‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 229 sur 259 · PARAPHRASE · texte numérisé non relu

PARAPHRASE

M'R LE CANTIQOS DES TROIS E:«rANS. DANIEL, III.

BenediciU omnia opéra Domini, etc.

0 vous! du Seigneur les ouvrages, Clairs miroirs, vivantes images.

Qui par tout son art faites voir, Effets que de rien il ûst eslre, Tous, tous, bénissez vostre maistre, Louez et haussez son pouvoir.

Anges, ses ministres fidelles, Purs esprits, lumières très belles, Cieux si règlement mesurez, Humeur en crystal congelée Plus haut que la vouste estoilée, Le Seigneur, sans fin, rêverez.

Vertus, dont l'heureuse influence Aux elemens donne puissance, Estoiles, fleurs du firmament, Œil du jour, œil de la nuict brune, Soleil ardant, humide lune, Louez le Seigneur hautement.

Benissez-le, pluye et rosée.

Confort de la terre embrasée.

Vents légers, esprits agitez, Feu, dont la nature est si vive, Hiver pesant, chaleur active.

Sur tout le Seigneur exaltez.

Frimas et bruine menue.

Flocons blancs tombans de la nur*, Gelée et glaçons condensez.

Jours et nuicts, terrestres ombrages,

ŒUVRES CHHESTIëNNES. 501

(loinment mes tristes yeux aux pleurs ont pu suffire, Aux complaintes ma bouche et mon cœur aux douleurs.

Je n'y vois point de cesse, et ma peine cruelle. Que le temps deust vieillir, sans fin se renouvelle, Poussant maint rejetton espineuxet tranchant; Une nuict de fureurs rend horrible ma vie, Lo deconfort me suit encor que je le fuye. Et la raison me fuit plus je la vay cherchant.

0 Dieu I mon seul refuge et ma guide asseurée, Peux-tu voir sans pitié la brebis esgarée, Estonnée, abbatue, à la merci des sens. Qui, comme loups cruels, taschent de s'en repaistre? Presque le desespoir s'en est rendu le maistre, L'effrayant de regars et de cris menaçans.

lYabandonne ton œuvre, ô Dieu plein de clémence! Si je t'ay courroucé par trop d'impatience, Pi .lignant de mes plus chers l'infortuné trespas; Si je me suis mat té d'excessive tristesse, Excuse des mortels l'ordinaire foiblesse : Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.

Toy-mesme, ô souverain, nostre unique exemplaire. Quand tu vcis ton amy dans le drap mortuaire, L'œil clos, les membres froids, palle et défiguré, fie le pous garantir je ces piteux allarmes; Les soleils de tes yeux furent baignés de larmes, Et du Dieu de la vie un corps mort fust pleuré.

Moy donc qui ne suis rien qu'un songe et qu'un ombrage Se faut-il cstonner , en ce terrible orage, Si ce qui t'a toucVié m'a du tout emporté? Si pour un de les pleurs j'ay versé des rivières, Toy, soleil ^^^^^tio^g^^j^^ gg^i pg^g ^gg lumières, Moy, nuage espaissi, moite d'obscurité?

Quand de marbre ou d'acier mou ame eust été faite. Las! eussé-je peu voir tant d'amitié desfaite, Sans me dissoudre en pleurs, sans me deconforter? Voir de mon seul espoir les racines seichées Et les plus vives parts de moy-mesme arrachées. Mon cœur sans se douloir l'eust-il peu supporter? Je n'y pense jamais (et j'y pense à toute heure) Sans maudire la mort, dont la longue demeure Apres vous, chers esprits, me retient tant ici. J'estoy premier entré dans ce val misérable : Il me semble, ô Seigneur ! qu'il estoit raisonnable Que, le premier de tous, j'en deslogcasse aussi.

Mais en tous ces discours vainement je me fonde; Tu les avois preslez et non donne» au monde,

rXH) œUTRES CHBESTIEMMES.

Tourbillons, foudres et nuages, Sans tin le Seigneur bénissez.

Bénissez sa bonté propice, Terre, des vivans la nourrice, Monts et cousteaux moins relevez, Tout ce qui se germe en la terre. Et les minéraux qu'elle enserre, Tous, tous, le Seigneur élevez.

Fleuves, mers, ruisseaux et fontaines, Benissez-Ie; lourdes baleines.

Poissons, qui dans l'eau vous jouez, Uostes de l'air de tous ramages.

Animaux privez et sauvages, D'un accord le Seigneur louez.

Haussez-le sur toute puissance.

Vous humains faits à sa semblance.

Bénisse Israël sa bonté; Ministres des divins offices, Prestres vouez aux sacrifices, Par vous le Seigneur soit chanté.

Serfs du Seigneur, donnez-luy gloire ; Esprits, célébrez sa mémoire, Qui purs la justice embrassez ; Humbles de cœur et de pensée, Dont rame est toute à lui dressée.

Sans fin le Seigneur bénissez.

Entre tous qui gloire luy donnent, Que nos voix plus hautement sonnent.

Nous qu*il a d'enfers retirez Et des mains d'une mort certaine.

Et de la fournaise inhumaine.

Qui nous eust à coup dévorez.

Confessons qu'il est débonnaire.

Que sa grâce à jamais esdaire.

Et qu'il est le grand Dieu des Dieux.

Ainsi levans au ciel leurs âmes.

Et s'esgayans dedans les fiâmes, Chantoyent les trois enfams hebrieux.

PLAINTE

Depuis six mois entiers que ta main courroucée Se retira. Seigneur, de mon ame oppressée. Et me laissa débile au pouvoir des malheurs, J'ay tant souffert d'ennuis, qu'helas ! e ne puis dire

ŒUVRES CIIRESTIENNES. 501

Comment mes tristes yeux aux pleurs ont pu suffire, Aux complaintes ma bouche et mon cœur aux douleurs.

Je n'y vois point de cesse, et ma peine cruelle, Que le temps deust vieillir, sans fin se renouvelle, Poussant maint rejetton espineuxet tranchant; Une nuict de fureurs rund horrible ma vie, Lo deconfort me suit encor que je le fuye. Et la raison me fuit plus je la vay cherchant.

0 Dieu! mon seul refuge et ma guide asseurée, Peux-tu voir sans pi lié la brebis esgarée, Estonnée, abbatue, à la merci des sens, Qui, comme loups cruels, taschent de s'en repaistre? Presque le desespoir s'en est rendu le maistre, L'effrayant de rcgars et de cris menaçans.

N'abandonne ton œuvre, ô Dieu plein de clémence ! Si je t'ay courroucé par trop d'impatience. Plaignant de mes plus chers l'infortuné trespas ; Si je me suis matté d'excessive tristesse. Excuse des mortels l'ordinaire foiblesse : Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.

Toy-mcsme, (^ souverain, nostre unique exemplaire. Quand tu vois ton amy dans le drap mortuaire. L'œil clos, les membres froids, palle et défiguré, ISe le pcus garantir de ces piteux allarmes; Les soleils de tes yeux furent baignés de larmes, Et du Dieu de la vie un corps mort fust pleuré.

Moy donc qui ne suis rien qu'un songe et qu'un ombrage Se faul-il estonner, en ce terrible orage, Si ce qui t'a touché m'a du tout emporté? Si pour un de tes pleurs j'ay versé des rivières, Toy, soleil flamboyant, seul père des lumières, Moy, nuage espaissi, moite d'obscurité?

Quand de marbre ou d'acier mon ame eust été faite, Las ! eussé-je peu voir tant d'amitié desfaite, Sans me dissoudre en pleurs, sans me deconforter? Voir de mon seul espoir les racines seichées Et les plus vives parts de moy>mesme arrachées, Mon cœur sans se douloir l'eust-il peu supporter?

Je n'y pense jamais (et j'y pense à toute heure) Sans maudire la mort, dont la longue demeure Apres vous, chers esprits, me retient tant ici. J'estoy premier entré dans ce val misérable : U me semble, ô Seigneur ! qu'il estoit raisonnable Que, le premier de tous, j'en deslogeasse aussi.

Mais en tous ces discours vainement je me fonde; Tu les avois prestez et non domiez au monde,

SOS ŒUVRES GUftESllENNKS.

Et as peu comme tiens à toy les retirer. IlelasI je le sçay bien, mais ma foible nature Trouve pourtant. Seigneur, ceste ordonnance dure, Et ne peut sur son mal d'appareil endurer.

Plaise-toy l'augmenter de force et de courage; Sers de guide à mes pas, fens l'ombre et le nuage, Qui m'a faict esgarer si long-temps de mon bien, Et surtout, ô bon Dieu, donne à mon impuissance Ou moins de passions, ou plus de patience, Afin que mon vouloir ne s'csloigne du tien.

Donne que les esprits de ceux que je soupire N'esprouvent point. Seigneur, ta justice et ton ire ; Rens-les purifiez par ton sang précieux, Cancelle leurs péchez et leurs folles jeunesses, Fay-leur part de ta grâce, et, suivant tes promesses, Ressuscite leurs corps et les mets dans les cieux.

SOISXETS SPIRITUELS

Depuis le triste point de ma fresle naissance, Et que dans le berceau, pleurant, je fu posé. Quel jour marqué de blanc m*a tant favorisé Que de l'ombre d'un bien j'aye eu la jouissance?

A peine estoient seichez les pleurs de mon enfance. Qu'au froid, au chaud, à l'eau, je me veis exposé, D'Amour, de la fortune et des grands maistrisé, Qui m'ont payé de vent pour toute récompense.

