‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 230 sur 259 · PRIERE DE MOYSE · texte numérisé non relu

PRIERE DE MOYSE

fSAL. XC. — DOMINE, REFCGIUM FACTCS ES KOBIS, ETC.

Seigneur, de race en race et de toute durée Tu t'es faict voir des tiens la retraite asseurée;

Avant qu'en aucun lieu Le haut orgueil des monts s'avan^ast de paroistre, Que la terre print forme et que le monde cust estre. Du siècle jusqu'au siècle à jamais tu es Dieu.

Tu tournes le mortel jusqu'à le voir dissoudre, Et dis : < Enfans d'Adam, retournez en la poudre

Où tout homme est réduit. »

Car mille ans devant toy sont comme la journée Qui fut hier finie, ou l'espace ordonnée Pour une sentinelle en sa garde de nuit.

Tu les fais découler comme l'eau d'un ravage; Ils ne sont rien qu'un somme. Il croist comme l'herbage

Aussi-tost retranché :

Au matin il fleurist riche en couleur diverse» Le soir n'est pas venu que foible il se renverse; On le fauche à l'instant et devient tout seiche.

Ta fureur nous estonne, et ton ire enflammée Rend de nos plus beaux joui-s la vigueur consommée;

Car, las ! tu vas posant Tant de transgressions de nos âmes tachées Devant tes yeux si clairs, et nos fautes cachées Au jour de ton visage en ténèbres luisant.

Nos jours sont défaillis sous ta main courroucée, Et nos ans plus soudains que la voix prononcée

Se sont veus consumez; Car à la fin, Seigneur, sept dizaines d'années Rendent des jours humains les bornes terminées; Ce sont de^s travaux les cours accoustumez.

Quelques plus vigoureux et qui mieux semaintiennent, Jusqu'à quatre-vingts ans aucunes fois parviennent;

Encor cesle vigueur Et le mieux de leur tans n'est rien que fascherie, Car nostre âge s'envole» et ceste humaine vie Kst tout soudain passée et n'a point de longueur.

ŒUVRES CnRESTIENNES. 523

Mais qui cognoist assez retfort de ta colère, Et qui, l'appréhendant autant qu'elle est severe,

N'a peur de f irriter?

De ta dextre, ô Seigneur ! admirable en puissance, Et de nos jours si courts donne-nous cognoissance, A fin que la sagesse en nous puisse habiter.

Retourne-toy, Seigneur, soit ton ame appaisée. Jusqu'à quand ces rigueurs et ceste ire embrasée

Sur tes pauvres servans ?

Monslre-toy consolé, sois-leur doux et propice ; Fay que dès le matin ta bonté nous remplisse, Et nous te chanterons tant que serons vivans.

Vueille nous resjouir au prix de nos tristesses, Pour les ans de nos maux donne-nous des liesses;

Qu'on voye, ô Tout-Puissant!

Ton œuvre en tes servans, ta splendeur sur leur race, Soil sur nous du Seigneur la lumière et la grâce; Qu'il conduise nos mains, qu'il les aille adressant.

PSAL. CXXXIX

DOMINE PROBASTI MB

Seigneur, tu m'as sondé, tu m'as veu sans cesser; Mon lever, ma séance à les yeux n'est secrette; Tu sçais bien loing devant quel sera mon penser, Tu descouvres, Seigneur, mon giste et ma retraictc, Et prévois tous les pas que mon pied doit presser.

Mon propos t'est présent qu'il n'est pas prononcé; Tu connois toute chose et passée et nouvelle. C'est toy qui m'as formé, tes mains m'ont compassé, Monstrant en moy. Seigneur, une science telle. Que, quand j'y veux monter, mon esprit est lassé.

Où fuiray-je? ô Seigneur! où m'en pourray-je aller. Évitant ton esprit et l'aspect de ta face? Tu remplis tous les cieux, si j'y pense voler, Et tout au mesme instant, si je change de place, Je te trouve aux enfers, quand je veux dévaler.

Si j'attache à mon dos le plumage divers De l'aurore embausmée, et recelle ma fuite Jusqu'aux bouts plus perdus des plus lointaines mers, Ta main par tout m'attrape, ardante à ma poursuite. Et ton bras ne me perd en l'obscur des déserts.

Quand j'ay dict : « Pour le moins les ténèbres du soir Couvriront mes plaisirs, » faulse est mon esperanee;

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