny presens, et, sans user de feinte, Il guarist aussi tost comme il donne l'atteinte. Et non comme en ces 1 eux, où les dons ont pouvoir

BËKGERiËS. 137

Par dessus la beauté, la grâce et le sçavoir.

Mais moy, qui n'ay senty la cuisante pointure De l'archer Paphien, j'aime mieux la verdure, L'ombrage et la fraischeur des forests et des bois, Que les saults et les jeux de tous ces villageois. Aussi, le plus souvent, tout seul je me retire Au milieu d'un taillis, où je me mets à lire; Mais je n'ay commencé, qu'un sommeil gracieux Me clost, sans y penser, la paupière et les yeux.

0 champs plaisans et doux! ô vie heureuse cl sainte ! Où, francs de tout soucy, nous n'avons point de crainte D'estre accablez en bas, quand, plus ambitieux Et d'honneurs et de biens, nous voisinons les cieux! Où nous vivons contens, sans que la chaude ra^c D'avancer en crédit nous brûle le courage; Où nous ne craignons point l'effort des medisans, Où nous n'endurons point tant de propos cuisans, Où nous n'avons soucy de tant nous contrefaire Et ployer le genouil, mesme à nostre adversaire; Où tant de vains pensers, d'erreurs, d'afllictions. De veilles, de travaux, d'ennuys, d'ambitions. De gesnes, de regrets, de désirs,, de misères, De peurs, de désespoirs, de fureurs, de colères, De remords inhumains et de soucis mordans. Gomme loups affamez, ne nous rongent dedans. Nous jaunissans la face, et la despile envie D'une seule douleur ne trouble notre vie.

0 gens bien fortunez, qui les champs habitez, Sans envier l'orgueil des pompeuses citez ! Que je plains Nicolas, Bonnet et la Fallaise, Qui, contens comme moy, ne jouyssent de l'aise Que je reçois icy, délivré de l'Amour Et du soin importun qui les suit à la cour.

Voilà, mignons des dieux, les plaisirs qui me suivent Compagnop des Sylvainsqui par les forests vivent ; Voilà ce que je fais, or' que l'esté brûlant Tousjours en s'avançant se fait plus violant. Et que Phebus, laissant le lion effï*oyable, Visitera bien tost la vierge pitoyable.

Mais tant d'heureux plaisirs qu'icy je puis avoir, Sans regret j'abandonne, afin de vous revoir, Et la beauté des champs, et l'abry des bocages. Et la couleur des prez, et le frais des rivages: Car je vous aime plus cent mille et mille fois Que les champs, que les prez, les rives et les bois.

i^ BERGBRIES.

L'innocente perdrix, or' sous une voix fainte Je prens la simple caille entr'imitant son chant. Quelquefois je retourne avec le chien couchant l.uy dresser autre embusche, et le soir je deviso, Ouand elle est dans le plat, comme je l'ay surprise.

Puis, las de ce mestier, j'en choisis un nouveau, Et, gamy de filés, je vay chasser sur l'eau A la Iruiie et à l'umbre, où si bien je m'espreuve Uu'un saumon quelquefois dans mes filés se treuve. Or' avecques la ligne et le traistre hameçon, Or* avecques le feu je fay guerre au poisson; J'en salle une partie, et l'autre firais je mange, Et mille fois le jour de passetans je change.

Je fay faucher le foin, dont les diverses fleurs Gisent également veufves de leurs honneurs. Ores demy lassé je me couche sur l'herbe. Ores plus mesnager j'aide à serrer la gerbe, A faire des plongeons et les bien entasser, De crainte que le vent les fksse renverser.

Si c'est un jour de feste ou de quelque reinage. Ou qu'on chomme le jour d'un patron de village, Je m'en vay à la dance, où courent à monceaux De tous les lieux prochains les jeunes pastoureaux; Mon Dieu ! que de plaisir de voir nos montagneres Blanches comme le laict, di5ipostement légères. Bondir en petits sauts, reculer, avancer. Et de mille façons leurs branles compasscr !

