‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 236 sur 259 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Qu'a la terre, la incr, qu'avez-voos, 6 grands deux ! Qu'enclos ne lient chez soy cet esprit curieux?

Longue postérité, ces vers tu pourras lire, Avec eslonnemcnl : qui les lit, les admire. Biais, helas ! d'avoir part à mille beaux discours. Riches de beaux sujets, de beaux mots, qu'en nos jours L'astre, qui en ce tans, bénin, nous a fait naistre, Nous a i)ermis d'ouyr, escolier d'un tel maistre. D'entendre le parfait de sa divine voix, Qui ravit estonnez les princes et les rois. Des Parques, te filant, la trop lente fusée <Tuelle a ceste grâce à tes jours refusée; Que le regret t'en reste, et croy que le soleil. Ce monde biaisant, ne voit rien de pareil.

Hacontez comme en luy la sainte poésie, Uare présent du ciel, franche de frenaisie, Se maintint pure et nette. 11 n'avoit sur le front Le mal plaisant chagrin, ainsi que ceux qui ont, Solitaires fascheux d'une façon trop rude, Leur sçavoir renfeimé dans leur pédante estude ; H estoit (i*anc, ouvert, bon libéral et dous. Des muscs le séjour, sa table, ouverte à tons. Chacun jour se burdoit d'une sçavante trope Des plus rares esprits, l'eslitc de l'Europe. Entr'eux il paroissoit, comme en la claire nuit La lune au front d'argent entre les astres luit; Tant bien il discouroit. tant des lèvres décloses De sa bouche féconde issoient de belles choses. Dites comme a la cour des rois il fut chery, Aimé des grands seigneurs, dos princes favory, Qu'à la cour ne le print des couriisans le vice, L'ardiuUe ambition, l'exécrable avarice : Riche de sa vci'tu, me&prisantjcs grandeurs, Aux autres, non à soy départant les honneun. II posséda son roy : des affaires de France ^ Oncques homme vivant n'eut si grand' connaissance. L'âge l'y conviant, guidé par la raison. Il changea doucement la cour à sa maison, l'ort de félicité aux autres non commune. Jamais homme n'usa des biens de la fortune Sagement comme luy : tranquillité d'esprit. Dont ou a tant parlé, dont on a Unt cscrit, Que chacun cherche tant, que pers»)nnc ne trente, Yray necUr qui rend dieux les morlcls qu'il abreuve. Douce paix de noslre ame, à bon droit avois-tu Choisi pour la «îcnieure une «i gruu.i* vertu!

DE MES8IRB MILIFPE DESP0RTE8. 85f

Jusqu'au dernier soupir ceste compagne chefe Ne l'abandonne point; avec elle sa mère, La bonne conscience, estoit à son coslé.

Ainsi donc se trouva ce grand homme assisttS Sur 1(! point que la mort inexorable et Aère Entra, pour luy oster do beau jour la lumière ; Il ne s'estonne point, ains repeu du saint pain : • 0 jour des autres jours lO'juge souverain, Tu ne m'as pas surpris* Je sçavois que ma vie De la mort, ce dit^il, seroit bien tost ravie. J'ay mon cours achevé, comme les cieux amis, Roulans dessus nos chel^ doucemeiit Tont permis, Des ans au pied léger les coui^ses retournées A peine m'ont foumy six dizaines d'années, I^ourtant je ne murmure, ains je m'en vay content, IMcin d'espoir qu'en ses bras le grand Dieu, qui nous tend La main pour nous sauver, recevra ma pauvre ame. Exauce ma prière, ô Dieu que je reclame! Mon ame, ton portrait, j'ay souillé; lave moy, Et, net de toute ordure, en ton ciel me reçoy. » A tant rendit l'esprit, en ce point fut finie D'une si belle mort une si belle vie.

Or, adieu, cher ami! adieu, belle ame! adien! De ta muse orphelins, nous restons en ce lieu, Veufs de nostre soleil. Nostre ame desreglée, Servante de son dueil, de sa perte aveuglée, Ne peut sinon gémir; sus pleurons, car, helasi Que n'avons-nous perdu par ce cruel trespas? Pleurer est trop commun, commune n'est ma paine. Ne pleurez point mes yeux, ains devenez fontaine, Hais plustost un torrent, qu'en une mer de pleurs, Moy-mesrae me noyant, je noyé mes douleurs.

