‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 193 sur 259 · SUR U MORT D AMOUR · texte numérisé non relu

SUR U MORT D AMOUR

Ce dueil que nous portons aux habite «t aux amea, N'est pour nos parens morts, nos amis ou nos femmes. I lus juste occasion noircist nos vestemens : C'est pour la mort d'Amour jadis tant redoutable, Que la race mortelle, ingrate et misérable Par force a fait mourir mille et mille tourroens.

Luy qui fut un démon nompareil en puissance, Apres avoir long-tans fait au mal résistance (Les démons de tout point immortels ne sont pas), En fin a veu sa vie esteinte et consumée, Non d'un coup de pislole au milieu d'une armée : La feinte et l'inconstance ont causé son trespas.

Tout ainsi comme un corps fort et sain de natuK, S'alterant à la longue en sa température, Se voit de maux divers l'un sur l'autre assaillir; Or' il se plaint d'un bras, or' d'une autre partie, Tant qu'il sente d'un coup sa puissance amortie, Et luy faille à la fin tout entier défaillir.

Ainsi de ce démon la delté connue, Ayant tant de saisons sa vigueur mainlenud, Tousjours plein de jeunesse, entier, pur, sain et beau. A la fin peu à peu dans luy se sont glissées Les infidclitez, les légères pensées, La feinte et le mespris qui l'ont mis au tombeau.

Nous trois fumes prêsens à ce pileux office. Détestant la fureur de l'humaine malice. Mère des changemens qui le faisoicnt périr. Nous l'eussions bien voulu racheter de nous^nesmes. Mais nos cris furent vains, nostre aide et nos blasphèmes; Tout remède en ce tans ne l'eust peu secourir.

Or, comme cet Amour fût mis en sépulture. Un volage désir de mauvaise nature, Double, fardé, trompeur, pagure et mensonger. Se fist son successeur par méchantes cautelles ; Mais du deffùnt Amour il n'a rien que les ailes, Pour voler en tous lieux comme oiseau passager.

C'est luy qui maintenant du nom d'Amour s'honore. Qui commande en sa place et que le peuple adore, C'est le prince et le dieu des amans de ce tans. C'est luy qui verse aux cœurs tant de durables flammes,

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Et qui rend aujourd'hui si constantes les femmes, Que les flots et les vents sont beaucoup plus constan<:.

L'autre estoit de deux cœurs une union parfaite, Que l'oublieuse mort n'eust sceu rendre desfaite; L'oubly, sur celuy-cy, d'heure en heure est vainqueur. L'autre à un but sans plus addressoit son attente ; Quelle amour maintenant d'un objet est contente? Selon le tans qui court, c'est n'avoir point de cœur.

Aussi pour tant de biens comblant l'humaine vie, Tant d'estroites faveurs dont l'ame estoit ravie. De désirs mutuels, de doux languisscmens, Ce ne sont aujourd'huy que trompeuses caresses, Feints regards, feints soupirs, peu certaines promesses, Pensers dissimulez, mespris et changemens.

Plus d'amour véritable en la terre n'habite, Il n'y a plus d'amant qui ce beau nom mérite, Tel tiltre à Tadvenir ne doit estre permis ; Car, puis que leur désir à toute heure varie, Et que leur dernier but n'est rien que tromperie, 11 faut au lieu d'amans les nommer ennemis.

Or c'est ce qui nous fait en mains les armes prendre, Pour maintenir à tous ce qu'avons fait entendre. Qu'il n'y a plus d'amour ny de \Tais amoureux î Afin que telle erreur n'abuse plus les dames. Et qu'on s'aille mocquant des glaçons et des flamcs De tant d'esprits légers, à crédit langoureux.

Donc, si quelqu'un de ceux qui se donnent la gloire D'aimer parfaitement, et qui le font accroire. Demeure en son erreur folement endurcy.

Qu'il s'avance au combat, plein du dieu qui le donte, Afin qu'un de nous trois face voir à sa honte Qu'Amour est mort du tout et les amans aussi.

POUR LA MASQUARADE DES CHEVALIERS FIDELLES

kVX !f 'POEH DE MOJISICim LE bU J DE JOTSCSE < STANCES RECITEES PAlt TN DES PLAV12fE<.

0 foy ! grand' deîté jadis tant révérée Des innocentes mœurs de la saison dorée. Mais dont rien que le nom en ce tans n'est conna. Fille de Jupiter et sa ministre sainte. Qui joints la terre au ciel d'une aimable contrainte,

* Voyez riniroduclion.

