‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 213 sur 259 · DE CLAUDE DE L'AUBËSPII^E · texte numérisé non relu

DE CLAUDE DE L'AUBËSPII^E

SECBETllItS tms COMMATiElflIBIt»*

Tout ce que la nalure el le ciel favorable Pouvaient pourfendre un boTUTi:ie heureux p^rfidtemenl,

' Vo^ftf. J'bilrsducUoa^

« L'AuBEspiia Tavoit, VAobkspine, ornement De ce siècle maudit, ingrat et misérable.

11 estoit grand et beau, dispos, jeune, amiable, Riche en biens, aux honneurs avancé justement. Pur, sans ambition, qui marchoit droitement, Tres-fidelle à son prince et aux bons secourable.

Le ciel, qui l'avoit fait, craignant de l'offenser, Icy-bas longuement ne l'a voulu laisser Dans un pays de sang, de meurtres et de ipierre;

Mais, amoureux de luy comme un père très-doux, En l'avril de sa vie il l'a cueilly de terre, Et en a fait un dieu qui aura soin de nous.

DE LUY-MESME

Si les dieux par pitié se fussent peu fléchir. Us n'eussent de ce corps si-tost l'ame enlevée; Hais le ciel ne pouvoit de l'esprit s'enricliir, Sans que l'indigne terre en demeurast privée.

DE LUY-MESME

L'AuBEspixE, mourant aux beaux jours de son âge, Et le bandeau fatal couvrant ses yeux estainta, La France fn soupiroit, l'air resonnoit de plaints Et la mort despitoit son malheureux ouvrage.

Comme il est arrivé jusqu'au dernier passage. L'esprit sain départant de ses membres mal-sains, Joyeux, il levé au ciel et la veué et les mains. Et fist oufr ces mots avec un doux langage :

« Seigneur, tu me prens jeune, et je meurs nonobstant Sans regretter le monde, heureusement contant, ?eu les longues erreurs et l'abus qu'il enserre.

« Louange à ta bonté, qui prend de moy soucy, Donnant cesse à ma peine. > Et finissant ainsi, Rendit son ame au ciel et son corps à la terre.

Autour de mon esprit, qui jamais ne repose, Jour et nuit vont errant etfroyables tombeaux. Convois, habits de dueil, mortuaires flambeaux ; la porte de mes sens ne reçoit autre chose.

llelas ! que le destin iujustement dispose Des ouvrages mortels plus parfaits et plus beaux ! Tuant les rossignols, il laisse les corbeaux; Espargnant les buissons, il moissonne la rose.

tPlTAPHBS. 4*1

En lie tant de milliers son coup malicieux A bien sceu remarquer ce chef-d'œuvre des deux, El ravir tout l'honneur de ce monde où nous sommes.

Ce qu'est l'herbe à la terre, à l'herbage les Heurs, L'or aux autres métaux, la blancheur aux couleurs. Cher amy, tu l'estois à la race des hommes.

DU LATIN DE M. DE PIMPONT

0 le plus doux soucy jadis de ma pensée ! Maintenant le regret dont elle est si pressée. Qui, sans moy, trop cruel, es party de ce lieu, Damon, je te salué, et si te dis adieu; Je t'espan de mes yeux c^ ofifrandes funèbres, "Mes yeux ores couverts d'étemelles ténèbres ; Je l'offre ces cheveux sur ta tombe semez, Presens de toy, mon cœur, autrefois tant aimez !

Voy comme un double amour im double autel se dresse, Voy de quels desespoirs j'entretiens ma tristesse ! Et que la cendre, helas! qui reste icy de toy, Sente en beuvanl mes pleurs, mon office et ma foy. Mostre amour plein de feu passe aux nuicts étemelles, 11 traverse le Styx en ramant de ses ailes, Par tout il t'accompagne et te veut ramener, Mais en vain, car jamais tu n'en peux retourner.

Au moins donne-toy garde, ô seul bien de ma vie, Que des eaux de Le! hé ne prennes quelque envie! Retien de nos désirs la mémoire à jamais, Ainsi que saintement du cœur je te promets Que la course des ans, la mort. Ponde et la flamc N'effaceront jamais ton portrait de mon ame.

Pourquoy, contre mon gré, ce corps est-il si fort Que ma juste douleur ne le puisse desfaire? Qui retient tant mon ame en ce lieu de misère, Sans revoler au ciel où gist tout son confort?

