CCMTE DE BRIS$AC
0 mort ! contente toy ! Ton char est honoré D'une riche despouiile et de trop belles armes ; Tu peux bien t'assouvir, si tu te pais de larmes ; Ilcros ne fut jamais si justement pleuré.
Mars ne doit désormais se tenir asseuré, Âins redouter craintif et fuir les allarmes, Voyant devant ses yeux, entre mille gensdarmes. Le jeune Mars gaulois palle et défiguré.
Mais, las! que sçay-je, moy, si Mars, esmeu d*euYie, A point forcé la mort à le priver de vie! 0 Mars, s'il est ainsi, tu t'es bien abusé!
Car, s*il a remporté tant d'honneur sur la terre. Or' qu'il est immortel, il sera plus prisé, Et sera révéré «omme dieu de la guerre.
< Ce jeune seigneur, d'une bravoure inU>épide, fut tué au siège de Vacidaii, en Périgord, le tS avril 1569, à l'âge de vingt-six ans. 0e là les justes tegrets auxquels Desportes servit d'interprcte. II était né en 1548 et s«rvit de compagnon, pendant son enfance, A Charles IX, qui, dev«ui roi. le itt geniilliomine ordinaire de sa chambre et colonel général de rintenterie française au delà des Alpes. Il débuta dans la carrière militaire, en IMt au siège de Rouen, et combattit la même année pour défendre Paris. Il secourut M.iltc en toGS, et força les Turcs à se rembarquer, les poursuivi inOine ^u-que sur le rivage.
464 MASQUARADKS.
Bien fournis de courtaux, de limici'S et de toiles, i*our chasser aux forests des jeunes dainoiselles.
On dit que leurs taillis sont assez fréquentez, Kl que tout ce terroir est fort propre à la chasse; Les piqueurs seulement ne sont pas bien montez, Leurs courtaux et leurs chiens sont de mauvaise race : Ils n'ont jamais appris comme l'on doit chasser, Faire enceinte es devant, rembuscher et lancer, Rcquester, redresser, mettre bien sa brisée ; Mais souvent redresser c'est chose mal-aisée.
Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il Tuut i A la perfection mainte chose est requise* Les piqueurs bien rusez souvent sont en del&ut, Et sans plus redresser laissent leur entreprise. Pour eslre bon chasseur, il faut premièrement Estre ferme et bien roide, et piquer vivement, ('.arder l'ordre et le tans, et l'art et la mesure. Et non comme les foux courir à l'advanlure.
lY
11 faut un bon limier pénible et poursuivant, Nerveux, le rable gros et la narine ouverte, Qui roidisse la queue et s'allonge en avant. Si tost qu'il sent la beste ou qu'il l'a découverte; Et lors c'est le plaisir, quand un veneur parfait Le sçait tenir de court ou luy lascher le trait, L'arrester, l'échauffer, comme il a connoissancc Ou que la beste ruse, ou bien qu'elle s'avance.
Tous endroits pour courir ne^ont pas approuvez, Et chacune forest n'est duisante à la chasse : Les champs marescageux, qui sont trop abbruYez, Bien souvent à nos chiens ont fait perdre la trace; Les lieux, d'autre costé, raboteux et pierreux Sont fascheux à piquer et sont fort dangereux ; Qui veut que sans danger le plaisir l'accompagne, Il n'est que de chasser en la plaine campagne.
MASQUARADB8. 46r»
Ces coustaux verdissans en gazons relcYez, Qui commencent encor à pousser un herbage, Des chasseurs bien experts les meilleurs sont trouvez ; Mais ils veulent des chiens qui soient de grand courage. Un chion foibic de reins se rompt soudainement; On a beau forliuer et sonner hautement, Quand il a Tait un cours, sa force diminua Et, sans plus requester, il va branlant la quenfi.
YII
Nos chiens ne sont pas tels, mais, toujours vigoureux. Echauffez du plaisir vont supportant la peine; ils ne craignent l'hyver ny V^ chalourenz. Un cry les resjouyt et les met en haleine, Et sans estre en défaut, légers comme le vant, Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant; Et n'y a lieu si fort, ne si serré bocage. Qu'ils n'y mettent la teste et n*y trouvent passage.
