‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 189 sur 259 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

J'airnois un peu Phillis, mais lorsqu'elle m'aima Dans mon sang échauffé du soulphre elle sema : Mes yeux auparavant la jugeoient assez belle, Et depuis je la trouve une Venus nouvelle. Phyllis, continuez, aimez tousjours ainsi, Mes feux et vos beautez continueront aussi; Mais, en ne poursuivant les amours commencées, Vous rendez vos beautez et mes flammes passées.

Hier, Parthenie, entre cent damoiselles Sans y panser hautement soupira :

Ilelas ! Amour, que n'avois-je des ailes. Pour découvrir où ce soupir tira?

Je t'apporte, ô sommeil ! du vin de quatre annécst Du laict, des pavots noirs aux testes couronnées, Vueilles tes ailerons en ce lieu desployer, Tant qu'Alison, la vieille accroupie au foyer. Qui, d'un pouice retors et d'une dent mouillée. Sa quenouille chargée a quasi despouillée. Laisse choir le fuseau, cesse de babiller, Et de toute la nuict ne se puisse éveiller; Aftn qu'à mon plaisir j'embrasse ma rebelle. L'amoureuse Ysabeau, qui soupire auprès d'elle.

Quand par les rochers montagneux Pasiphœ, de fureur contrainte, Suivoit son amant dédaigneux.

On dit qu'elle fit cette plainte :

R 0 Venus, fille de la mer 1 Qui causes ma flamme enragée, IHiis qu'un bœuf tu me fais aimer.

Qu'en vache ne m'as-tu changée? •

STANCES

Jupiler, s'il est vray que tu fusse amoureux, Quand Ion poil de toreau deceut une pucelle, Que tu pou vois te dire à bon droit bien-heureux, Portant dessus le dos une charge si belle!

Dans l'eau que tu fendois d'un pied souple et léger. L'heur si prest d'arriver t'enflammoit la pensée; Et l'Amour te faisoit oublier de nager Tour voir ce que monstroit sa cotte retroussée.

Mais quel heur de ce dieu me pourroit égaler, Si las ! en quelque forme ou vi'aye ou contrefaite, Par la faveur d'Amour je vous pouvois voler, Vous qui trop plus qu'turope estes belle et parfaite?

Ah! non, je ne voudroy vers vous me déguiser. Et rendre en vous trompant ma grand' flame amortie! Or ne vous faschez donc si j'ose vous baiser, Et si, troublé d'Amour, je pers la modestie *.

ODE

Quand tu ne scntirois aucun feu d'amitié, Quand tu ne connoistrois ny devoir ny pitié. Quand tu serois conceuê aux flancs d'une iyonne. Quand tu aurois le cœur d'une froide colonne, Tn ne pourrois souffrir de me voir en ce point

Transir de grand' froidure; Car, l'ayant veu venir, je n'ay pris qu*un pourpoint

Pour toute couverture.

N'ois-tu les aquilons soufflans horriblement. Qui font par leur effort mouvoir ce ti'emblement? N'entens-tu point Caurus qui donne à la traverse, Et sens dessus dessous toute chose renverse? Les fores t s en font bruit, où superbe il combat

Contre les souches fortes.

N*ois-tu pas bien aussi le terrible débat

Des fenestres et portes?

La neige couvre tout, tout est pavé de blanc; L'excessive froideur m'a tout gelé le sang, Je ne puis plus parler tant la glace me serre;

* Ces stances sont imitées ou traduites d'ua morceau de Cbpela, qui débute par ce vers :

Cbiamar beato ë dio ben si potea, etc.

Mes nerfs sont tous retraits, mes dents se font la guerre D'un choc continuel, et toute ma chaleur

Au cœur est dévalée.

Et commence desjà, comme aussi fait mon ccenr,

A se faire gelée.

Ilelas! aveugle Amour, où est ton grand pouvoir? Où est ce feu divin qui peut tout esmouvoir. Qui des plus puissans dieux fait bouillir la poitrine. Qui brûle les enfers, la terre et la manne? J'estimoy que ton feu feroit à ma froideur

Abandonner la place ; Mais ce firoid au contraire a changé ton ardeur

Et tous tes traits en glace.