J'en suis fable du monde, et mes vers dispersez Sont les signes piteux des maux que j'ay passez, Quand tant de fiers tyrans ravageoyent mon courage.

Toy qui m'ostes le joug et me fais respirer, 0 Seigneur ! pour jamais vueille-moy retirer De la terre d'Egypte et d'un si dur servage.

Si la course annuelle en serpent retournée Devance un trait volant par le ciel emporté. Si la plus longue vie est moins qu'une journée. Une heure, une minute, envers l'éternité;

Que songes-tu, mon ame, en la terre enchaiaiiée? Quel appast tient ici ton désir airesté? Faveur, thresors, grandeurs, ne sont que vanité» Trompans des fols mortels la race infortunée.

ŒUVRES CURESTiUiNKES. 503

Puis que l'heur souverain ailleurs se doit chercher, Il faut de ces gluaux ton plumage arracher Et voiler dans le ciel d'une légère traicte.

Là se trouve le bien affranchi de souci, La foy, l'amour sans feinte et la beauté parfaicte Qu'à clos yeux, sans profit, tu vas cherchant ici.

Puis que le miel d'amour, si comblé d'amertume, N'altère plus mon cœur comme il fil autrefois; Puis que du monde faux je mesprise les lois, Moustrons qu'un feu plus saint maintenant nous allume.

Seigneur, d'un de tes doux je veux faire ma plume. Mon encre de ton sang, mon papier de ta croix, Mon subject de ta gloire, et les chants de ma voix De ta mort, qui la mort étemelle consume.

Le feu de ton amour, dans mon ame eslancé, Soit la sainte fureur dont je seray poussé, Et non d'un Apollon l'ombrageuse folie.

Cet amour par la foy mon esprit ravira. Et, s'il te plaist. Seigneur, au ciel l'elevera Tout vif, comme sainct Paul ou le prophète Élie.

lY

Le jour chasse le jour, comme un fiot l'autre chasse, Le temps léger s'en voile et nous va décevant. Misérables mortels, qui tramons en vivant Desseins dessus desseins, fallace sur fallace.

Le cours de ce grand ciel, qui les astres embrasse, Fait que l'âge et le temps passent comme le vent; I t sans voir que la mort de près nous va suivant, En mille et mille erreurs nostre esprit s'entrelasse.

L'un, esclave des grands, meurt sans avoir vescu. L'autre de convoitise ou d'amour est vaincu; L'un est ambitieux, l'autre est chaud à la guerre.

Ainsi diversement les désirs sont poussez. Mais que sert tant de peine, ô mortels insensez? il faut tous à la fin retourner à la terre.

Seigneur, preste l'oreille aux soupirs douloureux D'un pécheur, qui sans toy de tout bien se desfle ; Que ton iiguste mort son péché justifie. Et l'eleve par grâce au lieu des bioi^heureux.

a04 ŒUVRES CHRESTIENNES.

Loin, loin, bien loin de moy, venin trop dangereux De ce troupeau vanteur, qui tout en soy se fie ! Leur audace, û Seigneur ! sans fin te crucifie, Avec plus de mespris que les juifs rigoureux.

^ainct Pierre, avant ta prise, ainsi fier de soy-mesme, S'offre à mourir pour toy, brusle en ardeur extrême, Puis au moindre péril tout autre il se fait voir;

Et pour une ser\'ante il renonça son Maistre. Cet exemple, ô Seigneur! assez nous fait cognoistre Combien sans ton secours foible est nostre pouvoir ' .

Chargé de maladie et plus de mon offance, 0 Seigneur ! tu me vois dans un lict périssant ; Ma vigueur diminue, et ma douleur croissant Fait chacun s'estonner de ma grand* patiance.

Continue, ô mon Dieu 1 donne-moy la puissance De supporter ce mal, qui le coips va forçant, Et fay que mon esprit soit tousjours bénissant, Au plus fort des douleurs, ta gloire et ta clemancc.

Donne de l'eau, Seigneur, à mes yeux espuisez, Pour rendre avec mes pleurs mes pèches arrosez, Et les lave en ton sang avant que je trespasse.

Je ne demande point de vivre plus long-tans, Du monde et de ses jeux mes désirs sont contans; Assez j'auray vescu si je meurs en ta grâce *.

Sur des abysmes creux les fondemens poser De la terre pesante, immobile et féconde, Semer d'astres le ciel, d'un mot créer le monde, La mer, les vens, la foudre à son gré maistriser,

De contrariétés tant d'accords composer.

' Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe :

Come, Dio, dir potro di poter solo, Senza la gnizia tua, ch' afTi-ena e sprona. Acquistarmi la su palma et corona, S'i mia vergogna ad à mia morte yoIo?

- Imité d'un sonnet italien qui débute par ces vers :

Carco già d'anni e più di colpe &raTf>, »

Signor, giace il tuo servo, e 1 doppio incarco l'i due morte lo sfida, c d'ambe ef varco Si vede giunto, onde sospira e pave.

(ËVVRB8 CnRESTIËRMËS. tSOU

La matière difforme orner de forme ronde, Et par ta prévoyance, en merveilles profonde, Voir tout, conduire tout, et de tout disposer.

Seigneur, c'est peu de chose à ta maijesté haute; Mais que toy, créateur, il t*ait pieu pour la foute De ceux qui t'offensoyent en croix estre pendu,

Jusqu'à si haut secret mon vol ne peut s'estendre; Les anges ny le ciel ne le sçauroyent comprendre; Apprens-1e-nou8, Seigneur, qui' l'as seul entendu ' !

Si mes ans les plus beaux, helasi trop mal perdus Au volage appétit d'amour et d'une dame. Plein de chaude espérance et d'amoureuse flame, A ta gloire, ô Seigneur! eussent esté rendus;

Mes soupirs et mes cris ne seroyent entendus Maintenant, que trop tard le repentir m'entame, Et ces vers, messagers de Terreur de mon ame, Seroyent en ton honneur çà et là respandus.

Au moins puis qu'à la fin sorti de servitude. Je cognoy ma sottise et leur ingratitude, Parfais en moy. Seigneur, ce qu'as bien commencé.

Ta bonté pour jamais de leurs fers me délivre, Et le reste des ans que tu me feras vivre, En si stérile champ ne soit ensemencé *.

Voyant tant de grands flots et de vents s'eslever Pour submerger ma barque errante et passagère, Eussé-je, ô souverain! comme le second père. Au nauft>age du monde, une arche à me sauver I

Peussé-je à mon besoin ta démence esprouver Et, comme les Hébreux en la terre estrangere,

Traduction d'un loonet italien qcd commence par ces mots :

Locar sovra gi* abissi i f<mdamenti

Dell* ampia terra, e qowi *— '-'

L'aria spiegar, con le too i

Dell* ampia terra, e qowi un pkciol vélo L'aria spiegar, con le too mani il delo E le Stella formar, chiare e lucenti, etc—

s Traduit ou imité d'un sonnet itaHen qui débute par cette strophe :

Se di quei di, che Yanneggiando ho speso

Dietro a false iperanxe e cieco ardore

Di donna ediaignor, che ImsgiioePi flore *

Di lor i'han coHo imitilmerte • preso, etc..

ŒUVKES CURESTIENNES. !Î07

La vie est une fleur espineuse et poignante, Belle au lever du jour, seiche en son occident; C'est moins que, de la neige en Testé plus ardent, C'est une nef rompue au fort de la touimente.

L'heur du monde n'est rien qu'une roue inconstante, D'un labeur étemel montant et descendant; Honneur, plaisir, proflct, les esprits desbordant, Tout est vent, songe et nue et foUe évidente.

Las ! c'est dont je me plains, moy qui voy commencer Ma teste à se mesler, et mes jours se passer, Dont j'ay mis les plus beaux et ces vaines fumées ;

Et le fruict que je cueille, en que je voy sortir Des heures de ma vie, helas l si mal semées. C'est honte, ennuy, regret, dommage et repentir.

Si j'ay moins de pouvoir, plus j'ay de cognoissance, ^^i ma vie est un but immobile aux malheurs, Si mon feu se nourrist dans les flots de mes pleurs, ^i la fin d'un travail d'un autre est la naissance,

^'i rien qu'en des tombeaux nuict et jour je ne pense, ^i je n'aime que l'ombre et les noires couleurs, ^i le jour me desplaist, si mes fleres douleurs Au repos de la nuict croissent leur violence.

Si sans sçavoir pourquoy je ne fais que pleurer. Si du monde inconstant l'on ne peut s'asseurer, Si c'est un océan de misère et de peines,

Si je n'espère ailleurs ny salut ny secours, 0 mort ! n'arreste plus, romps le fil de mes jours, Et meurtris quant et moy tant de morts inhumainas!

Quand quelquefois je pense au vol de ceste vie. Et que nos plus beaux jours plus vistement s'en vont, Comme neige au soleil mes esprits se desfont, El de mon cœur troublé toute joye est ravie.

0 désirs I qui teniez ma jeunesse asservie, Semant devant \e temps des rides sur mon front. Ma nef par vos fureurs ne sera mise à fond ; Je voy Ja rive proche où le ciel me convie.

Jtfais pourquoy, lasl plustost ne me suift-je advisé

506 1;\RëS Cllh£STIEK>BS.

Passer la mer à sec d'une plante légère, Puis au paîs promis par ta grâce arriver!

Ou que mon cœur tremblant, que l'orage espouvante, Sentist comme sainct IHerre au fort de la tourmante, Quand sa foy desrailloit, de ta main le secours!