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F.t par qui ce grand tout en devoir est tenu, Tsivorhù el cuniluis, ù il{?!D5se imrnot Leilc* Cfïsie II ûU|Kî guenit^n^j amoureusp ci iUA\v. Cft stuil neuf clievflUi^i'ii dtyoU A ton servit!?, Qu'un tJtispil generL^ux di^ rhumsiine inalia: U'uii des i:oJng:f de b leire a conduis en drjs liiux. Amour eirt Je suJeL de leur ju&te querelle: lia ni*, fiçûurûiént souffrîf quB Tâudace morU^ilï; Le conduise en LrJompLe h la honte desdicuiïL Aide un ^i beau dessc-iUt fortutit leut^ isponcsse Ei. dcU^ro un grand dieu, loy» pLuâ grande dM^k&e.

AllejÊt mes chevaliers, marchfï à la bonne li&uje. Je vous sum-ajf partout : ma plus chère demeure >cTH dedans vos cœurs pleins de ma deît^. l^Diir avoir eonstammpnt gardé la foy promise, Je vous ûï rc&Ervci ù îi Uaulo entreprise^ Ornant de ce laurier vostre fidclilé.

LE CIKKTlt I>B ÏÛF5 tBîi rJ.AUl>Ea.

liâmes, [|ni par vosyeuï rompez tous les ombra j^es, Changeant ïa nuîcl rn jour, caclalrez laurs courages, EL de vos dnui regards animex kur valcurilicn ne leur donne crainte ^ ayant cestc iti^Utancc; ESînon peu l3ur vaudra leur ndellc constance» Si vous n'en faites ca&^ la foy n>&t que ïïMÎhEur-

POin LA WAÏ^QUAllADE DES VISIONS

Hfïrade mon humide â^our, Ennemy du bruit et du jour.

Je sors^ des dieux la pliu aîsnéet Avec mes astres argcnleï, Pour voir vos divin es I^eautex^ Honorant nn saint hyuienée.

l'aisible 4»n mou char» je conduis Le sommeil, charmeur descnmti^, Le repos et J'oubîy des. paines, Afin quVn tout conteiilement Vous puissiez paseer doucement De ce soir les heures soudaines.

ieo NASQUARâDES.

Et qui rend aujourd'hui si constantes les femmes, Que les flots et les vents sont beaucoup plus constans.

L'autre estoit de deux cœurs une union parfaite, Que l'oublieuse mort n'eust sceu rendre desfaite ; L'oubly, sur celuy-cy, d'heure en heure est vainqueur. L'autre à un but sans plus addressoit son attente ; Quelle amour maintenant d'un objet est contente? Selon le tans qui court, c'est n'avoir point de cœur.

Aussi pour tant de biens comblant l'humaine vie. Tant d'estroites faveurs dont l'ame estoit ravie, De désirs mutuels, de doux languisscmens, Ce ne sont aujourd'huy que trompeuses caresses, Feints regards, feints soupirs, peu certaines promesses, Pensers dissimulez, mespris et changemens.

Plus d'amour véritable en la terre n'habite, 11 n'y a plus d'amant qui ce beau nom mérite, Tel tiltre à l'advenir ne doit estre permis ; Car, puis que leur désir à toute heure varie, Et que leur dernier but n'est rien que tromperie, 11 faut au lieu d'amans les nommer ennemis.

Or c'est ce qui nous fait en mains les armes prendiv, Pour maintenir à tous ce qu'avons fait entendre, Qu'il n'y a plus d'amour ny de vrais amoureux ; Afin que telle erreur n'abuse plus les dames, Et qu'on s'aille mocquant des glaçons et des flamcs De tant d'esprits légers, à crédit langoureux.

Donc, si quelqu'un de ceux qui se donnent la gloire D'aimer parfaitement, et qui le font accroire, Demeure en son erreur folement endurcy, Qu'il s'avance au combat, plein du dieu qui le donte, Afin qu'un de nous trois face voir à sa honte Qu'Amour est mort du tout et les amans aussi.

POUR LA MASQUARADE DES CHEVALIERS FIDELLES

kVX N 'PCE8 DE MONSICim LE bUO DE JOTBCgR * STANCES RECITEES PAlt IN DES FUMUIES.