Quel plaisir pensez-vous qu'un chasseur doit avoir, Poursuivant finement une beste rusée, Qui tournoyé en son fort, pensant le décevoir, Ou qui donne le change et fait sa reposée. Quand après grand travail il la voit commencer A se feindre le corps et sa teste baisser, Chanceler coup sur coup, à la fin renversée, Tomber à sa mercy toute molle et lassée?
Dames qui, par vos yeux amoureusement doux. Rendez comme il vous plaist une ame assij^ettie. Sans perdre ainsi le tans chassez avecques nous, Et la chasse en commun vous sera départie; Prestez-nous seulement vos bois et vos forests. Nous fournirons de chiens, de courtaux et de rets; Et, bien que sur nous seuls la peine soit remise. Vous aurez le plaisir et le fhiit de la prise.
464 MASQUARADËS.
Bien fournis de courtaux, de limiers cl de loileb, Pour chasser aux forests des jeunes dainoiselles.
On dil que Icui-s laillis sont assez fréquentes, m que tout ce terroir est fort propre à la chasse; Les piqueurs seulement ne sont pas bien montez, Leurs courtaux et leurs chiens sont de mauvaise race : Ils n'ont jamais appris comme l'on doit chasser, Faire enceinte es devant, rembuscher et lancer, Rcquester, redresser, mettre bien sa brisée ; Mais souvent redresser c'est chose mal-aisée.
Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il tdul; A la perfection mainte chose est requise. Les piqueurs bien rusez souvent sont en deiiaut, Et sans plus redresser laissent leur entreprise. Pour estre bon chasseur, il faut premièrement Estre ferme et bien roide, et piquer vivement, Carder l'ordre et le tans, et l'art et la mesure, Et non comme les foux courir à Vadvanlure.
lY
Il faut un bon limier pénible et poursuivant, Nerveux, le rable gros et la narine ouverte. Qui roidisse la queue et s'allonge en avant. Si tost qu'il sent la heste ou qu'il l'a découverte; Et lors c'est le plaisir, quand un veneur parfait Le sçait tenir de court ou luy lascher le trait, L'arrestcr, l'échauffer, comme il a connoissancc Ou que la beste ruse, ou bien qu'elle s'avance.
Tous endroits pour courir ne'bont pas approuvez, Et chacune forest n'est duisante à la chasse : Les champs marescageux, qui sont trop abbruvez, Bien souvent à nos chiens ont fait perdre la trace; Les lieux, d'autre costé, raboteux et pierreux Sont fascheux à piquer et sont fort dangereux ; Qui veut que sans danger le plaisir l'accompagne, Il n'est que de chasser en la plaine campagne.
MASQUARADB8. 46r»
Ces coustaux verdissans en gazons relevez, Qui commencent encor à pousser un herbage, Des chasseurs bien experts les meilleurs sont trouvez ; Mais ils veulent des chiens qui soient de grand courage. Un chion foible de reins se rompt soudainement; On a beau forliuer et sonner hautement, Quand il a fait un cours, sa force diminua Et, sans plus requester, il va branlant la quend.
YII
Nos chiens ne sont pas tels, mais, tou^jours vigoureux, Echauffez du plaisir vont supportant la peine; Us ne craignent l'hyver ny Veste chalourenz. Un cry les resjouyt et les met en haleine, Et sans estre en défaut, légers comme le vant, Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant; Et n'y a lieu si fort, ne si serré bocage, Qu'ils n'y mettent la teste et n*y trouvent passage.
Quel plaisir pensez-vous qii*mi chasseur doit avoir, Poursuivant finement une beste rusée.
Qui tournoyé en son fort, pensant le décevoir, Ou qui donne le change et fait sa reposée, Quand après grand travail il la voit commencer A se feindre le corps et sa teste baisser, Chanceler coup sur coup, à la fin renversée, Tomber à sa mercy toute molle et lassée?