Ta bonté par le tans n'est en rien plus petite; Sauve dune par ta grâce un qui moins le mérite. Et qui durant ses maux n'a qu'à toy son recours.

Tounio un peu devers nioy ton regard pitoyablt>. Soleil, père de vie, en qui seul je m'attans; .Sers de guide à mes sens esgarez et flot tans Par les bancs périlleux du monde misérable.

Purge et guari mon ame, lielas ! presque incurable! Prive mon cœur troublé de désirs inconstans Et d'espoirs enchanteurs, qui m'ont faict si long-tans Battre l'air, peindre en l'onde et fonder sur le sable.

Je cognoy bien ma faute et la vay maudissant; liais pour m'en garentir je me trouve impuissant, Le monde en ses erreurs trop encore m'enserre.

Si l'esprit quelquefois veut s'eslever aux cieux, Tousjours derrière moy je retourne les yeux, Comme la femme à Lot ayant quitté sa terre.

Helas ! si ta prens garde aux erreurs que j'ay fkitcs, Je Tadvouê, ô Seigneur! mon martyre est bien doux; Mais si le sang de Christ a satisfaict pour nous. Tu décoches sur moy trop d'ardentes sagettes.

Que me demandes-tu? mes œuvres imparfaites, Au lieu de t*adoucir, aigriront ton courroux; Sois-moy donc pitoyable, ù Pieu ! père de tous. Car où pourray-je aller si plus tu me r^ettes?

D'esprit triste et confus, de misère accablé. En horreur à moy-mesme, angoisseux et troublé. Je me jette à tes pies; soy-moy doux et propice!

Ne tourne point les yeux sur mes actes pervers. Ou si tu les veux voir, voy-les teints et couTert Pu beau sang de ton Fils, ma grâce et ma justice *.

> ri-dduii d'un soanel italien de Molza, qu« nous «vous ciU daiu b pr«r .we (le ce volume.

ŒUVKES CURESTIENNES. !Î07

La vie est une ileur espineuse et poignante, Belle an lever du jour, seiche en son occident ; C'est moins que, de la neige en l'esté plus ardent, C'est une nef rompue au fort de la tourmente.

L'heur du monde n'est rien qu'une roue inconstante, D'un labeur étemel montant et descendant; Honneur, plaisir, proflct, les esprits desbordant, Tout est vent, songe et nue et folie évidente.

Las ! c'est dont je me plains, moy qui voy commencer Ma teste à se mesler, et mes jours se passer, Dont j'ay mis les plus beaux et ces vaines fumées ;

Et le fruict que je cueille, en que je voy sortir Des heures de ma vie, helasi si mal semées. C'est honte, cnnuy, regret, dommage et repentir.

Si j'ay moins de pouvoir, plus j'ay de cognoissance, Si ma vie est un but immobile aux malheurs, Si mon feu se nourrist dans les flots de mes pleurs, Si la fin d'un travail d'un autre est la naissance.

Si rien qu'en des tombeaux nuict et jour je ne pense. Si je n'aime que l'ombre et les noires couleurs. Si le jour me desplaist, si mes flores douleurs Au repos de la nuict croissent leur violence.

Si sans sçavoir pourquoy je ne fais que pleurer. Si du monde inconstant l'on ne peut s'asseurer, Si c'est un océan de misère et de peines,

Si je n'espère ailleurs ny salut ny secours, 0 mort ! n'arreste plus, romps le fil de mes jours. Et meurtris quant et moy tant de morts inhumainas!

Quand quelquefois je pense au vol de ceste vie, Et que nos plus beaux jours plus vistement s'en vont, Comme neige au soleil mes esprits se desfont, Et de mon cœur troublé toute joye est ravie.

0 désirs I qui teniez ma jeunesse asservie, Semant devant le temps des rides sur mon front, Ma nef par vos fureurs ne sera mise à fond ; Je voy la rive proche où le ciel me convie.

Mais pourquoy, las! plustost ne me suia-je adviaé

o08 ŒUVRES CHRESTIENXES.

Que le bien de ce monde et l'honneur plus prisé,

.N'est qu'un songe, un fantosme, une ombre, un vain nuage ?

Telle erreur si long-tans ne m'eust pas arrestt*. Comme un second Narcis, amoureux de l'ombrage, Au lieu du bien parfaict et de la vérité.

De foy, d'espoir, d'amour et de douleur comblée, Celle que les pécheurs doivent tous imiter, 0 Seigneur ! vint ce jour à tes pies se jetter, Peu craignant le mespris de toute une assemblée.

Ses yeux, sources de feu, d'où l'Amour à l'emblée Souloit dedans les cœurs tant de traits blueter, Changez en source d'eau, ne font que dégoûter L'amertume et Tennuy de son ame troublée.

De ses pleurs, ô Seigneur ! tes pies elle arrosa, Les parfuma d'odeurs, les seicha, les baisa, De sa nouvelle amour monstrant la véhémence.

0 bien-heureuse femme ! ô Dieu toujours clément ! 0 pleur I ô cœur heureux ! qui n'eut pas seulement Pardon de son erreur, mais en eut recompense *.

Quand le Vei'be étemel, par qui tout est formé. Eut enduré la mort pour nous donner la vie, Trois disciples secrets, pleins d'amour infinie, Dedans un monument ont son corps enfermé.

Mais avecques ce corps de ton fils bien-aimé Fut enterré ton cœur, ô dolente Varie ! ne tes yeux misselans la splendeur fut tarie» Et de mille couteaux ton esprit entamé.

Le ciel, les elemens alors tous se troublèrent. De ce grand univers les fondemens tremblèrent, Et le soleil luisant esteignit son flambeau.

0 secret que les sens ne sçauroient bien entendre! Celuy qui comprend tout, et ne se peut comproidre, Est clos pour nos peschez dans un petit tombeau !

I Traduit ou imité d'un sonnet italien qui débute par ces vers :

Da speine, da dolor, da viva fede Mossa colei, al cui bel nome honore Rend' oggi il mondo, venne al suo sigoore, Gb' eternamentc il tutto rege e vede.

(ECVRES GHRB8T1BNIIB8. SO0

Quand, miroir de moy-mesme, en moy je me regarde, Je voy comme le tans m'est sans firulct escoulé, Tandis que, de jeunesse et d*araour aJOTolé, Ce monde en ses destours m'amuse et me retarde.

h^ beauté de mes ans, comme un songe fuyarde, Me laisse en s'envolant le poil entremeslé, Le teint palle et flestri, le cœur triste et gelé, Qui pour tous beaux pensers la repentance garde.

Me trouvant si changé, je dy morne et conftis : Tu n'es plus, ô chetif 1 ce qu'autrefois tu fus, Voy ta nuict qui s'approche et pense à la retraite !

R'acquiers le tans perdu, doublement travaillant, Comme le voyageur trop tard se resveillant Gaigne en doublant le pas la perte qu'il a fiUte.

Je regrette en pleurant les jours mal employei A suivre une beauté passagère et muable, Sans m'eslever au ciel et laisser mémorable Maint haut et digne exemple aux esprits desvoyei.

Toi qui dans ton pur sang nos mesfaits as noyez. Juge doux, bénin père et sauveur pitoyable, ^

Las! relevé, ô Seigneur I un pécheur iniserable, Par qui ces vrais soupirs au ciel, sont envoyez.

Si ma folle jeunesse a couru mainte année Les fortunes d'amour, d'espoir abandonnée, Qu'au port, en doux repos, j'accomplisse mes jours.

Que je meure en moy-mesme, à fin qu'en toy je vive, Que j'aJshorre le monde et que, par ton secours, La prison soit brisée où mon ame est captive.

ODE

Arrière, ô fureur insensée!

Jadis si forte en ma pensée, Quand d'amour j'estois allumé : Rempli d'une flamme plus sainte, Je sens maintenant toute estainte L'ardeur qui m'a tant consumé.

C'est trop, c'est trop versé de larmes, C'est trop chanté d'amonrs et d'armes,

508 ŒUVRES CnRESTIENNES.

Que le bien de ce monde et l'honneur plus prisé,

.N'est qu'un songe, un fantosme, une ombre, un vain nuage ?

Telle erreur si long-tans ne m'eusl pas arreslé, Comme un second Narcis, amoureux de l'ombrage, Au lieu du bien parfaict et de la vérité.

De foy, d'espoir, d'amoui* et de douleur comblée, Celle que les pécheurs doivent tous imiter, 0 Seigneur ! vint ce jour à tes pies se jelter, Peu craignant le mespris de toute une assemblée.

Ses yeux, sources de feu, d'où l'Amour à l'emblée Souloit dedans les cœurs tant de traits blueter. Changez en source d'eau, ne font que dégoûter L'amertume et l'ennuy de son ame doublée.

De ses pleurs, ô Seigneur î tes pies elle arrosa, Les parfuma d'odeurs, les seicha, les baisa, De sa nouvelle amour monstrant la véhémence.

0 bien-heureuse femme ! ô Dieu toujours clément ! 0 pleur ! ô cœur heureux ! qui n'eut pas seulement Pardon de son erreur, mais en eut récompense *.

Quand le Verbe étemel, par qui tout est formé. Eut enduré la mort pour nous donner la vie. Trois disciples secrets, pleins d'amour infinie, Dedans un monument ont son corps enfermé.