0 foy ! grand' deïté jadis tant révérée Des innocentes mœurs de la saison dorée, Mais dont rien que le nom en ce tans n'est connu, Fille de Jupiter et sa ministre sainte, Qui joints la terre au ciel d'une aimable contrainte,

* Voyez riniroductioq.

MASQUARADES. 461

FI par qui ce granJ lotil wi <Jci^oîr ojjI lenu. Favorisa gL cûnduiSr à ôeesse îminoiiËlLê' Césle troufie guermie, amoureuse et ûdclh.'^ Cti *ûut ticuf cheval Lci-ë devais a ton service, iju'uii de»[tit {généreux de rhomaiDe matico D'un des coings de la teiTe a conduis eu tn^s Ut ui^ Amour est le sujet de leur ju&lt? cjuertîUe : Ils ne sÇituroicTil soyffrir que l'Audaeg morUsïlG Le couduig^Ë en Iriouipbe h U honte dpïdJ^utL Aide uu si beau deswMti, Torlune leur pruutissi» Et dclivrc un gra&il dieu, laj^ plus grande deub&e.

Atlcîj mes chevaliers, mare^hez A la bounc heure» Je voua suivï-ay partout : ma plus chère deuieun? MTa derlans vos ecEurs pleins de ut a deilé. Pour avoir cousl^tnnient gardé la foy promise. Je VOU& ay reSÈrvei h ai haute entreprise, 0 niant de ce laurier vostre fidélité.

Dames, qui par vos yeuï rompez tous les OTnbrLUjes^ ChangeanL là nuîct en jour, isclairez leurs courai^es, El de vos douîc regards nuîmcï leur valeur. Rien ne leur donne crainte, ayant eeste iissîstancc; Sinou peu iour vaudra h>iu' fliiidlt" constauce. ^i tous n'eu hi[&5 cas, la fuy n'est que maHieur.

PÛIR LA MA?QUAIIAÎ)E DES VISIOK^

llora d(9 Mon humide séjour, Ennemy du bruit et dct jouTr Je son, deà dieux Ifl plui ifoiàî,

Avec mes as 1res arg«nteE, Puur voir vos divines beautex, Honorant un saint hytnexiée.

Paisible en tnou diarje conduis Le souiineU, charmeur des ennuis, Le repos et Toubîy dea poines.

Afin qu'eu tout coutetilejueut Vous puissiez passiir doucement ï>e ee soir les heures soudtines.

MASQDARADBS.

Fille du chaos solitaire, En ce lieu que pense&-tu faire Avec ces larveux appareils?

Si Phebus d'un regard te chasse, Comment pourras-tu trouver place Parmy tant de plus beaux soleils?

Mère des soucys et des craintes, Fuy d'icy, ramené tes faintes, Et tous ces fantosmcs défaits; Retourne en tes demeures sombres, Sans plus receler sous tes ombres L'honneur des chevaliers parfaits.

POUR DES CHEVALIERS PORTAm" DES TESTES D'HYDRE

l'otdre d'avour.

A quoy se peuvent mieux nos désirs comparer Et les toiurmens divers qu'on nous fait endurer, Qu'au serpent merveiUeux dont Leme estoit couverte, Qui plus estoit blessé, plus ses forces croissoient? Car pour un chef coupé sept autres luy naissoient, Trouvant vie en sa playe et profit en sa perte.

Par sentence des deux, Amour, cruel serpent, Nourri dedans nos coeurs s'y traine et va rampant : Pour un chef qu'on luy trenche, on en voit sept renaistre; Traitement rigoureux, travail, peine et langueur. Au lieu de l'affoiblir maintiennent sa vigueur. Ce qui deust le tuer le conserve en son estre.

l'ius fertile qu'un hydre, il produit des tourmens. Des fureurs, des regrets, des soucis vehemens. Et non point sept à sept, ains sans nombre et sans conte. Si l'espoir favorable en a tranché quelqu'un. Mille et mille à l'instant en renaissent pour un; H n'y a ny rigueur ny douceur qui les donte.

Quel secourahle Hercule, à nostre aide arrivant. Pourra faire mourir un serpent si vivant. Et de l'hydre d'Amour délivrera nos âmes? Las ! pour nostre secours peu vaudra son effort, Puis qu'avecques du feu l'hydre fût mis à mort. Quand le nostre au contraire est nourry dans les dames!

MA8QUARADB8.

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