‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 29 sur 259 · CHANT D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANT D'AMOUR

Puis que je suis épris d'une beauté divine. Puis qu'un amour céleste est roy de ma poitrine. Puis que rien de mortel je ne veux plus sonner, 11 faut à ma princesse ériger ce trofiée, Et faut qu'à ce grand Dieu, qui m'a l'âme eschauffëe. Je consacre les vers que je veux entonner.

Escrivant de l'amour, Amour guide ma plume; En parlant de beauté, la beauté qui m'allume Vienne seule à ce coup mon courage esmouvoir; De deux grands deités la faveur je désire : Aussi les deités qu'en ces vers je veux dire N'ont rien qui soit égal à leur divin pouvoir.

Cest un grand Dieu qu'Amour, il n'a point de semblable. De luy-mesme parfait, à luy-mesme admirable. Sage, bon, cognoissant, et le premier des Dieux. Sa puissance invincible en jtous lieux est connue. Son ièu pront et subtil, qui traverse la nuë. Brûle enfer, la marine, et la terre et les deux.

Si c'est un Dieu puissant, la beauté n'est moins grande; La beauté comme Amour en la terre commande, Son pouvoir règne au ciel sur la divinité ; L'homme s'en esmerveiUe, et l'angelique essence Se ravit bien heureuse en voyant sa présence; Aussi l'amour n'est rien qu'un désir de beauté.

Durant le grand débat de la masse première. Que l'air, la mer, la terre et la belle lumière, Heslés confusément, faisoient un pesant corps, Amour, qui fût marry de leur longue querelle. De la matière lourde en bastit une belle, Rengeant les elemens en paisibles accords.

Page 1