Mais avecques ce corps de ton fils bien-aimé Fut enterré ton cœur, ô dolente Marie ! ne tes yeux misselans la splendeur fut tarie, Et de mille couteaux ton esprit entamé.

Le ciel, les elemens alors tous se troublèrent. De ce grand univers les fondemens tremblèrent, Et le soleil luisant esteignit son flambeau.

0 secret que les sens ne sçauroient bien entendre! Celuy qui comprend tout, et ne se peut comprendre, Est clos pour nos peschez dans un petit tombeau !

I Traduit ou imité d'un sonnet italien qui débute par ces vers :

Da speme, da dolor, da viva fede Mossa colei, al cui bel nome honore Rend' og;p il mondo, venne al suo signort, Cb' eternamentc il tutto rege e vede.

ŒUVRES CHRESTIEIINKS. 900

Quand, miroir de moy-mesme, en moy je me regarde, Je voy comme le tans m'est sans fhiict escoulé. Tandis que, de jeunesse et d'amour affolé, Ce monde en ses destours m'anfuse et me retarde.

La beauté de mes ans, comme un songe fUyarde, Me laisse en s'envolant le poil entremesié, Le teint palle et flestri, le cœur triste et gelé, Qui pour tous beaux pensers la repentance garde.

Me trouvant si changé, je dy morne et confus : Tu n'es plus, ô chetift ce qu'autrefois tu Au, Voy ta nuict qui s'approche et pense à la retraite !

R'acquiers le tans perdu, doublement travaillant. Comme le voyageur trop tard se resveillant Gaigne en doublant le pas la perte qu'il a ftite.

Je regrette en pleurant les jours mal employei A suivre une beauté passagère et muable, Sans m'eslever au del et laisser mémorable Maint haut et digne exemple aux esprits desvoyez.

Toi qui dans ton pur sang nos mesfaits as noyez, Juge doux, bénin père et sauveur pitoyable, ^

Las! relevé, ô Seigneur I un pécheur misérable, Par qui ces vrais soupirs au del. sont envoyez.

Si ma folle jeunesse a couru mainte année Les fortunes d'amour, d'espoir abandonnée. Qu'au port, en doux repos, j'accomplisse mes jours,

Que je meure en moy-mesme, à fin qu'en toy je vive, Que j'abhorre le monde et que, par ton secours, La prison soit brisée où mon ame est captive.

ODE

Arrière, ô fureur insensée !

Jadis si forte en ma pensée, Quand d'amour j'estois allumé :

Rempli d'une flamme plus sainte, Je sens maintenant toute estainte L'ardeur qui m'a tant consumé.

C'est trop« c'est trop versé de larmes, C'est trop chanté d'amours et d'armes,

SIO ŒUVRES GHBBSTIENNBS.

C'est trop semé ses cris au vent, Cest trop, plein de jeunesse folle, Perdre tans, labeurs et paroUe, Pour le corps l'ombrage suivant.

Seigneur, change et monte ma lyre.

Afin qu'au lieu du vain martyre Qui se paist des cœurs ocieux.

Elle ravisse les oreilles. Resonnant tes hautes raenreilles.

Quand de rien tu formas les deux.

0 Père! à toy seul je m'adresse, Pécheur qui prens la hardiesse D'élever le regard si haut; Et, te descouvrant mon offence, J'invoque, en pleurant, ta clémence Pour me purger de tout défaut.

Si je suis tout noirci de vice, Tu peux m'appliquer ta justice.

Comme j'en ay parfaicte foy ; Si je ne suis que pourriture, Pourtant je suis ta créature, Qui ne veux m'adresser qu'à toy.

Fay moy voir ton œil pitoyable, Et, bien que je sois misérable, Monstre-toy gracieux et doux; Ne me chastie en ta colère :

Car, helas! si tu le veux faire.

Qui pourra porter ton courroux?

Le ciel, qui toute chose embrasse, Fuiroit tremblant devant ta face.

S'il te cognoissoit irrité; Et des anges la troupe sainte IToseroit paroistre, en la crainte De ta juste sererité.

Cest toy, qui d'une main puissante Dardes la foudre punissante, Et qui d'un clin d'oeil seulement Fais tourner ceste masse ronde; La flamme, l'air, la terre et l'onde Sont serfs de ton commandement

C'est toy qui n'as point de naissance, Triple personne en une essence.

Tout saint, tout bon, tout droiturier, Ton doigt ce grand univers range, Kl, bien que toute chose change.

Tu demeures sans varier.

(EUYIIES CHRESTIENIIES.

Ta parotff est su^uSt^ Liiseiiiùf, Et quand plus n'aura ûe durée Du cieï l'nasidu niouv^metit, Elle dncor demeurera Ibrnie, Comme u'ayaiiL iiy tin ny terme, Ron pluâ que dfi commcncGniÉïvi.

Seigneuf T c'e^t sur c^le parole Que je ra'asseure et inp console Quand mon uœur se pasme d'efïlroy; CV*t elle qui me forlilie Et quL fhit qu'ain«j |e fiie lîe En Chriatj mon Sftuvenr et mon roy.

Fondé sur cUose si certaino, Auroy-je une cspcranco vaine ï N'auroy-je ce ipj'ay désiré?

Hou attente est en la clemanee.

Ta parole est mnn asâfiiranee :

Sçauroy-je mieux eatm a.ssEuréT C'est pourquoy dcsjà j'ose dir^ Que rien n^a pouvoir de me n^ir^^ Le péché, renfer ny U mort.

Ta honte trie donne courage; Qui jii^ut m'asseurer daivantag^ Qu'im Dien st puissant et ai fortï

Continue, à Dieuî continua, Afin quft ta ffirrc t: an nue* Soil lou^oms mon seul ar^ment^ Délaissant leâ faulses louanges !ïe raille el mille dieu je est ranges C^ue i'ay clianlcz trop rollement.

Qu'en mes vers desiormai^ j'efface Tant de Irattf^ d'ardeurs et de glutû; Qu'on ne m^en tende plus van 1er Les ^'eui^ d'une beauté mortitUe* Qui, par quelque douce cautelle, Auroient sccu mes ^ns enehanler, io mi'en repena^ roug» de hontes Quand je mets quelquelbls en conte Tant de propos ipie j'ây perd g j^, Tant tic nuids vainement paJ^èeSp Tant et tant d*erranlcs p^ni^e^, Et de eri? £i mal entemJus.

Oi-cB troublé de jaloufiie, Oi'e ayant dans la fantaisie Qiidquc aune eUnciement nouvenUt Selon que les vagues aoudaiEi£a

fil2 ŒUVRES CHRESTIEHNES.

De mille tempestes mondaines Agitoyent mon foible cerveau.

La mer qui gronde et se courrousse, Quand maint vent la pousse et repousse, N^escume point en tant de flots, Comme je portois dans la teste Durant l'amoureuse tempeste D'orageux tourbillons enclos.

Soit qu'on veit la belle lumière, Ou soit que la nuict coustumiere A son tour se vinst présenter, Jamais ceste rage inhumaine fie donnoit relasohe à ma peine, Obstinée à me tourmenter.

Mais quoy ? veux-je faire revivre Tant de morts dont tu me délivre?

Yeux-je me plaindre une autre fois?

Et par mes accens lamentables Tascher à rendre pitoyables Les monts, les rochers et les bois?

Las! non; mais, plein de repentanoe, S'en veux perdre la souvenance.

Et l'avoir tousjours en horreur.

0 Seigneur I à qui je m'adresse, Ne soufRre, helas ! que ma jeunesse Retombe plus en ceste erreur.

Un cœur net en moy renouvelle, Afln que plus je ne chancelle.

Suivant mon instinct vicieux; Et quelque chose que je face, BaiÛe-moy pour guide ta grâce, Qui m'adresse au chemin des deux.

Fay que mon lut tousjours te sonne, Fay que mon doigt rien ne fredonne Que tes œuvres grans et parfaicts; Que ma bouche se tienne close, Si je veux parler d'autre chose Que de ta gloire et de tes faicts.

PLAINTE

Des abysmes d*ennuis en l'horreur plus extresme, Sans conseil, sans confort d'autruy, ny de moy-meime, (Car, helas ! ma douleur n'en sçaurolt recevoir) Outré U'ame et de corps d'incurables atteintes.

(ËUV1\E8 CHKESTIBMNBS. MS

Mon cœur, qui n'en peut plus, s'ouvre en ces trisles plaintes, Puisque ma voix, Seigneur, n*en a pas le pouvoir.

Ton ire en sa fureur si durement me touche, Que pour ne crier point tu m'estoupes la bouche, Et ne puis envoyer mes querelles aux cieux. Mon chef tout à la fois a tari ses fontaines; Je n*ay pas seulement du sang dedans les veines Pour respandre à bouillons par la bouche et les yeux»

Tu m'as posé pour butte aux angoisses ameres, Aux malheurs, aux regrets, aux fureurs, aux misères; Mon mal n'est toutesfois si grand que mon erreur. Mais si, pourray-je dire en ma peine effroyable, Bien que je te reclame et doux et pitoyable. Tu me fais trop sentir les traits de ta fureur.

De foi blesse et d'ennuis mon ame est esgarée. Les os percent ma peau, ma langue est ulcérée. Comme flots courroucez mes maux se vontsuivans; Pour tout nourrissement j'engloutis ma salive. Et croy que ta rigueur ne permet que je vive Que pour servir d'exemple et de crainte aux vivans«

Depuis quatorze jours je n'ay clos les paupières. Et le somme, enchanteur des peines journalières. De sa liqueur charmée en vain me va mouillant; II est vray que l'effort du mal que je supporte llend ma teste assommée, et m'assoupit de sorte Qu'on me jugeroit mort, ou tousjours sommeillant.

