LIVRE II. 7J
Lotisse faire A mes yeux : ces ruisseaux que je pleura Esteindront le fourneau dans mon cœur allumé.
Mais c'est trop vainement qu'en espoir je me fonde, L'eau n'esteint pas l'amour : Neptune au creux de l'onde S'est trouvé mille fois amoureux et brûlant.
Sus donc, ardans soupirs, monstrez votre puissance, Rendes mon feu plus chaud, croissez sa véhémence. 11 en durera moins s'il est plus violant', t
Si le mary jaloux de la belle Cypris, Qui forge à Jupiter le tonnerre et l'orage, Forgeoit les traits d'Amour, il eust maudit l'ouvrage Et quitté, tout lassé, son labeur entrepris.
Car ce cruel vol leur des cœurs et des espris, Nourry d'une tigresse en quelque lieu sauvage, De mille coups mortels ne contente sa rage. Et fait tousjours des cœurs sa victoire et son prix.
On perd tans contre luy de se mettre en deffance : Un homme n'est pour faire à un dieu résistance, Mesme un dieu si puissant, qu'il surmonte les dieux.
Maudits soient tous ses traits et leur puissance forte \ Helas 1 j'en suis couTert en tant et tant de lieux, Que cet aveugle archer pour sa trousse me porte *.
Je sçay qu'ell* ont des yeux, les autres damoiselles, Pour rendre en regardant maint et maint amoureux, Mais non pas des soleils ardans et vigoureux. Qui remplissent les cœurs de flammes immortelles.
J'avoue et veux penser qu'il y en a de belles Assez pour travailler un esprit désireux : Nais quelle autre a ses traits si doux et rigoureux, Qui font gouster la vie entre cent morts cruelles?
* Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :
Lasso I non basta ch' io ardoT che i' i Foco che roe distnigge infona ancora?
Che i sospir, che somando escono ogn' hora, Il fanno al suc Airor più fermo e intenso.
• Imité d*an sonnet italien qui débute par cette strophe :
S' el iqppo che al gran Giove i strali affina, Pabro fusse d'Amor, gia haveria Bronte £* gli altri che un solo ocehio hanno in la fronte Per fkntidio lasciata la fiidna.
T4 DIAHE.
Quelle antre a cet esprit qui le miai a charmé Ces propos, ces discours dont je fus transformé ? Où sont tant d'hameçons, d'amours, de feux, de glaces?
SoufiQrons donc sans blasphème un extrême tourment, Croyant qu'on ne sçauroit qu'aimer extrêmement Celle qui est extrême en beautez et en grâces '.
Halheureux que je suis ! je vous soulois descrire Von naturel léger jamais ne s'arrestant. Prenant A grand honneur que je fiisse inconstant, Et, tel comme j'estois, me plaisant A le dire.
Maintenant que vostre œil sans pitié me martire, Ma nouTelle douleur d'heure en heure augmentant. Je maudy mon offense, honteux et repentant. Et trop tard pour mon bien je cherche à m'en dédire.
Quel confort? quel remède ? Amour, conseille-moy : Pourra-t-elle jamais s'assurer de ma foy, N'ayant connu devant si léger de courage?
Helas 1 mon inconstance à sa gloire a esté. Car quel plus grand honneur que d'aroir arresté Gduy qui s'asseuroit d'estre toui^ours Tolage?