‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 43 sur 259 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Dans un cœur amotireux, qu'on n'en voit tout ensemble Aux plus creux des enfers les esprits tourmenter.

Je n'auray jamais fait, si je veux entreprendre De ce bourreau cruel les rigueurs faire entendre, Rigueurs qui chacun jour se font assez sentir : Il est assez connu, sa rage est manifeste, Nais, helas ! c'est le pis qu'un chacun le déteste, Et ne peut ou ne veut de luy se garantir.

Or de moy qui le puis, et qui me délibère D'estre franc pour jamais d'une telle misère. Je pren congé d'Amour et de ses feux cuisans : Adieu, Amour, adieu, enfant plein de malice, Adieu rOysiveté, ta mère et ta nourrice, Adieu tous ces escrils où j'ay perdu mes ans.

Je pren congé de vous, amoureuses pensées; Je pren congé de vous, nuicts vainement passées. Discours, propos, sermens, l'un sur l'autre amassez; Et vous, tristes sanglots que ma poitrine excite. Plaintes, pleurs et regrets, je vous donne la fiiilte. Bien marri que plus toet je ne vous ay laissei.

Bien-heureuse Raison, royne de mon courage, Pour m' avoir garanty de l'ampureux nauflrage, Lorsque j'estoy privé de tout humain secours. Je t'appcn en ce lieu ma robe despoûillée. Des flots de la tempeste enoor toute mouillée, Ayant à l'advenir devers toy mon recours.

RTMES TIERCES

Si jamais plus ma liberté j'engage Au faux Amour, jadis roy de mon cœur, Que je languisse en étemel servage.

Si jamais plus son feu brûle mon ame.

Que je n'esprouve en aimant que rigueur. Et que mes pleurs fassent croistre ma flame.

Si jamais plus une beauté mortelle Tient mon esprit en la terre arresté, Que mon mal serve à la rendre plus belle.

Si jamais plus pour ses yeux je soupire, Que mes soupirs croissent sa cruauté Et de mes cris ne se fasse que rire.

Qu'eUe soit folle, inconstante et volage, ' ' Que j'en enrage, et qu'en me despitanl De la laisser je perde le courage.

Que de l'aimer je rougisse de honte.

Et toutesfois que je luy sois constant,

OIÀNB.

£n lay voyant d'un valet fjiire cont«.

Qne tonte noict à son huis je lamente, Et qu'elle soit à se niocquer de moy, Aux bras d'un autre heureusement contente.

Qu'un chaud martel, qu'une aspre jalousie De cent fiireurs recompensent ma foy, - -

Et que tousjours mon ame en soit saisie.

Que mon teint pasie et mon visage blesme, De tant d'ennuis maigre et défiguré, Ne soit horrible et m'étonne moy-mesme.

Que le soleil à regret me regarde.

Bref, que le ciel, contre moy coi\juré, Pour mon salut ma mort mesme retarde.

Nais, si d'Amour la sagette meurtrière Ne me peust plus désormais entamer, 0 justes dieux! accordez ma prière I

Qu'en peu de jours cet œil, mon adversaire. Flambeau d'amour qui m'a tait consumer, Perde sa flame et sa lumière claire;

Que ses che\'eux, dont mon ame tai prlse« Laissent son chef, après avoir changé Leur couleur d*or en une couleur grise.

Que de ses mains son miroir elle rompe. Voyant sa hce, et que je sois vangé De ce crystal qui maintenant la trompe. .^

Qu'elle ait regret à sa jeunesse folle. Et qu'elle apprenne, helas ! trop chèrement, Que la beauté comme le vent s'envolle.

Lors sans danger, sans douleur et sans crainte, ^ Je me riray d'avoir si longuement A la servir ma liberté contrainte.

Puis Je prendray sa vaine repentance Et ses soupirs pour heureux payement De mes douleurs et de son arrogance.

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