Là le plus amoureux A qui mieux mieux s'efforce, Car Amour tout par tout fait connoistre sa force, Et travaille aussi bien à ranger sous ses loix Les plus simples bergers, comme les plus grands rois. Adon en sert de preuve, et le pasteur d'Amphryse, Et l'amy de la lune, et le vieillard Anchise, Et le sac d'ilion, pastoureaux amoureux. Qui furent en aimant mille fois plus heureux, Jouissant à souhait des plus grandes déesses. Que mille et mille rois chargez de leurs richesses. Car l'Amour au village est simple et peu rusé; 11 s'est tant seulement pour la cour déguisé. Et pour les grands seigneurs, dames et damoiselles; Mais il retient aux champs ses façons naturelles. 11 y demeure enfant plein de simplicité, Il va nud pour monstrcr qu'il n*est point acquesté Par argent ny presens, et, sans user de feinte, Il guarist aussi tost comme il donne l'atteinte, Kt non comme en ces l eux, où les dons ont pouvoir

BËKGERiËS. 137

Par dessus la beauté, la grâce et le sçavoir.

Mais moy, qui n'ay senty la cuisante pointure De l'archer Paphien, j'aime mieux la verdure, I/ombrage et la fraischeur des forests et des bois, Que les saults et les jeux de tous ces villageois. Aussi, le plus souvent, tout seul je me retire Au milieu d*un taillis, où je me mets à lire; Mais je n'ay commencé, qu'un sommeil gracieux Me clost, sans y penser, la paupière et les yeux.

0 champs plaisans et doux! ô vie heureuse cl sainte ! Où, francs de tout soucy, nous n'avons point de crainte D'estre accablez en bas, quand, plus ambitieux Et d'honneurs et de biens, nous voisinons les cieux! Où nous vivons contens, sans que la chaude ra^jc D'avancer en crédit nous brûle le courage; Où nous ne craignons point l'eflfort des medisans, Où nous n'endurons point tant de propos cuisans, Où nous n'avons soucy de tant nous contrefaire Et ployer le genouil, mesme à nostre adversaire; Où tant de vains pensers, d'erreurs, d'afflictions. De veilles, de travaux, d'ennuys, d'ambitions. De gesnes, de regrets, de désirs,, de misères, De peurs, de désespoirs, de fureurs, de colères, De remords inhumains et de soucis mordans, Gomme loups affamez, ne nous rongent dedans. Nous jaunissans la face, et la despile envie D'une seule douleur ne trouble notre vie.

0 gens bien fortunez, qui les champs habitez, Sans envier l'orgueil des pompeuses citez ! Que je plains Nicolas, Bonnet et la Fallaise, Qui, contens comme moy, ne jouyssent de l'aise Que je reçois icy, délivré de l'Amour Et du soin importun qui les suit à la cour.

Voilà, mignons des dieux, les plaisirs qui me suivent Compagnop des Sylvainsqui par les forests vivent ; Voilà ce que je fais, or' que l'esté brûlant Tousjours en s'avançant se fait plus violant, Et que Phebus, laissant le lion effroyable, Visitera bien lost la vierge pitoyable.

Mais tant d'heureux plaisirs qu'icy je puis avoir, Sans regret j'abandonne, afin de vous revoir, Et 'la beauté des champs, et l'abry des bocages. Et la couleur des prez, et le frais des rivages: Car je vous aime plus cent mille et mille fois Que les champs, que les prez, les rives et les bois.

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Si j*eschapp« d'icy, Douât *, je le promets Qu'Apollon et Cypris je suirray désormais, Sans que l'ambition mon repos importune;

Les venteuses faveurs ne pourront me tenter, Et de peu je sçauray mes désirs contenter, h«'nanl cong^ de vous, espérance et fortune ?

ni

l)'rXB FOHTAÎSB

Cette fontaine est ft*oidc, et son eau doux«coulnnlo, A la couleur d'argent, semble parler d'Amour; Un herbage mollet reverdit tout autour.

Et les aunes font ombre à la chaleur brillante.

Le fùeiUage obeyt à Zéphyr qui l'évante. Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour; Le soleil clair de Oame est au milieu du jour. Et la terre se fend de l'ardeur violante.

Passant, par le travail du long chemin lass(>, Brûlé de la chaleur et de la soif pressé, Arreste en cette place où ton bon-heur te maino;

L'agréable repos ton corps délassera, L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera, Et ta soif se perdra dans Teau de la fontaine.

SUR LA BEHCEIIII! DE REMY DELLEAU *

Quand je ly, tout ravy, ce discours qui soupire Les ardeurs des bergers, je t'appelle menteur, (Pardonne-moy) Pellkau, de t'en dire l'autheur; Car un homme mortel ne sçauroit si bien dire.

Amour, qui tient les dieux au joug de son empire, A derechef contraint Phebas d'estre pasteur, Qui, pour charmer sa peine et l'œil son enchanteur. Doit avoir fait ces vers, témoins de son roartire.