Las ! tout ainsi qu'Amour avec un seul effort Traversa nos deux cœurs et n'en flst qu'un ulcère, Pourquoy le ciel jaloux, envieux et contraire N'a-t-il flny nos jours par une seule mort?

La femme d'Amphion, justement affligée.

Par son dueil excessif en rocher fut changée. Qui ses en fans meurtris semble encore pleurer.

Que je serois heureuse ayant telle advanture I

SI

iSO EPITAPHES.

« L'AuBESPixE Vavoit, VAobkspine, ornement De ce siècle maudit, ingrat et misérable.

11 estoit grand et beau, dispos, jeune, amiable, Riche en biens, aux honneurs avancé justonent. Pur, sans ambition, qui marchoit droitement, Tres-fidelle à son prince et aux bons secourable.

Le ciel, qui l'avoit fait, craignant de l'offenser, Icy-bas longuement ne Ta voulu laisser Dans un pays de sang, de meurtres et de guerre;

Mais, amoureux de luy comme un père très-doux, En l'avril de sa vie il l'a cueilly de terre. Et en a fait un dieu qui aura soin de nous.

DE LUY-MESME

Si les dieux par pitié se fussent peu fléchir. Us n'eussent de ce corps si-tost Tame enlevée; Hais le ciel ne pouvoit de l'esprit s'enrichir, Sans que l'indigne terre en demeurast privée.

DE LUY-MëSIIE

L'AuBEspcŒ, mourant aux beaux jours de son âge. Et le bandeau fatal cou\Tant ses yeux estainta, La France en soupiroit, l'air resonnoit de plaints Et la mort despitoit son malheureux ouvrage.

Comme il est arrivé jusqu'au dernier passage. L'esprit sain départant de ses membres mal-sains, Joyeux, il levé au ciel et la veuê et les mains. Et fist oufr ces mots avec un doux langage :

« Seigneur, tu me prens jeune, et je meurs nonobstant Sans regretter le monde, heureusement contant, Veu les longues erreurs et l'abus qu'il enserre.

« Louange à ta bonté, qui prend de moy soucy, Donnant cesse à ma peine. > Et finissant ainsi. Rendit son ame au ciel et son corps à la terre.

Autour de mon esprit, qui jamais ne repose, Jour et nuit vont errant effroyables tombeaux. Convois, habits de dueil, mortuaires flambeaux ; l.a porte de mes sens ne reçoit autre chose.

llelas ! que le destin injustement dispose Des ouvrages mortels plus parfaits et plus beaux ! Tuant les rossignols, il laisse les corbeaux; Espargnant les buissons, il moissonne la rose.

EPITAl'HES. i«l

En lie tant de milliers son coup malicieux A bien sceu remarquer ce chef-d'œuvre des cieux, Et ravir tout l'honneur de ce monde où nous sommes.

Ce qu'est l'herbe à la terre, à l'herbage les fleurs, L'or aux autres métaux, la blancheur aux couleurs. Cher amy, tu l'estois à la race des hommes.

DU LATIN DE M. DE PIMPONT

0 le plus doux soucy jadis de ma pensée! Maintenant le regret dont elle est si pressée, Qui, sans moy, trop cruel, es party de ce lieu, Damon, je te salué, et si te dis adieu; Je t'espan de mes yeux ces offrandes funèbres, "Mes yeux ores couverts d'étemelles ténèbres; Je l'offre ces cheveux sur ta tombe semex, Presens de toy, mon cœur, autrefois tant aimez !

Voy comme un double amour un double autel se dresse, Voy de quels desespoirs j'entretiens ma tristesse ! Et que la cendre, helas ! qui reste icy de toy. Sente en beuvanl mes pleurs, mon office et ma foy. Noslre amour plein de feu passe aux nuicts éternelles, 11 traverse le Styx en ramant de ses ailes, Par tout il t'accompagne et te veut ramener, Mais en vain, car jamais tu n'en peux retourner.

Au moins donne-toy garde, ô seul bien de ma vie, Que des eaux de Lethé ne prennes quelque envie! Belien de nos désirs la mémoire à jamais. Ainsi que saintement du cœur je te promets Que la course des ans, la mort. Tonde et la tiame N'effaceront jamais ton portrait de mon ame.

rourquoy, contre mon gré, ce corps est-il si fort Que ma juste douleur ne le puisse desfaire? Qui retient tant mon ame en ce lieu de misère. Sans revolcr au eiel où gist tout son confort?