IMITATION D*nORACE

Al'DIVEBB, LICE, DIl MBA VOTA

En fin mes vœux sont exaucez, Lyce; tes beaux jours sont passeï, Tu deviens laide et contrefûte.

Le temps ton visage a changé.

Et, ce qui me rend mieux vangé, Tu fais la jeune et la doucette.

Avec des appas dégonstans Et quelques vieux mots du bon ttna, Tirez d'une bouche blesmie.

Tu pense éveiller nos espris; Vais la dédaigneuse Cypris Près de toy languist endormie.

Amour, du printans compagnon.

Est un enfant : c'est un mignon Qui seplaist au firais des herbages; Panny les fleurs il tend ses rets, Kt, fuyant les vieilles forests, Fait son nid aux jeunes bocages.

Maintenant ce dieu glorieux Courtise Amaranthe aux beaux yeux.

Des Grâces l'aymable compagne ; Tes carquans ne Témeuvent point, Ny ton contrefait enbonpoint, Ny ton rouge et ton blanc d'Espagne.

Lyce, ne pers plus désormais Ije temps et le fard que tu mets A couvrir ta face ridée.

Ton poil n'en sera moins griflon;

Pour revoir la jeune saison Il faudroit les arts de Vedée.

Las! heias! que sont devenus Tant d'Amours et tant de Venus, Qui troubloient mon ame charmée?

Chauds regards, propos ravisseurs, Feints soupirs, poignantes douceurs, Tous ces feux sont moins que fum(^o.

Apres Jane, unique en beauté.

Le nom de Lyce estoit vanté; Mais Jane avoit ]'ame naîsve.

Et n'aymoit point à décevoir.

Où Lyce tousjours s'est fait voir Mauvaise, inconstante et lascive.

C'est pourquoy les destins amis Peu de jours à Jane ont permis, Et l'ont d'entre nous retirée, Avant que sa jeune vigueur De l'âge esprouvast la rigueur, Et mille amans l'ont soupirée.

Mais les dieux qui ne t'ayment pas, Lyce, te font vivre icy bas Autant qu'une vieille corneille; Afin que l'amant, s'effroyant, Voye sa faute en te voyant.

Surpris de honte et de merveille.

DIALOGUE

— Que ferez-vous, dites, madame, Perdant un si fidelle amant?

— Ce que peut faire un corps sans ame, Sans yeux, sans pouls, sans mouvement.

— ^'en aurez-vous plus souvenance Apres ce rigoureux départ?

— Au cœur qui oublie en absance, L'amour n'a jamais eu de part.

— De tant d'ennuis qui vous font guerre, Lequel vous donne plus de peur?

— La crainte qu'en changeant de terre, Il puisse aussi changer de cœur.

— N'usez jamais de ce langage, A sa foy vous faites grand tort.

— C'est un évident témoignage Pour monstrer que j'aime bien fort.

— Son amour si ferme et si sainte

li^ BERGERIES.

Doit tenir voslre esprit contant.

— Je ne puis que je n'aye crainte De perdre ce que j'aime tant.

— Auriez- vous beaucoup de tristesse, S'il venoit à changer de foy?

— Tout autant que j'ay de liesse, Sçachant bien qu'il n'aime que moy.

— Quel est le mal qui vous offence, Attendant ce di^partcment ?

— Tel que d'un qui a eu sentence Et allend la mort seulement.

— Quoy? vous pensez doncques, à l'heure Qu'il s'en ira, mourir d'ennuy?

— Il ne se peut que je ne meure, ilon esprit s'en va quand et luy.

— Si tel accident vous arrive, Vostre amour ne durera pas.

— La \Taye amour est tousjours vive Et ne meurt point par le trespas.

COMPLAINTE

Cherchez, mes tristes yeux, cherchez de tous costez, Vous ne trouverez point ce que vous souhaitez, Vous ne verrez plus rien qui vous soit agréable ; Et vous, riches thrcsors du printans désirable, 0 prez I témoins secrets de mon contentemant, Où pleine de désir j'attendoy mon amant. Accusant quelquefois sa trop longue demeure, l.as! portez le regret de son esloignement, Et plaignez4e pitié la douleur que j'endure !