0 Phebust ô grand dieu des poètes invoqué! Parmy nos champs françois si tu as remarqué Quelque herbe, ou quelque fleur, qui les cœurs peut eoiitrain>)r

Change cil d'Hippolyte et le rend enflammé! Ou bien, s'il faut que j'aime et ne sois point aimé, Fay qu'en si beaux regrets mon mal jepui>se pliiimlre.

< Vo%ex la noie de In p.i;;f> !.

\o)er la noie dn la pajrt» il. •

DISCOURS

Que failes-vous, mignons, mon désiré souci, Le soucy d'Apollon ei des Muses aussi, Amis que j'aime mieux qu'une jeune pucelle M'aime les belles fleurs de la saison nouvelle, Ores que faites-vous à la suite du roy? Est-il possible au moiiis qu'aypjs soucy de moy, De moy qui, chacun jour, au ciel rien ne demande Que l'heur de tost revoir une si chère bande? Et bien qu'absent de vous mille contentemens Chassent de mon esprit tous fascheux pensemens. Je ne puis toutesfois, quelque esbat qui me tienne, Faire tant que tousjours de vous ne me souvienne; Je ne rêve autre chose, et l'obstiné désir Que j'ay de vous revoir amoindrit le plaisir Dont je flatte ma vie, or* que la chienne ardante De chaleur et de soif à l'égal nous tourmante. Et qu'au clair de la nuict les satyres cornus, Les silvains chévre-pieds et les faunes tous nus Virevolent en rond et font mille gambades, Pour eschaulfer les cœurs des ftiitives nayades Et des nimphes des bois; et or' que sans cesser Le forgeron des dieux, hastif, fait avancer. Haletant et suant et tout couvert de poudre, Le tonnerre grondant, les esclairs et la foudre.

Dés la pointe du jour, que l'aube qui reluit A fait esvanouyr les frayeurs de la nuit, Je choisi quelque mont dont la cime est hautaine, Et, m'y traçant chemin, tout pensif je rameine Et tourne en mon esprit mille et mille discours Des succez incertains de vos vaines amours. Je crains la cruauté de vos fieres maistresses, J'ay part à vos soupirs, je gouste vos tristesses, Et tout ce qui vous vient d'amertume et de doux, Fidellc compagnon, je porte comme vous.

Puis je beny le ciel, qui contant me fait vivre, Je rens grâce au démon qui m'a gardé de suivre Les faux pas d'un aveugle, et qui £ait reboucher Ses traits, lors qu'il les veut contre moy dé4M>cher.

Un autre jour plus gay je m'en vay à la chasse, Je cherche un lièvre au giste ou le suis à la traoe. Ou avecques les chiens, qui de leurs longs abois Font éclater les monts, les rochers et les bois. Or' avec un autour je fais tomber de crainte

i^ BERGERIES.

L'innocente poixirix, or* sous une voix fainte Je prens la simple caille entr'imitant son chant. Quelquerois je retourne avec le chien couchant l.uy dresser autre cmbusche, et le soir je devise. (Juand elle est dans le plat, comme je l'ay surprise.

Puis, las de ce mestier, j'en choisis un nouveau, Et, gamy de filés, je vay chasser sur l'eau A la truite et à l'umbre, où si bien je m'espreuve Qu'un saumon quelquefois dans mes filés se treuve. Or' avecques la ligne et le traistre hameçon, Or* avecques le feu je fa y guerre au poisson; J'en salle une paitie, et l'autre firais je mange, Et mille fois le jour de passetans je change.

Je fay faucher le foin, dont les diverses fleurs Gisent également veufvcs de leurs honneurs. Ores demy lassé je me couche sur l'herbe, Ores plus mesnager j'aide à serrer la gerbe, A faire des plongeons et les bien entasser, De crainte que le vent les fksse renverser.

Si c'est un jour de feste ou de quelque reinage. Ou qu'on chomme le jour d'un patron de village. Je m'en vay à la dance, où courent à monceaux Ile tous les lieux prochains les jeunes pastoureaux; Mon Dieu ! que de plaisir de voir nos montagneres Blanches comme le laict, dispostement legores, Bondir en petits sauts, reculer, avancer. Et de mille façons leurs branles compasscr !