En cest estonnement mille figures vaines, Tousjoursd'effroy, de meurtre et d'horreur toutes pleines, Reveillent coup sur coup jnon esprit agité; Je resve incessamment, et ma vague pensée, Puis deçà, puis delà, sans arrest est poussée, Comme un vaisseau rompu par les vents emporté.

Ilelas! sois-moy propice, ô mon Dieu! mon refUgel Puny-moy comme père, et non pas comme juge. Et modère un petit le martyre où je suis; Tu ne veux point la mort du pécheur plein de vice. Mais qu'il change de vie et qu'il se convertisse; Las! je le veux assez, mais sans toy je ne puis.

Je ressemble en mes maux au passant misérable. Que des brigans pervers la troupe impitoyable Au val de Jéricho pour mort avoit laissé; 11 ne pouvoit s'aider, sa fin estoit certaine. Si le Samaritain, d'une ame toute humaine, M'eut estanché sa playe et ne l'eust redressé.

Ainsi, sans tuy. Seigneur, vainement je m'essaye, Donne m'en donc la force et resserre ma playe,

.Sl2 ŒUVRES CHRfiSTIEHNES.

De mille tempestes mondaines Agitoyent mon foible cerveau.

La mer qui gronde et se courrousse, Quand maint vent la pousse et repoussa, PTescume point en tant de flots, Corarae je portois dans la teste Durant l'amoureuse tempeste D'orageux tourbillons enclos.

Soit qu'on veit la belle lumière, Ou soit que la nuict coustumiere A son tour se vinst présenter, Jamais ceste rage inhumaine Ne donnoit relasche à ma peine, Obstinée à me tourmenter.

Mais quoy ? veux-je foire revivre Tant de morts dont tu me délivre?

Yeux-je me plaindre une autre fois?

Et par mes accens lamentables Tascher à rendre pitoyables Les monts, les rochers et les bois?

Las! non; mais, plein de repentance.

S'en veux perdre la souvenance.

Et l'avoir tousjours en horreur.

0 Seigneur I à qui je m'adresse, Ne souffre, helas ! que ma jeunesse Retombe plus en ceste erreur.

Un cœur net en moy renouvelle, Afln que plus je ne chancelle, Suivant mon instinct vicieux; Et quelque chose que je face, Baille-moy pour guide ta grâce, Qui m'adresse au chemin des deux.

Fay que mon lut tousjours te sonne, Fay que mon doigt rien ne fredonne Que tes œuvres grans et parfaicts; Que ma bouche se tienne close.

Si je veux parler d'antre chose Que de ta gloire et de tes faicts.

PLAINTE

Des abysraes d'ennuis en l'horrenr plus extresme, Sans conseil, sans confort d'autruy, ny de moy-mesme. (Car, helas ! ma douleur n'en scauroit recevoir) Outré U'ame et de corps d'incurables atteintas.

œuyiiES chrestibmnbs.

Hou cœur, qui n'en peut plus» s*oavt« en ces trislea plaintei Puisqi.ie raa v6ix, Seigneur, n*en a pas le pouvoir. ^ Ton ire en sa fureur si durement me touche, Que p^Oî^ne^ier point tu m*estoupes la bouche, Et ne puis envoyerTnes-^Bjerelles aux deux, lion eiicf f ou,t 4 la fois a tân llâS^ntiines; . Jejï'ay pas seulement âis^ng dedans Teà^Wiïee ^^ Pouf ï<^piïad^re:4^hamllons par la in>uch« et les yeux, ~' ^

Tu iii-*âs posé peur Jb^t^^^i^nfi^s^.am^^ .Au* pa'heurs, aux regrets/ aiUAfu^^eyjv.ltik'ibgâssi::- . jfcjn.TOal nçst t6tiiesf3i&~si^grand que mon erreur. ^

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De I6i1;îèS5e et d'èà&a?» jnôtt ame est e^o^arée. Les os percent iiii;?.«eau, ma k:5^\e est uicerée, Ci/ii?»ne flots courrouceir in.«^ mauri^^nutsuivans; Poiir toui pourrissement j'englout^ ma 8ali\«,. Et ci'ùy 'jue, ta Vl^^^^ur ne permet que jé . >• Que pour sorvir^*exâtipIeAt de crainte aux vivaui;*

?>f^puis quatorze jottVs j« n'â'j c??s les paupières, E-* îe s(ivr.î«.,<î, enchanteur dès '^iîf'^'s }*/,â*^aUere8, De, sa I'i4a?nr c^srmée en vain me va iii^"iïiaii; ; ; îr/».st vr?y que î'sffiii t d^^mal que je supporte ' iiiiï«î"à^;:-''|(^tc'^'?«^iD^^ è|%:*'^|LS|Oupit de sorte Qu'on mtl'^j^fci-^Um't^^^^

En cest estoinïéî^Eii jpi v^l-ieii,

Tousjoursd'effroy,(leîiiï^^i^p4â'ho*r»'U*'tOu.'»*^vî"*« Réveillent coup sur coup jmo&'^frit, a^îté; Jo resve incessamment, et ma vaguë^p^^^ ^ Puis deçà, puis delà, sans arrest est pouS6é&» ^^^ \^ Comme uu vaisseau rompu par les vents emporté.

Helas ! sois-moy propice, ô mon Dieu ! mon refUge i Puny-moy comme père, et non pas conmie juge, Et modère un petit le martyre où je suis; Tu ne veux point la mort du pécheur plein de vice. Mais qu'il change de vie et qu'il se convertisse; Las! je le veux assez, mais sans toy je ne puis.

Je ressemble en mes maux au passant misérable» Que des brigans pervers la troupe impitoyable Au val de Jéricho pour mort avoit laissé; 11 ne pouvoit s'aider, sa fin estoit certaine. Si le Samaritain, d'une ame toute humaine, M'eut estanché sa playe et ne l'eust redressé.

Ainsi, sans toy, Seigneur, vainement je m'essaye. Donne m'en donc la force et resserre ma playe,

KU ŒUVRES CâRBSTlBNMES.

Pui'ge et guari mon cœur que ton ire a touché, Et que ta saincle voix, qui força la nature. Arrachant le Lazare hors de la sépulture, Arrache mon esprit du tombeau de péché.

Fay rentrer dans le parc ta brebis esgarée, Donne de l'eau vivante à ma bouche altérée, Chasse l'ombre de mort qui voile autour de moy, Tu me vois nu de tout, sinon de vitupère; • Je suis Tenfant prodigue, embrasse-moy, mon père ! Je le confesse, helas! j'ay péché devant toy.

Pourquoy se fust offert soy-mesme en sacrifice Ton enfant bien-aimé, Clu'ist, ma seule justice? Pourquoy par tant d'endroits son sang eust-il versé, i>inon pour nous, pécheurs, et pour te satisfaire? Les justes, ô Seigneur ! n'en eussent eu que faire. Et pour eux son sauict corps n'a pas esté percé. Par le fruict de sa mort j'attens vie étemelle; Lavée en son pur sang, mon ame sera belle. Arrière, ô desespoirs! qui m'avez transporté! Que toute desfiance hors de moy se retire. L'œil bénin du Seigneur pour moy commence à luire; Mes soupirs à la fin ont esmeu sa bonté.

0 Dieu ! tousjours vivant, j'ay ferme confiance Qu'en l'extrême des jours, par ta toute-puissance, Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant. Prendra nouvelle vie et, par ta pure grâce, J'auray l'heur de te voir de mes yeux face à face, Avec les bien-heureux ton sainct nom bénissant.

PUIERE EN FORME DE COiNFESSlO?!

Durant tant de grands flots coup sur coup s'elevans, Tant de feux, tant d'esclairs, tant de pluye et de vents, Rebatans à l'envi ma nacelle brisée, Resté la nuict sans guide entre mille destours, Seigneur, je te reclame, et voici ton secours Qui rend de mon esprit la tourmente appaisée.

Le brouillas, qui long-temps m*a le jour dérobé. Percé de tes rayons en peu d'heure est tombé, Mon ame aveugle un temps la veuê a recouverte; Mais presque elle a regret d'un bien si précieux, Car, quand dessus soy-mesme elle tourne les yeux, D'horreurs et de péchez se voit toute couverte.

Lab ! puisque rien d'entier ne s'y peut adviser, Qup lu y sert nà clarté, sinon pour l'accuser

(OUVRES CHRESTlENNES. 515

El la rendre confuse en voyant tant de vices? Plaise loy donc encor les deux yeux me couvrir; Non, Seigneur, mais plustost vucille les mieux ouvrir, Pour contempler ta grâce et tes grans bénéfices.

Or* que tout dedans moy je me suis retiré, Des rayons de ton œil en ma nuict esclairé, Que je voy de thresors dont tu m'es favorable ! N'estant, tu m'as faict estre, et m'as rendu vivant, Tu m'as pourveu des sens, et plus haut m'eslevant, Me dépars le discours et me fais raisonnable.

Ta main d'ame et de corps a mon tout façonné. De corps foible et mortel à la terre addonné. Qui retourne à la terre au soir de sa journée; D'ame immortelle et vive à jamais demeurant, Tousjours, comme à son bien, vers le ciel aspirant, Si le monde abuseur ne l'en rend destoumée.

