‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 30 sur 259 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

D'une chose sans forme il en Ût une rohdep One, pour son ornement, on appelle le monde, Entretenu d'amour, dont il est tout remply; Car cet amour tousjours par la beauté l'attire; En suivant la beauté, belle forme il désire : Voilà, comme l'amour rend le monde accomply.

S'il a formé le monde, il luy donne durée. Et rend par bonne paix sa matière asseurée, En discordans accords toute chose unissant. Tout ce qui vit icy recognoist sa puissance : Car, en entretenant ce qui est en essence, Fait que ce qui a fin n'est jamais finissant.

En la grandeur des cieux, en l'air et en la terre. Et en toutes les eaux que l'océan enserre, 11 ne se trouve rien qui n'en soit agité : Le poisson, au printans, le sent dessous les ondes, Les ours et les lyons aux cavernes profondes, Et l'oiseau mieux volant n'a son trait évité.

Les plus lourds animaux, parmy les gras herbages, Sentans cet aiguillon, qui leur poind les courages, Bondissent, furieux, pleins d'amoureux désir : Le toreau suit la vache à travers les montagnes. Le cheval la jument par bois et par campagnes. Conservant leur espèce, attirez du plaisir.

Jupiter, par luy-mesme, ayant l'âme enflamée, Coule dedans le sein de sa sœur bien-^aimée. Joyeuse de sentir un tel embrassement ; Dont grosse puis après, 'orgueilleuse, elle enfiuite Cent mille et mille fleurs, qu'elle nous représente, Re^ouyssant nos yeux de son riche ornement.

Cest donc. Amour, par toy que les bois reverdissent, Cest par toy que les blés es campagnes jaunissent, C'est par toy que les prez se bigarrent de fleurs ; Par toy le doux Printans, suivi de la Jeunesse, De Flore et de Zephyre, étale sa richesse. Peinte diversement de cent mille couleurs.

Nos ancestres grossiers, qui vivoient aux bocages. Hideux, velus et nus comme bestes sauvages, Errans deçà delà sans police et sans loyx. Se sont, par ton moyen, assemblez dans les villes, Ont policé leurs mœurs par coustumes civiles, Ont fait les deîtez, se sont esleu des roys.

Les lettres et les arts te doivent leur naissance, Tu nous as fait aimer la coulante éloquence, La haute astrologie, et la justice aussi ; Mesme encor à présent, Taccord de la musique. En te reconnoissant, languist melancholique, S*il ne plaint la rigueur de ton poignant souci.

Tout rit par où tu passe, et ta veuë amoureuse, Qui brûle doucement, rend toute chose heureuse ; La grâce, quand tu marche, est tousjours au devant; La volupté mignarde en chantant t'environne. Et le soing dévorant qui les hommes talonne. Quand il te sent venir, s'enftiit comme le vent.

Par toy, le laboureur, en sa loge champestre. Par toy, le pastoureau, menant ses brebis paistre, Se plaist en sa fortune et bénit ton pouvoir. Et, d'une vilanelle, en chantant, il essaye D'amollir Galatée et de guarir sa plaie. Modérant la chaleur qui le fait esmouvoir.

Les roys, par ta pointure, animez d'allégresse, Donnent quelquefois tresve au soucy qui les presse; Des graves magistrats les chagrins tu desfaits; Tu te prens, courageux, aux plus rudes gendarmes, Et souvoat, au milieu des combats et des armes,^ Tu chasses la querelle et nous donnes la paix.

Bien que tu sois premier de la bande céleste En âge et en pouvoir, tu as pourtant le geste D'un enfant délicat, gracieux et séant ; Tu es plaisant et beau, tu as le corps agile, Pront, allaigre et dispos, à se courber facile. Subtil, gaillard, volage, et tousjours remuant.

Tu délectes les bons, tu contentes les sages. Tu bannis les frayeurs des plus lâches courages, Rendant l'homme craintif hautain et généreux; Tu es le vif surgeon de toute courtoisie. Et, sans toy, ne peut rien la douce poésie. Car un parfait poète est tousjours amoureux.

0 Dieu puissant et bon, seul snjet de ma lyre. Si jamais que de toy je n'ay rien voulu dire, Et si ton feu divin m'a toujours allumé, Donne-moy pour loyer qu'un jour je puisse iSdre Un œuvre à ta louange éloigné du vulgaire, Et qui ne smve point le trac accoustumé.

Purge-moy tout par tout, le cœur, l'esprit et l'ame, Et m'eschauffe si bien de ta divine flame, Que je puisse monstrer ce que je vay suivant, Et que Tamour, volant qui jusqu'au ciel m'emporte, Apres la beauté sainte, est bien d'une autre sorte Que l'aveugle appétit qui nous va décevant.

PUOCEZ CONTRE AMOUH

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