Ce fut icy qu'il me dist sa pensée.

Dont je feigny me senlhr offensée, L'appelant téméraire; Mais ma feinte colère.

Voyant ses pleurs, fut bien soudain passée. Car eussé-je voulu contre Amour me deflandre? Helas! douce rivière, où est mon cher Pliilandre?

Voicy bien tous les lieux où je le souloy voir. Quand au commencement Amour par son pouvoir Rangea mon ame libre en son obéissance. J'en près de ce buisson sa première aocointance, Et scnty dans mon cœur la sagette d'Amour, Qui poi\a le rocher que j'avois à renl4Mir, El le chaste rempart de ma poitrine dure.

Mais, si lost que je pense à ce malheureux jour, Je sens renouveler la douleur que j'endure : Je reconnoy celle basse valéc, Où quelquerois, à l'écart recul(5e, J'entretenoy mon ame En l'amoureuse flame, Tar un penser dont j'estoy consolée.

Kl disois en mon cœur, sans qu'on me peusl enlandre : ilelas! douce rivière, où est mon cher Fliilandre?

Yoilà le clair ruisseau si souêfvemenl coulanl, Où, pour passt^r le chaud du soleil violant, Je souloy demeurer sur l'herbage estenduê. De mon fldelle amant bien souvent attendue. I.ns ! tout est bien icy ! les bois délicieux, Les costeaux, les buissons et le^ prez gracieux : Je voy le clair ruisseau, j'enten son doux murmure. 3(ais les voyant, sans voir le soleil de mes yeux, Je sens renouveler la douleur que j'endure.

Aucunes fois mon ame je contente,

Car, la trompant, je me le représente Dedans celte prairie.

0 douce tromperie,

(Jui mes esprits heureusement enchanle!

Mais presque aussi soudain mon mal me vient reprandrc. Ilelas! douce rivière, où est mon cher Philandre?

liien souvent je l'appelle en criant dans ce bois, Mais rien, sinon Echo, ne respqnd à ma voix, Dont je meurs de douleur, s'il advient que je panse Qu'il ne me respond point faute de souvenance, Ou que quelque autre amour son cœur a fait changer. Lors, pleine de fureur, me pensant bien ranger. Je l'appelle infidelle, inconstant et paijure, El dis en sanglottant : Helasi cruel berger, Regarde à tout le moins la douleur que j*eiidure!

Nais tout soudain ma triste fàntasie

Avec raison perd cette jalousie.

Car sa foy trop louable Est constante et durable,

Lt d'autre ardeur son ame n'est saisie; Car son cœur est à moy, nulle n'y peut pretandre. Ilelas 1 douce rivière, où est mon cher Philandre?

Quand je suis en ces lieux, je n'y Aiy que penser, Qu'esgarer mon esprft, songer et ravaaser,

4bO BERGERIES.

Demeurer sans mouvoir comme une souche morte. Les pasteurs de ces champs, me voyant de la sorte, Chacun à qui mieux mieux vont criant après raoy : Voy tes troupeaux, bergère, esperdus comme toy. Demeurant sans repaistre et fuyant la verdure. Las ! tout cela ne fait qu'augmenter mon esmoy, El tousjours redoubler la douleur que j*endurc. Voilà comment, ô ma seule pensée.

Loin de tes yeux mon ame est oppressée ! Je languy solitaire.

Rien ne me sçauroit plaire, Trop est en moy la tristesse amassée, Qui faitde mes deux yeux deux grands fleuves dosvandrt*. Uelasî douce rivière, où est mon cher Philandre?

VILLANELLE

Rozette, pour un peu d'absence, Vostre cœur vous avez changé, Et moy, sçachant cette inconstance, I^ mien autre part f ay rangé ; Jamais plus beauté si légère Sur moy tant de pouvoir n'aura :

^'ous verrons, volage bergère, Oui premier s'en i-epentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume.

^iSaudissant cet esloignement.