Le desespoir tiroit ces plaintft de ma bouche, En mes larmes desjà à nage estoit ma couche, Quand estonné j'entr'oy un doux coulant parler, Mon oreille flattant, qui me vient consoler. Chez le père Océan la paresseuse Aurore De son vieillard Titon le sein pressoit encore, La nuict faisoit partout régner Tobscurité ; Ma cliambre j'apperçoy pleine de grand* clarté; Un horreur me saisit, en fhi je me bazarde, Et, d'un œil arresté, plus hardy je regarde D'où vient cette lueur, regardant à ff>ois fois. Plein de gloire, je voy cil que mort je pleurois; Une aube de un lin plus que la neige blanche, A replis ondoyans, descendans sur la hanche,

Luy couvroit tout le corps ; son chef environné De rayons éclatans, de laurier couronné. Le rendoit vénérable; en sa main bien-heureuse Il porloit triomphant la palme courageuse. Sa voix n'avoit changé ; de la mesme douceur, Dont vivant il souloit emmieller mon cœur, Il me tient ces propos : « Kon, non, je ne refuse Ce tien devoir, ami, tes regrets je n'accuse; Ce dueil, race d'Amour, monstre que ta pitié, Vivante après la mort, garde son amitié. Nais c'est assez pleurer, je vy parmy les anges, Guerdon d'avoir chanté du grand Dieu les loiïanges«

« Comblé des saints désirs, si du ciel le séjour Donnoit place au regret, j'auroy regret au jour Et voudroy puissamment renaistre de ma cendre, Seulement pour servir nostre grand Alexandre, Et sa gloire animer. Si du ciel aimantin La nonchangeante loy, immuable destin, N'cust si tost avancé le soir de ma journée, De ma bouche bien-haut sa louange entonnée, De son nom dans mes vers prenant l'éternité, Seroit l'estonnement de la postérité. Sa valeur, sa clémence, en ma plume féconde, Eussent fait voir au vif le plus grand roi du monde.

« Quel plaisir m'eust ravy de servir cet enCant, Surgeon de ce grand roy que le ciel aime tant, L'œil, la vie, le cœur et l'ame de la France? Du teint des bonnes mœurs j'eusse imbu son enfance : Premier j'eusse gravé dedans ce jeune cœur. Source du \Tay sçavoir, la crainte du Seigneur, L'honneur plein de respect envers le roy son père, Le respect plein d'amour vers la royne sa mère.

< De grec ny de latis ne chargeant son cerveau, J'eusse guidé ses pas par un sentiej* nouveau. Cest l'art de bien régner qu'il faut apprendre aux princes Pour, lieutenans de Dieu, bien régir leurs pfovinoes. Laborieux mestiers, que void le monde en soy Plus grand que quand il voit un seul donner la loy A un peuple infiny, esmerveillable ouvrage? Sans doute, le régner est de Dieu le partage.

« Moins soigneux de l'esprit que de l'entendement, J'eusse par beaux discours formé son jugement. Pour voir le vray, le faux, la vertu et le vice. Je luy eusse imprimé l'amour de la justice Et de la pieté, ces deux puissantes sœurs, Ces deux Hlles du ciel, les roynes des grands cœan,

Compagnes du bon heur des branlantes couronnes, Sous la main du grand Dieu les deux fortes colonnes.

« Lorsqu'il eust eu des arts le doux miel savouré, Des hommes de sçavoir je l'eusse énamouré, Dont la plume d'acier, des ans victorieuse, Sçait garder aux beaux faits leur beauté vigoureuse.

« Le ciel ne l'a permis, et son heur ne peut pas Donner prise au regret des choses d'icy bas ; Donc mets fin à tes pleurs, et croy qu'en ceste gloire De ta sainte amitié j'ay chère la mémoire. Exempt de passion, vis bien et sois certain Qu'un bon œuvre si tost n'est party de la main. Que preste dans le ciel en est la récompense.