Oiseaux, bestes, poissons, eaux, bois, plantes et fruits, Muicl, jour, lune, soleil pour moy furent produits; Et pour rendre ta grâce en tout poinct accomplie Apres m'avoir laissé quelques jours savourei* De les fruits icy-bas, s'il te plaist m'en tirer, Tu me gardes au ciel une étemelle vie.

Tant de biens, ô Seigneur ! que départent tes mains Par grâce et franchement sont donnez aux humains; Tu n'en espères rien, tu n'as de rien affaire; Il t'a pieu, tu l'as faict de libre volonté. Voylà ce qu'en l'esprit je voy de ta bonté, Lors que Ion œil divin mes ténèbres esclaire.

Mais quand je me regarde au miroir de ta loy, Que dedans et dehors transformé je me voy. Que je trouve en mon ame et de crasse et d'ordure! Que mes sens corrompus sont devenus infects. Que je m'appelle ingrat des biens que tu m'as ftiits. Et que mon premier estre a changé de figure !

Cest esprit que divin tu m'avois faict avoir. Pour l'élever au ciel, pour entendre et sçavoir. Et pour te recognoistre aux traits de ton ouvrage, Esgaré du sentierde sa félicité, A choisi pour le vray l'ombre et la vanité, El luy-mesmc à son bien s'est fermé le passage. ^.

Ce cœur, des chauds désirs la source et l'aliment. Que tu m'avois donné pour t'aimer ardemment, Et pour servir de livre à la loy Ires-parfaite, Ne l'a rien réservé de ses affections; Mais, en s'abandonnant aux folles passions, A toutes les fureurs a servi de retraite.

tu ŒUVRES CâRBSTiBNMES*

Pui'gc et guari mon cœur que ton ire a touche, Et que ta saincte voix, qui força la nature, Arrachant le Lazare hors de la sépulture, Arrache mon esprit du tombeau de péché.

Fay rentrer dans le parc ta brebis esgarée, Donne de l'eau vivante à ma bouche altérée, Chasse l'ombre de mort qui voile autour de moy, Tu me vois nu de tout, sinon de vitupère ; Je suis l'enfant prodigue, embrasse-moy, mon père ! Je le confesse, helas! j'ay péché devant toy.

Pourquoy se fust offert soy-mesme en saciiûce Ton enfant bien-aimé, Clu'ist, ma seule justice? Pourquoy par tant d'endroits son sang eust-il versé, Sinon pour nous, pécheurs, et pour te satisfaire? Les justes, ô Seigneur ! n'en eussent eu que faire. Et pour eux son sahict corps n'a pas esté percé. Par le firuict de sa mort j'attens vie étemelle; Lavée en son pur sang, mon ame sera belle. Arrière, ô désespoirs! qui m'avez transporté! Que toute desfiance hors de moy se relire. L'œil bénin du Seigneur pour moy commence à luire; Mes soupirs à la fm ont esmeu sa bonté.

0 Dieu ! tousjours vivant, j'ay ferme confiance Qu'en l'extrême des jours, par ta toute-puissance, Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant. Prendra nouvelle vie et, par ta pure grâce, J'auray l'heur de te voir de mes yeux face à face, Avec les bien-heureux ton sainct nom bénissant.

PlUERE EN FORME DE COiNFESSlO.N

Durant tant de grands flots coup sur coup s'elevans, Tant de feux, tant d'esclairs, tant de pluye et de vents, Rebatans à l'envi ma nacelle brisée.

Resté la nuict sans guide entre mille destours, Seigneur, je te reclame, et voici ton secours Qui rend de mon esprit la tourmente appaisée.

Le brouillas, qui long-temps m'a le jour dérobé. Percé de tes rayons en peu d'heure est tombé, Mon ame aveugle un temps la veuë a recouverte; Mais presque elle a regret d'un bien si précieux, «'.ar, quand dessus soy-mesme elle tourne les yeux, D'horreurs et de péchez se voit toute couverte.

La!» ! puisque rien d'entier ne s'y peut advi;»er, Qup luy sert *» clarté, sinon pour l'accuser

(KUVRES CHRESTIBNNES. 515

Et la rendre confuse en voyant tant de vices? Plaise toy donc encor les deux yeux me couvrir; Non, Seigneur, mais plustost vueille les mieux ouvrir, Pour contempler ta grâce et tes grans bénéfices.

Or' que tout dedans moy je me suis retiré, Des rayons de ton œil en ma nuict esclairé, Que je voy de thresors dont tu m'es favorable ! N'estant, tu m'as faict estre, et m'as rendu vivant, Tu m'as pourveu des sens, et plus haut m'eslevant, Me dépars le discours et me fais raisonnable.

Ta main d'ame et de corps a mon tout façonné, De corps foible et mortel à la terre addonné. Qui retourne à la terre au soir de sa journée; D'ame immortelle et vive à jamais demeurant, Tousjours, comme à son bien, vers le ciel aspirant. Si le monde abuseur ne l'en rend destouméc.

Oiseaux, bestes, poissons, eaux, bois, plantes et fruits, INuicl, jour, lune, soleil pour moy furent produits; Et pour rendre ta grâce en tout poinct accomplie Apres m'avoir laissé quelques jours savourer De les fruits icy-bas, s'il te plaist m'en tirer, Tu me gardes au ciel une étemelle vie.

Tant de biens, ô Seigneur ! que départent tes mains Par grâce et franchement sont donnez aux humains; Tu n'en espères rien, tu n'as de rien affaire; Il t'a pieu, tu l'as faict de libre volonté. Voylà ce qu'en l'esprit je voy de ta bonté, Lors que ton œil divin mes ténèbres esclaire.

Mais quand je me regarde au miroir de ta loy, Que dedans et dehors transformé je me voy. Que je trouve en mon ame et de crasse et d'ordure ! Que mes sens corrompus sont devenus infects, Que je m'appelle ingrat des biens que tu m'as ftiits, Et que mon premier estre a changé de figure !

Ccst esprit que divin tu m'avois faict avoir. Pour l'élever au ciel, pour entendre et sçavoir, Et pour te recognoistrc aux traits de ton ouvragCi Esgaré du sentier de sa félicité, A choisi pour le vray l'ombre et la vanité, El luy-mesmc à son bien s'est fermé le passage. ^

Ce cœur, des chauds désirs la source et l'aliment, Que tu m'avois donné pour t'aimer ardemment, Et pour servir de livre à ta loy tres-parfaite, Ne l'a rien réservé de ses affections; Mais, en s'abandonnant aux folles passions, A toutes les fureurs a servi de retraite.

51G ŒUVRES GUKESTIEMilËS.

U u souvent bouilly de ra^'c cl de dédain, 11 a senti douleur du bien de son prochain, II a long-tans couvé mainte haine immortelle, Il s'est enflé d'orgueil, il s'est désespéré; La chaude ambition l'a souvent altéré; 11 n'a point esté simple, ains double et peu fldelle.

Ces yeux, rois de mes sens, qui me devoyent guider A toute heure à mon bien et du mal me garder, Ne laissans nulle entrée aux amours insensées, Charmez d'un vain plaisir, lasches se sont rendus ; Par eux mes autres sens ont tous esté perdus. Et de mon foible cœur les desfenses forcées.

Eux qui tousjours en haut devoyent estre dressez, Ont tenu leurs regards vers la terre abaissez; Eux, qui devoyent pleurer jour et nuict mon offense. Ont pleuré, las! hé quoy? quelque vaine rigueur. Quelque oubly , quelque change, ou telle antre langueur. Dont le maudit Amour ses servans recompense.

Mon oreille, où ta voix dcvoit tousjours sonner. Toute aux contes menteurs s'est voulue adonner. Ouverte aux faux rapports, fermée aux véritables; Elle a souvent ouy ton sainct nom blasphémer, Mesdire, injurier, son prochain diffamer, Kt s'est pleuê au discours des amoureuses fables.

Las ! lielas! que ma bouche a failli contre toy ! Je l'avois, ô Seigneur! pour enseigner ta loy. Et du bruit de ton nom rendre la terre pleine. Pour aider les mortels, au bien les appeller, Les retirer du mal, reprendre et consoler. Sans jamais la souiller d'une paroUe vaine.

Hais, au lieu d'en cueillir un fruict tant désiré. Je n'ay faict que mentir, je me suis parjuré, J'ay despité le ciel, ta gloire et tes merveilles. J'en ay flaté les grands et leiurs maux desguisez; J'ay semé la discorde, et de propos rusez J'ay souvent enchanté les crédules oreilles.

Bref, chacun de mes sens, tant dedans que dehors, Et chacune des parts de l'esprit et du corps N'ont plus rien qui ressemble à leur fonne première; Un seul trait de ta main n'est sur moy demeuré; Je suis un monstre horrible et &i défiguré, Que «le peur de me voir je liiy toute lumicrc.

Helas! j'ay bien raison d'ei>tre palle et tremblant; Ma confusion croist, mon mal va l'edoublant. (Jui du roc de mon cœur sortira des fontaines? (jui i^rossira mou chef de tarrens furieux?

ŒUVRES GHRESTIENNES. 517

Qui do larges ruisseaux m'enflera les deux yeux. Pour noyer mes peschez, mon angoisse et mes peines?

Mes chants soyent convertis en longs gemissemens, En ténèbres mes jours, mes plaisirs en tourmens; Que je semc mon chef de poussière et de cendre, Que des bons comme ingrat je sois abandonné; La crainte et la tremeur m'ont tout environné, Et la bouche d'enfer s'ouvre à fin de me prendre.