Là le plu.s amoureux à qui mieux mieux s'efforce, Car Amour tout par tout fait connoistre sa force, Et travaille aussi bien à ranger sous ses loix Les plus simples bergers, comme les plus grands rois. Adon en sert de preuve, et le pasteur d'Amphryse, Et Tamy de la I une, et le vieillard Anchise, Et le sac d'ilion, pastoureaux amoureux, Qui furent en aimant mille fois plus heureux, Jouissant à souhait des plus grandes déesses. Que mille et mille rois chargez de leurs richesses. Car l'Amour au village est simple et peu rusé; 11 s'est tant seulement pour la cour déguisé, Et pour les grands seigneurs, dames et damoiselles; Mais il retient aux champs ses façons naturelles. 11 y demeure enfant plein de simplicité, 11 va nud pourmonstrer qu'il n*est point acquesté Par argent ny presens, et, sans user de feinte, Il guarist aussi tost comme il donne l'atteinte. Et non comme en ces I eux, où les dons ont pouvoir

Par dessus la beau lé, la grâce et le sçavoir.

Mais moy, qui n'ay senty la cuisante pointure De l'archer Paphien, j'aime mieux la verdure, L'ombrage et la fraischeur des forests et des bois, Que les saults et les jeux de tous ces villageois. Aussi, le plus souvent, tout seul je me retire Au milieu d'un taillis, où je me mets à lire; Mais je n'ay commencé, qu'un sommeil gracieux Me clost, sans y penser, la paupière et les yeux.

0 cliamps plaisans et doux! ô vie heureuse cl sainte ! Où, francs de tout soucy, nous n'avons point de crainte D'estre accablez en bas, quand, plus ambitieux Et d'honneurs et de biens, nous voisinons les cieux! Où nous vivons contcns, sans que la chaude ra^c D'avancer en crédit nous brûle le courage; Où nous ne craignons point l'effort des medisans, Où nous n'endurons point tant de propos cuisans, Où nous n'avons soucy de tant nous contrefaire Et ployer le genouil, mesme à nostre adversaire; Où tant de vains pensers, d'erreurs, d'afflictions, De veilles, de travaux, d'ennuys, d'ambitions, De gesnes, de regrets, de désirs^ de misères. De peurs, de desespoirs, de fureurs, de colères, De remords inhumains et de soucis mordans, Comme loups affamez, ne nous rongent dedans, Nous jaunissans la face, et la despile envie D'une seule douleur ne trouble notre vie.

0 gens bien fortunez, qui les champs habitez. Sans envier l'orgueil des pompeuses citez ! Que je plains Nicolas, Bonnet et la Fallaise, Qui, contens comme moy, ne jouyssent de l'aise Que je reçois icy, délivré de l'Amour Et du soin importun qui les suit à la cour.

Voilà, mignons des dieux, les plaisirs qui me suivent Compagnop des Sylvainsqui par les forests vivent ; Voilà ce que je fais, or' que l'esté brûlant Tousjours en s'avançant se fait plus violant. Et que Phebus, laissant le lion effï*oyabIe, Visitera bien lost la vierge pitoyable.

Mais tant d'heureux plaisirs qu'icy je puis avoir, Sans regret j'abandonne, afin de vous revoir, Et la beauté des champs, et l'abry des bocages, Kt la couleur des prez, et le frais des rivages: Car je vous aime plus cent mille et mille fois Que les champs, que les prez, les rives et les bois.

DIALOGUe

— Bei'gei*, as-lu quelque langueui*? Je le voy fort mauvais visage.

— Cest un mal qui me lient au coeur ; Ne t'en enquiers point davantage.

— Que n'y cherches-tu du secours, Avant que plus il s'enracine?

— Las ! à qui puis-je avoir recours, Puisque la cause en est divine.

— II faut l'ouvrir plus clairement, Si tu veux avoir allégeance.

— Mou mal est sans allégement.

Sans remède et sans espérance.

— Découvrant l'ennuy qui te point, Sa fureur seroit mtins cruelle.

— Cest pourquoy je n'en parle point.

Car je consens qu'elle soit telle.

— Tes soupirs me trompent bien fort, Ou je sçay quel est ton mariire.

— Si tu le sçais, as-tu pas tort De me contraindre à te le dire?

— Tu ne peux empescfaor de Toir.

Ces jaloux ont trop bonne Miê.

— Ma mort se pourra bien savoir.

Mais non la cause qui me tué.

— Qui trop sage taist sa douleur, En fin à haute voix la ciie.

— Las! je crains fort qu'à mon malheur De moy ce proverbe se die.

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