« Sers ton grand cardinal, l'ornement de la France, Ferme appuy de l'Eglise, honneur de ce sénat. Dont le pourpre romain d'un si divin esclat Luit parmy les chrétiens, ame qui, généreuse. Comble d'heur et d'honneur ce beau nom de Joyeuse. Je s^ay parfaitement ses forces et son cœur. Depuis que le François, des Romains le vainqueur, Jetla de cet Estât les fondemens, pour estre Du monde assubjetty le monarque et le maistre. En seigneur on n'a veu tant de cœiir, tant de foy, Tant de dextérité pour bien servir son roy; C'est une ame sans peur, c'est un roc de constance, Emmuré de vertus, seur rempart de la France. Ilà ! quel contentement servir un tel seigneur 1 L'honneur d'un si grand maistre est aussi ton honneur. Tousjoursd'un si grand nitirn, jildtnk" ploiiF immortdle, Sur le bon sflrviteur jaillit quelque Estinceik; Ton devoir envers luy, de nul boL limité^ Se plaise en l'inflny dft ta liddiié. *

Là se teut, et soudaiHt apr^s cette par oie. Se dérobe à mei yeux el panny Tair s'envole. Ma chambre de la nuifit reprit robsturité; Mon ame retenant un rayon de clarté, Par une estroite ûmoar à son ame coLée, Demeura plus ttanquiLl?, en son duell consolée.

J. m HO!lT^tlEtîL '.

* Ce Jacques de MontâreuL, ami de Desport», éUit professeur m p\ïi\ù~ Sophie, corame ejou^ Tinppmid Tiibbij GaujaL

fin.

ËTUDB SUR Philippe Desportes

Ad Uenricum, Polonm regem^ in pœma Portxi G, faleua Guellius 1

ïn Henrici, régis Poîonia inviclissimi, et Portmi ejuspoetm elegmlmimi e Gallïa digressum Jo, Auratus, poeta regitts. 2

Jani Antonii Raifti in Pkilippi Porlu Carmina

In ejuhdem poema «

Elégie sur les Œuvres de Monsieur Desporles, par Des Yveteaux

Sonnet, par Fr. Chovaync

A Monsieur Desportes, par Biard

Sur les amours de Pb. Desportes, sonnet, par 11. D. L. . .

Diane, premières amours de Ph. Desportes

Les Amours d'Hippolttb

Stances sur les amours de Monsieur D

sieur Du Perron

Cléonice, dernières amours de Ph. Desportes

Elégie sur les dernières amours de Monsieui

Beituud

En faveur de Gléonice, par P.

ËTL'DB SUR Philippe Desportes

Ad Ilenricum, Polonm regem, in poema Portai G, Valâu$ Guellius 1

In Henrici, régis Polonia inviclissimi, et Portmi ejuspoetm elegmtissimi e Gallia digressum Jo, Auratus, poeta regivs, 2

Jani Antonii Raifti in Pkilippi Portii Carmina Z

In rjusdeni poema 4

Elégie sur les Œuvres de Monsieur Desporles, par Des Yveteaux

Sonnet, par Fr. Chovaync

A Monsieur Desportes, par Biard

Sur les amours de Pb. Desportes, sonnet, par 11. D. L. . .

Diane, premières amours de Ph. Desportes

Les Amours d'Hippolttb

Stances sur les amours de Monsieur Desportes, par J.

sieur Du Perron.

Cléonice, dernières amours de Ph. Desportes

Elégie sur les dernières amours de Monsieur De

Bertaud ,

En faveur de Cléonice, par P. . .

ELfeiEs de Philippe Desportes 23i

IiiiTAnoNs DE l'Arioste, par Ph. Desportes 323

Roland furieux 324

La Mort de Rodomont et sa Descente aux enfers 3ô6

Imitation de la complainte de Bradamant 3o3

Â.'VGiUQCE, continoation da sujet de l'Arioste. ...... 357

MESLAKGES

DlVERSEa ÀMOORS oC8

Bergeries 431

Cartels et Mascarades 4S3

Epitapbbs • 467

Ad Philippum Portxum Slephanus Paschasiiu 4ÎI0

Ad Philippum Portxum Johannes Auraluit 491

Attagrammatissimus, eodem auctore 491

Prières et actres osovres CHRÉnENXES 495

Tombeau de messire Philippe Desportos, par J. de llontereal. 8S7

Page 1