Que d'un seul en mon dueil je ne sois consolé, Car du livre de Dieu mon nom est cancelé. Monts, bois, fleuves, rochers, pleurez mon adventure ! Le portraict du Seigneur j'ay moy-mesme effacé, J'ay deslaissé mon père et son bien despensé, Puis avec les pourceaux j'ay pris ma nourriture.

Hais pourtant à mon Dieu je me veux présenter, Je veux, las ! à ses pies tout en pleurs me jeter, Poussant du fond du cœur ceste voix lamentable: « J'ay pesché devant loy, père doux et clément; Je m'appelle ton fils, mais c'est indignement, Mon malheur ne mérite un nom si favorable.

« De l'abysme où je suis à toy je vay priant ; Pardonne, à ton enfant contrit et suppliant! Je te demande grâce et fuy toute justice, Ne veuille droictement mes erreurs balancer; Ta justice, ô Seigneur ! ne se doit exercer Que contre le méchant, qui s'obstine en son vice.

« Plaise-toy de tout poinct mes péchez pardonner. Mais ce n'est pas assez, je crains d'y retourner; Ma foi blesse, ô Seigneur! m'est trop et trop cogneuë. Aide donc, s'il te plaist, à ma fragilité. Et puis que de la mort tu m'as ressuscité, Que mon ame au tombeau ne soit plus détenue.

Esclaire à mon esprit, et le conduis à toy. Rempli mon cœur d'amour, de confiance et de foy, Do tous objets trompeurs mes yeux vueille distiairc, Mon oreille à jamais soit ta voix escoutant, Ma bouche incessamment ta gloire aille chantant, I-.t que d'amc et de corps sans fin je te revcre.

PSAL. XXXYIII

DOMINE, NE IN FUnORE TCQ AR6DAS VB

Soigneur, helas ! ne repren mon offense En la juste fureur;

K1S ŒUVRES GHRBSTIEKRES.

A la rigueur ne puny mon erreur, Et de ton ire esteins la violence.

Tes poignans traits dedans moy sont fichez, Tes mains me sont contraires, Toute ma chair est couverte d'ulcères, Et toute paix fuit devant mes péchez.

Car tant de maux, dont mon ame est coupable. Vont mon chef surpassant.

Et tout à coup, comme un fardeau pressant, Chargent mon dos d'un poids insupportable. De pourriture et de sang tout noircy, Coulent mes cicatrices Pour ma folie, et courbé de mes vices, Je marche à peine angoisseux et transi. L'ardeur cuisante, en mes reins allumée. Les poingt d'elancemens; Rien n'est en moy qui soit franc de tourmens, Lieu n'est entier sur ma chair entamée. L'affliction m'a du tout rabaissé.

Rien plus ne peut me plaire; Las! je rugis et ne cesse de braire Les serremens dont mon cœur est pressé. Tout mon désir s'ouvre devant ta face.

Seigneur, et les regrets De ce cœur mien ne te sont point secrets; Tu sçais ma plainte avant que je la face. Le cœur me bat de tristesse et d'esmoy, Ma vigueur est passée; De mes deux yeux la clairté m'a laissée, Ils ne sont plus, mes yeux, avecque moy. Ceux dont j'ay veu ma fortune suivie, Me regardent de loin ; Mes plus prochains me laissent au besoin Et mes haineux se jettent sur ma vie.

Ils ont semé maint rapport diffamant, Ceux qui mal me pourchassent; Et pour me prendre aux filets qu'ils m'enlassent Sans fin, dépeins sur desseins vont tramant. Mais, comme un sourd que l'air frapé ne touche, Je ne leur respons point ; Je suis muet, quand leur langue me poind, Toute réplique est tarie en ma bouche.

Or pour autant que je n'ay mon recours Qu'à ta majesté sainte.

Tu respondras aux soupirs de ma plainte, Seigneur mon Dieu, ma force et mon secours I

ŒUVRES GHRESTIENNES. Slî)

Que leur audace en plaisir ne se baigne. S'ils me voyent broncher; Car je ne puis faire un pas sans clocher, Et la douleur en tous lieux m'accompaigne. Je dy ma faute, et repense espleuré Aux maux qui me captivent; Et cependant ils fleurissent et vivent, Le nombre croist contre moy conjuré.

Eux, coustumiers de faire un mauvais change, Mal pour bien m'ont rendu.

Et maint faux bruit à ma honte espandu, Pource qu'au bien ma volonté se range.

Las ! ne me laisse, et n'esloigne de moy Ta faveur souhaitée; A mon secours tien l'oreille appresiée.

Seigneur mon Dieu, mon sauveur et mon roy!

PSAL. LI

MISERERE MEI DEDS SECDNDUM, ^C.

0 Dieu ! par ta clémence aye de moy pitié Et me sois fevorable.

Suivant tes grands bontez purge la mauvaistié Et les transgressions d'un pécheur misérable. Lave-moy davantage, et te plaise effacer Geste tache espandue; Car je cognoy ma faute et la voy sans cesser. Qui s'offre espouventable à mon ame esperdue. A toy seul j'ay peclié, j'ay faict mal devant toy, Et l'horreur de mon vice Te fera trouver juste aux propos de ta loy. Et vaincras l'insensé qui reprend ta justice. Voy là, j'estoy souillé dès que je fu receu Dans ce val de misère; Je me suis veu coupable aussi-tost que conceu, Et couvoy le péché dans les flancs de ma mère. La vérité te plaist, tu veux qu'en nos espris Ferme elle s'enracine; C'est pourquoy les secrets, bénin, tu m'as appris Et les destours cachez de ta haute doctrine. Asperge-moy d'hyssope, et je verray soudain Ma souillure effacée; S'il te plaist, ô Seigneur I me laver de ta main, Je passeray la neige en flocons amassée.

6 ŒUVRES CURKSTIENNES.

11 a souvent bouilly de i a^'C cl de dédain, Il a senti douleur du bien de son prochain, Il a long-tans couvé mainte haine immortelle. Il s'est enllé d'orgueil, il s'est désespéré; La chaude ambition l'a souvent altéré; Il n'a point esté simple, ains double et peu fidellc.

(les yeux, rois de mes sens, qui me devoyent guider A toute heure à mon bien et du mal me garder, Ne laissans nulle entrée aux amours insensées, Charmez d'un vain plaisir, lasches se sont rendus ; Par eux mes auti^s sens ont tous esté perdus, Et de mon foible cœur les desfenses forcées.

Eux qui toujours en haut devoyent estre dressez, Ont tenu leurs regaixls vers la terre abaissez; Eux, qui devoyent pleurer jour et nuict mon offense. Ont pleuré, las! hé quoy? quelque vaine rigueur. Quelque oubly, quelque change, ou telle autre langueur» Dont le maudit Amour ses servans recompense.

Mon oreille, où ta voix dcvoit tousijours sonner. Toute aux contes menteurs s'est voulue adonner, Ouverte aux faux rapports, fermée aux véritables» Elle a souvent ouy ton sainct nom blasphémer, Mesdire, injurier, son prochain diffamer, Kt s'est pleuë au discours des amoureuses fables.

Las! helas! que ma bouche a failli contre toy! Je l'avois, ù Seigneur 1 pour enseigner ta loy. Et du bruit de ton nom rendre la terre pleine. Pour aider les mortels, au bien les appeller. Les retirer du mal, reprendre et consoler, Sans jamais la souiller d'une parolle vaine.

Mais, au lieu d'en cueillir un fruict tant désiré, Je n\iy faict que mentir, je me suis parjuré, J'ay despité le ciel, ta gloire et tes merveilles, J'en ay flaté les grands et leurs maux desguisez; J'ay semé la discorde, et de propos rusez J'ay souvent enchanté les crédules oreilles.

Bref, chacun de mes sens, tant dedans que dehors, Et chacune des parts de l'esprit et du corps N'ont plus rien qui ressemble à leur forme première; In seul trait de ta main n'est sur moy dcmeun'-; Je suis un monstre horrible el bi défiguré, Om» «II» pfur de me voir je tiiy toute lumici-r.

llt'Iah! j'ay bien raison d'estre i>alle et tremblant; Ma confusion croist, mon mal va l'edouhlant. Qui du rue de niun ixeur sortira dus l'unlaiuvb? Qui i^rossira mou clief de torrens furieux?

ŒUVRES GHRESTIENNES. K17

Qui de larges ruisseaux m'enflera les deux yeux. Pour noyer mes peschez, mon angoisse et mes peine»?

Mes chants soyent convertis en longs gemissemens, En ténèbres mes jours, mes plaisirs en tourmens; Que je semé mon chef de poussière et de cendre, Que des bons comme ingrat je sois abandonné; La crainte et la tremeur m'ont tout environné, Et la bouche d'enfer s'ouvre à fln de me prendre.

Que d'un seul en mon dueil je ne sois consolé, Car du livre de Dieu mon nom est cancelé. Monts, bois, fleuves, rochers, pleurez mon adventure ! Le portraict du Seigneur j'ay raoy-mesme effacé, J'ay deslaissé mon père et son bien despensé, Puis avec les pourceaux j'ay pris ma nourriture.

Mais pourtant à mon Dieu je me veux présenter, Je veux, las ! à ses pies tout en pleurs me jeter. Poussant du fond du cœur ceste voix lamentable: '( J'ay pesché devant toy, père doux et clément; Je m'appelle ton flis, mais c'est indignement, Mon malheur ne mérite un nom si favorable.