Vous, qui n'aimez que par ooustume, Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette Au vent si tost ne se vira ; ,

Nous verrons, bergère Rozette, Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes.

Tant de pleurs versez en partant?

Estait vray que ces tristes plaintes Sortissent d'un cœur inconstant?

Dieux, que vous estes mensongère!

Maudit soit qui plus vous croira !

Nous verrons, volage bergère.

Qui premier s'en repentira.

Geluy qui a gaigné ma place, Ne vous peut aim^ tant que moy ; Et celle que j'aime vous passe De beauté, d'amour et de foy. • -

Gardez bien vostre amitié neuve,

La mienne plus ne varira,

Et puis nous verrons à l'espreuve

Qui premier s'en repentira.

lUcn-heureux le destin qui de moy fut vainqueur, Ordonnant que pour vous bassement je soupire ; ni(;n-lienreux mes yeux bruns, dont vous tenez l'empire, A lous autres sujets pleins d'extrême rigueur.

Ma Jeune gayoté n'est que morne langueur Quand je suis loin de vous, mon désiré martire; C'est vostre seule amour qui m'anime et m'inspire, Vous me servez de sang, d'esprit, d'ame et de cçeur.

Dieux! si vous estes dieux, versez, je vous en prie. Tous vos courroux sur moy plustost que je varie, Et me faites souffrir mille morts pour le moins.

— Ainsi disoit Florclle; et, pour plus d'efTicace, Elle cscrivit ces mots tout dessus de la glace : Presens les vents marins qui servoient de témoins.

COMPLAINTE

Je suis las dJe lasser les hommes et les dieux, J(; suis las de verser tant de pleurs de mes yeux,

Non pas yeux, mais fontaines; .le suis las de passer tant de fascheux destoars, Je suis las d'appeller la mort à mon secours.

Pour la fin de mes paiiies.

Ces monts, ces prez, ces e^ux, ces rochers et ces bois ;«ont lassez de respondre aux accens de ma voix

Enrouée et cassée.

Ah ! cieux trop inhumains, pourquoy donc seulement La douleur qui me suit, croissant incessamment.

N'est-elle point lassée ?

On voit changer les jours, les mois et les saisons, Le soleil se remué en ses douze maisons,

Toute chose se change, (tien n'est dessous le ciel qui soit ferme et constant, Sinon l'aspre regret qui me va tourmentant

D'une fureur estrangc !

Que maudit soit Amour, ses traits et son carquois, Que maudit soit le jour que je suivy ses loix

Pleines de tromperie!

Jamais Venus la douce aux lianes ne l'a porté»

4bO BERGERIES.

Demeurer sans mouvoir comme une souche morte. Les pasteurs de ces champs, me voyant de la sorte, Chacun à qui mieux mieux vont criant après moy : Voy tes troupeaux, bergère, esperdus comme toy, Demeurant sans repaistre et fuyant la verdure. Las ! tout cela ne fait qu'augmenter mon esmoy, El tousjours redoubler la douleur que j'endure. Voilà comment, ô ma seule pensée, Loin de tes yeux mon ame est oppressée ! Je languy solitaire, Rien ne me sçauroit plaire.

Trop est en moy la tristesse amassée, Qui faitde mes deux yeux deux grands fleuves desyandre. llelas! douce rivière, où est mon cher Philandrc?

VILLANELLE

Rozette, pour un peu d'absence, Vostre cœur vous avez changé, Et moy, sçachant cette inconstance, Le mien autre part j*ay rangé ; Jamais plus beauté si légère Sur moy tant de pouvoir n'aura :

.Nous verrons, volage bergère.

Oui premier s'en i-epentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume.

^Saudissant cet esloignement, Vous, qui n'aimez que par ooustume, Caressiez un nouvel amant.

Jamais Icjgere girouette

Au vent si tost ne se vira ; ,

Nous verrons, bergère Rozette,

Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes.

Tant de pleurs versez en partant?

Est^il vray que ces tristes plaintes

Sortissent d'un cœur inconstant?

Dieux, que vous estes mensongère!

Maudit soit qui plus vous croira !