Dames qui, par vos yeux amoureusement doux. Rendez comme il vous plaist une ame assii^ettie, Sans perdre ainsi le tans chassez avecqnes nous, Et la chasse en commun vous sera départie; Prestez-nous seulement vos bois et vos forests. Nous fournirons de chiens, de courtaux et de rets; Et, bien que sur nous seuls la peine soit remise, Vous aurez le plaisir et le trult de la prise.
^^ NASQUARADBS.
POUR LA MASQUAR.VDE DES CHEVALIERS AGITEZ
PLALME EX FORME D'eCHO
Où suis-je? ô misérable! où m'a jelté l'orage? Est-ce plaine, est-ce mont, est-ce bois ou rivage Qui bénin me reçoit, et me va secourant Des naufirages d'Amour, le piteux demourant? Malheureuse ma vie à soufiFïir condamnée 1 Quel destin me poursuit d'une haine obstinée? Le ciel veut-il nommer une mer de mon nem. Où si c'est le courroux de quelque autre Junon ? — Non. Non, dieux ! qui me respoud ? quel bruit me fait la guerre, Quoy n'auroy-je repos sur l'eau ny sur la terre?
Mais, ô fille de l'air 1 Echo n'est-ce point toy. Qui viens à ce besoin consoler mon émoy? — Moy. Narcisse à tes langueurs puisse estre secourable, Belle et gentille nymphe, aux amans (kvorable! Dy moy que je dois estre en si grand déconfort? — Fort. Quel remède est plus propre au travail que j'endure? — Dure. Hél n*ay-je pas duré fidellement servant? Qu'ay-je en fin recueilly si long -tans poursuivant? — VanL Donc que doy-je plus fûre en ce malheur extrfime? — Aime. HelasI j'aime si fort que je m'en hay moyHOQÔme. Mais je n'avance rien, les destins trop constans Contre ma loyauté sont tousjours combattans. — Attaos. Et bien ! j*attendray donc, sans que tant de traverses» De flots, de vens, d'escueils et d'ii^jures diverses, Dont foible et sans secours je me trouve assailly. Puissent rendre un seul jour mon courage fkilly. Non que l'espoir m'allège au mal que je supporte. L'esprit n'est pas constant que l'espoir reconforte. Mais celuy seulement qui sans rien espérer Peut d'un cœur invaincu toute chose endurer.
DE TIHOLEON DE GOSSÉ
CmTE DB BRISSAC *
0 mort! contente toy! Ton char est honoré D'une riche despouiile et de trop belles armes ; Tu peux bien t'assouvir, si tu te pais de larmes; Iloros ne fut jamais si justement pleuré.
Mars ne doit désormais se tenir asseuré, Âins redouter craintif et fuir les allarmes, Voyant devant ses yeux, entre mille gensdarmes, Le jeune Mars gaulois palle et défiguré.
Mais, las 1 que sçay-je, moy, si Mars, esmeu d*euYie, A point forcé la mort à le priver de vie! 0 Mars, s'il est ainsi, tu t'es bien abusé!
Car, s'il a remporté tant d'honneur sur la terre. Or' qu'il est immortel, il sera plus prisé, Et sera révéré «omme dieu de la guerre.
< Ce jeune seigneur, d'une bravoure intrépide, Ait tué au siège de Vacidan, en Pèrigord, le tS avril 1560, à Tâge de vingt-six ans. De là les justes regrets auxquels Desportes servit d'intorprCte. Il était né en 154S et servit de compagnon, pendant son enfance, à Charles IX, qui, devenu roi, le fit gentilhomme ordinaire de sa chambre et colonel général de rinbnterie française au delà des Alpes. Il débuta dans la carrière militaire, en 1501 au siège de Rouen, et combattit la même année pour dè£nidre Paris. Il mcourut Malte en 1365, et força les Turcs à se rembarquer, les poursniv i mt^nie ^u^que sur le rivage.
^66 NASQUARADBS.
POUR LA MASQUAR.VDE DES CHEVALIERS AGITEZ