« De l'abysme où je suis à toy je vay priant ; Pardonne, à ton enfant contrit et suppliant ! Je te demande grâce et fuy toute justice. Ne veuille droictement mes erreurs balancer; Ta justice, ô Seigneur ! ne se doit exercer Que contre le méchant, qui s'obstine en son vice.

« Plaise-toy de tout poinct mes péchez pardonner. Mais ce n'est pas assez, je crains d'y retourner; Ma foiblesse, ô Seigneur! m'est trop et trop cogneuG. Aide donc, s'il te plaist, à ma fragilité. Et puis que de la mort tu m'as ressuscité, Que mon a me au tombeau ne soit plus détenue.

Esclaire à mon esprit, et le conduis à toy, Rempli mon cœur d'amour, de confiance et de foy. De tous ohjels trompeurs mes yeux vueille distraire, Mon oreille ù jamais soit ta voix escoutant, Ma bouche incessanunent ta gloire aille chantant, VA que d'arae et de corps sans fin je te révère.

PSAL. XXXVIII

TkOMINE, NE IN FCnORE TCQ AR6UAS ME

Seigneur, helas I ne repren mon offense En la juste fureur;

518 ŒUVRES GHRESTIENÎtES.

A la rigueur ne puny mon erreur, Et de ton ire esteîns la violence.

Tes poignans traits dedans moy sont fichez, Tes mains me sont contraires.

Toute ma chair est couverte d'ulcères, Et toute paix fuit devant mes péchez.

Car tant de maux, dont mon arae est coupable, Vont mon chef surpassant.

Et tout à coup, comme un fardeau pressant, Chargent mon dos d'un poids insupportable. De pourriture et de sang tout noircy.

Coulent mes cicatrices Pour ma folie, et courbé de mes vice^, Je marche à peine anguisseux et transi. L'ardeur cuisante, en mes reins allumée, Les poingt d'elancemens; Rien n'est en moy qui soit franc de tourmens, Lieu n'est entier sur ma chair entamée. L'affliction m'a du tout rabaissé, Rien plus ne peut me plaire; Las! je rugis et ne cesse de braire Les serremens dont mon cœur est pressé. Tout mon désir s'ouvre devant ta face, Seigneur, et les regrets De ce cœur mien ne te sont point secrets; Tu sçais ma plainte avant que je la face. Le cœur me bat de tristesse et d'esmoy, Ma vigueur est passée; De mes deux yeux la clairté m'a laissée, Ils ne sont plus, mes yeux, avecque moy. Ceux dont j'ay veu ma fortune suivie, lie regardent de loin ; Mes plus prochains me laissent au besoin Et mes haineux se jettent sur ma vie.

Ils ont semé maint rapport diffamant.

Ceux qui mal me pourchassent; Et pour me prendre aux filets qu'ils m'enlassent Sans fin, desseins sur desseins vont tramant. Mais, comme un sourd que l'air ft'apé ne touche. Je ne leur respons point ; Je suis muet, quand leur langue me poind, Toute réplique est tarie en ma bouche.

Or pour autant que je n'ay mon recours Qu'à ta majesté sainte, Tu respondras aux soupirs de ma plainte, Seigneur mon Dieu, ma force et mon secours!

ŒUVRES GHRESTIEHMBS. 819

Que leur audace en plaisir ne se baigne, S'ils me voyent broncher; Car je ne puis fÂlre un pas sans cloeher, Et la douleur en tous lieux m'aeoompaigne. Je dy ma faute, et repense espleoré Aux maux qui me captivent; Et cependant ils fleurissent et vivent.

Le nombre croist contre moy conjuré. Eux, coustumiers de ftdre un mauvais change, Mal pour bien m*ont rendu, Et maint faux bruit à ma honte espandu, Pource qu'au bien ma volonté se range.

Las ! ne me laisse, et n'esloigne de moy Ta (kveur souhaitée; A mon secours tien l'oreille apprestée, . Seigneur mon Dieu, mon sauveur et mon roy!

PSAL. LI

MI8BRSHB MEI DBUS SBCOHMm, ,m.

0 Dieu t par ta démence aye de moypitié . Et me sois ftivorable.

Suivant tes grand's bontez purge la manvtistié Et les transgressions d*un pécheur misérable.' Lave-moy davantage, et te plaise c Geste tache espandue; Car je cognoy ma faute et la voy i Qui s'offlre espouventable à mon ame esperdue. A toy seul j'ay péché, j'ay faict mal devanl toy, Et l'horreur de mon vice Te fera trouver juste aux propos de ta loy. Et vaincras l'insensé qui reprend ta justice. . Voy là, j*e8toy souillé dés que je ta reoeu Dans ce val de misère; Je me suis veu coupable aussi-tost que eonoen, Et couvoy le péché dans les lianes de ma men* La vérité te plaist, tu veux qu'en nos esprit Ferme elle s'enracine; C'est pourquoy les secrets, benln, tu m*aB appris Et les destours cachez de ta haute doctrine. Asperge-moy d'hyssope, et je verray aoudain Ma souillure efflicée; S'il te plaist, ô Seigneur I me laver de ta main. Je passeray la neige «n flocons amassée*

9M (EUTRES CnRESTIBNNBS.

Ta donneras, Seigneur, à mon cœur désolé La joye et la liesse De mes péchez remis, j'en seray consolé, Et mes os resjouis, qui tomboyent de tristesse. Destoume un peu ta face et tes yeux courroucez De ma faute excessive; Ou si tu me veux voir, soyent devant effacez Tous ces maux, dont l'horreur de ta grâce me prive. Crée un cœur net en moy par ta sainte bonté, Yray Dieu que je réclame, Et d'un nouvel esprit, promt à ta volonté. Inspire ma poictrine et rechange mon ame. Ne me iTJette, helas ! misérable et banny De ta face amiable, Et de ton saiuct esprit, ton amour infini. Ne m'oste la conduite et l'appuy secourable. Ren-moy de ton salut le soûlas désiré.

Et d'esprit volontaire Reigle et soustien mes pas; j'instruiray l'esgaré, Radressant les pécheurs au chemin salutaire. 0 Dieu de mon salut! absous-moy de l'erreor Homicide et cruelle; Et lors, vrayment touché d*une sainte fureur. Ma langue annoncera ta justice étemelle. Seigneur, ouvre ma lèvre, et ma bouche dira Ta louange sacrée; Non ame, autre victime à, tes yeux n'ofiHra, L'holocauste aussi bien n'est point ce qui t'agrée. Le sacrifice à Dieu c'est un cœur tout brisé Du dueil de son offence; 0 Dieu ! jamais de toy n'est le cœur mesprisé. Qui firoissé s'humilie et qui fait pénitence. Las ! Seigneur, à Sion sois doux et gracieux Par ta volonté sainte.

Afin qu'encore un jour nous voyons de nos yeux Que ta Hierusalejn de murailles soit ceinte. Lors tu prendras à gré que l'on t'aille immolant De justes sacrifices, L'entière oblation, l'holocauste brûlant, Et qu'on charge l'autel de veaux et de genices.

(RUTREl CHRBSTIENNE8. 5Î1

PSAL. LXXXVin

DOMINE DECS SALUTIS UEifi, ETC.

Je crie à toy de jour, je crie à toy de nuit. Seigneur, Dieu de ma délivrance; Oy ma prière, helas ! qu'elle entre en ta présence, Ten l'oreille à mon cry, voy le mal qui me nuit. De douleur et d'ennuis ma pauvre ame est soûlée; Ma vie a touché le trespas.

On me conte entre ceux qui descendent là-bas; Ma vi^nieur tout à coup de moy s'est escoulée. Délivre, entre les morts qu'un long somme a touchez, Sans aucun soin l'on m'abandonne, Comme les corps meurtris que la tombe environne, Loin de ton souvenir de ta main retranchez. En la fosse plus basse aux ténèbres prorondes, Ombres de mort, tu m'as jette; L'effort de ton courroux sur moy s'est arresté, J'ay senti dessus moy tous les flots de tes ondes. Ceux qui me cognoissoyent, tu les as esloignez; A tous je leur suis détestable.

Je ne sors du tout point, prisonnier misérable; La tristesse affoiblist mes yeux tousjours baignez. De clameurs, ô Seigneur ! j'ay comblé tes oreilles. Tout le jour mes mains felevant.

Vas-tu donc pour les morts tes hauts faits réservant? Se releveront-ils pour chanter tes merveilles? Ta clémence au tombeau se dira-t-elle mieux Et tes veritez en la perte?

Luiront mieux tes hauts faits en l'horreur pins couverte Et tes jugcmens droits au séjour oublieux? Las! dès le poinct du jour, Seigneur, je cric à toy, Je te préviens par ma prière.

Oui te fait rejetter ma pauvre ame en arrière? Pourquoy destoumes-tu ton visage de moy? Moy, pauvre et languissant dés mon âge j4u8 tendre, Les travaux me vont consumant ; 4^ Quelquefois élevé, mais aussi prontemant, Bas et confus d'esprit, ta main me fait descendre. Sur moy de tes courroux le desbord est passé, Je suis emporté de tes craintes, Qui, commeun long coursd'eau, m'environnent d'enceintes; Je me voy tout autour ce déluge amassé.

542 ŒHYRES CHRESTIENNES.

Mes plus chers comparons, mes amis plus fidelles, Tu les as tirez de ces lieux; Un seul de mes prochains n'apparoist à mes yeux, Tous deviennent pour moy des ténèbres cruelles.

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