Las! tout ainsi qu'Amour avec un seul effort Traversa nos deux cœurs et n'en flst qu'un ulcère, Pourquoy le ciel jaloux, envieux et contraire N'a-t-il finy nos jours par une seule mort?

La femme d'Amphion, justement amigée, Par son dueil excessif en rocher fut changée, Qui ses en fans meurtris semble encore pleurer.

Que je serois heureuse ayant telle advanture I

478 EPITAPUES.

Luy, qui cherche en la terre un beau lieu pour retraite» Comme il voit IJaugiron, vient loger eu ses yeux.

là, plus chauds que les siens, des brandons il advise, Et des traits acerez d'un plus aigre soucy; De quoy, fier et contant, tout l'Olympe il mesprise, Et veut forcer les dieux à luy criei* mercy.

Mais devant se jouant des feux dont il abonde, Dès qu'il en tire aux cœurs un essay seulemoit, On croit que Phaëton vient rebrûler le monde, Fors que chacun se plaist en son embrasement.

Jupiter, qui voit tout, son malheur considère, S'il ne rompt les desseins de l'enfant Gyprien : Je sçauray, ce dit-il, plein d*ardante colère, Qui sera le plus fort de ses feux ou du mien.

D'entre tous les éclairs, le tonnerre et l'orage Choisissant un long trait, de trois pointes ramé, L'élancé à Haugiron, qui, plein d'ardant courage, Marchoit lors à l'assaut pour son roy tant aimé.

Geste divine foudre ainsi roide jettée, Long-tans contre l'éclair de ses yeux combatit; Tous deux estoient du ciel ! En un elle est domtée, Mais devant de ses yeux le gauche elle amortit.

Apres ce grand combat, Amour croist en audace. Car il reconnoist bien, dès qu'il s'est r'asseuré, Qu'il n'a pas moins d'attraits, ny de force et de grâce, Et que tousjours son coup droit au cœur est tiré.

J'asseure un fait certain, bien que tel il ne semble : Depuis il fut plus beau, plus clair, plus redouté. Car le feu de ses yeux s'unit lors tout ensemble, Et perça tous les cœurs de plus vive clarté.

Le grand Jupiter mesme en eut l'ame ravie, Nais, pour punir Amour, à regret et forcé, Enjoint à Lachesis de lui trancher la vie : Un dieu, sans se vanger, n'endure estre offencé.

Geste fatale sœur, qui jamais ne repose, El n'aime que le sang, la tristesse et l'ennuy, Gomme pour son amy courageux il s'expose, L'cslend mort dessus l'herbe et l'Amour quand et luy.

raconté plus haut. Le roi était épris pour tous deux d'un ainour excessif. Il haisa leurs cada\Tes et leur lit couper les cheveux pour les garder : il détaclia, comme un souvenir, les pendants d'oreille de Quelus. Leurs corps furent exposés sur un lit du parade, et le prince ordonna que toute la cour assist< rail à leurs riuiéniillus. Ayant gardé la chambre quelques jours nas faire voir, il r^s'ul après dus visites de condoléance. Hooaard et Oetpnrics furent invités par lui à chanter ses mignons ; U leur éleva dM UNDbeaux superbes, orn'*s de statues.

EPITAPOES. 479

Plusieurs ont soustenu que la mort rigoureuse Pour plaire à Jypiter n'avança son trespas; Mais nue de ses beautés elle estoit amoureuse, Et, voulant en jouir, le ravit d'icy-bas.

DB luy-hesmm;

Quel nouveau Diomede, altéré de mon sang, T'a meurtry, cher enfant? disoit Venus la belle. 0 céleste impuissance 1 à cruauté nouvelle! Qu'un dieu mesme en ce tans des mortels ne soit franc!

Lavant de pleurs son corps, d'où sortoit un estang De couleur tyrienne, à sa tresse est cruelle. Et par maint chaud soupir de puissance immortelle S'efforce à ranimer ce marbre froid et blanc.

« Ce n'est pas Gupidon, c'est Haugiron, déesse, » Luy dit quelqu'un tout bas, pour l'osterde tristesse; Mais elle jette alors des cris plus enflammez,

Et sent de sa douleur la poison plus amere. Car, ainsi que d'Amour, de l'autre elle estoit mère, Et les derniers enfans sont tousjours mieux i '

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