Nous verrons, volage bergère.

Qui premier s'en repentira.

Geluy qui a gaigné ma place.

Ne vous peut aimer tant que moy;

Et celle que j'aime vous passe

De beauté, d'amour et de foy. ■ -

Gardez bien vostre amitié neuve,

La mienne plus ne varira,

Et puis nous verrons à Tespreuve

Qui premier s'en repentira.

lUcn-heureux le destin qui de moy fut vainqueur, Oidonnant que pour vous bassement je soupire ; Hic.n-lieureux mes yeux bruns, dont vous tenez l'empire, A lous autres sujets pleins d'extrême rigueur.

Ma Jeune gaycté n'est que morne langueur Quand je suis loin de vous, mon désiré martire; C'est vostre seule amour qui m'anime et m'inspire, Vous me servez de sang» d'esprit, d'ame et de cgeur.

Dieux! si vous estes dieux, versez, je vous en prie. Tous vos courroux sur moy plustost que je varie, Et me faites souffrir mille morts pour le moins.

— Ainsi disoit Florelle; et, pour plus d'efficace, Elle escrivit ces mots tout dessus de la glace : Presens les vents marins qui servoient de témoins.

COMPLAINTE

Je suis las dJe lasser les hommes et les dieux, .J(i suis las de verser tant de pleurs de mes yeux,

Non pas yeux, mais fontaines; Je suis las de passer tant de fascheux dçstoars, ie suis las d'appeller la mort à mon secours,

Pour la fin de mes paihes.

Ces monts, ces prez, ces e^ux, ces rochers et ces bois ;«onl lassez de respondre aux accens de ma voix

Enrouée et cassée.

Ah ! cieux trop inhumains, pourquoy donc seulement La douleur qui me suit, croissant incessamment,

N'est-elle point lassée ?

On voit changer les jours, les mois et les saisons, Le soleil se remué en ses douze maisons.

Toute chose se change, llien n'est dessous le ciel qui soit ferme et constant, Sinon l'aspre regret qui me va tourmentant

D'une fureur estrangc !

Que maudit soit Amour, ses traits et son carquois» Que maudit soit le jour que je suivy ses loix

Pleines de tromperie!

Jamais Venus la douce aux flancs ne l'a porté»

11 est fils de Cerbère, et jeune il a teté

Le sang d'une Furie.

De libre que j'esloîs il ra*a mis en prisun, 11 a chassé bien loin la divine raison,

Qui conduisoit mon ame ; Il a rendu mes yeux ennemis de mon cœur; J'eslois homme de chair, et or' par sa rigueur

Je suis homme de flame.

Ah ! prez où je prenois tant de contentement, Je sens en tous voyant, dans mon entendement,

Mille nouvelles bresches !

Las! vous me soûliez plaire et vous me tourmenter; Voslre verd m'est obscur et vos douces beautoz

lie semblent toutes sèches.

0 vie heureuse et libre ! ô mon plaisir passé ! lié! pourquoy si soudain m'avez- vous délaissé

D'une fuite inconnue?

i:t vous, chefe désolez de ma calamité, Dites, mes tristes yeux, où est ma liberté?

Qu'est-elle devenue?

Or' mon pau\Te troupeau gist maigre et languissant. Sans boire et sans manger, bellant et gémissant

Pour l'ennuy que je porte; Mon chalumeau n'est plus dans ces bois entendu, Et mon triste rebec est demeuré pendu

À ceste branche morte.

Las 1 ils ne sont pas seuls qui plaignent mon malheor : Les rochers l'ont pleuré, les oyseaux de douleur

En ont fait mille plaintes; Pan mesme en a gcmy, ayant la larme à l'œil, Et les nymphes des bois en ont porté le dueil.

De tristesse contraintes. Mais qui me fait rentrer en (^c dur souvenir, Qui rafjralchit ma playe et sert d'entretenir

Mon rigoureux martire?

Quoy I mon cœur, d'endurer n'es-tu donc pas lassé? Et toy, mon triste esprit, l'ennuy que j*ay passé

Te doit-il pas suflOre?

» CARTELS ET MASQUARADES

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