‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 57 sur 259 · LIVRE II. 8i · texte numérisé non relu

LIVRE II. 8i

Von teint palle et ma voix, raon œil pleurant sans cesse, N'ont sçeu donter un cœur qui se disoit forcé :

Espoir, que tant de fois loin de moy j'ay chassé, Conime une idole feinte, et vaine, et tromperesse. Vers quelque autre abusé désormais trouve adresse, Je ne puis en tes rets estre plus enlacé.

Les cieux ny les enfers n'ont de toy connoissance. Les humains seulement font joug sous ta puissance. Qui desseins sur desseins ne cessent d'enflller.

Tu n'es qu'un songe faux des veillans misérables. Tu repais les esprits de chansons et de fables. Et, te cuidant tenir, on te voit envoUer.

Je ne suis point jaloux ny ne le veux point estre, Quand un plus fortuné sera de vous reçeu ; M'appercevant trop tard que je me suis deçeu, Je cesseray de suivre un enfant pour mon maistre.

Bien que vostre beauté mon désir ait fait naistre, U fust mort toutesfois aussi-tost que conçeu, Sans l'espoir tout riant qu'en vos yeux j'i^perçeu, Qui ma llamme a nourrie et l'a fait ainsi croistre.

J'ay sur vostre constance assis mon bastiroent : C'est une éternité, s'il a bon fondement; Binon, au premier vent, adien l'architecture.

Si ce malheur m'advient, saintement je promets Qu'aux sermens et aux pleurs je ne croiray jamais, Ny qu'au cœur d'une femme une seule amour dure.

Belle et guerrière main apprise à la victoire \ Jamais de l'arc d'Amour un seul trait ne perdant ; Main qui de son beau char les resnes va guidant. Quand il retourne en Cypre, orgueilleux de ta gloire.

Main dont le blanc esclat obscurcist tout yvoire. Qui fais de ta froideur naistre un désir ardant, Qui le sceptre et Testât des amours va gardant. Qui m'escris en l'esprit la loy que je veux crQire.

* Traduction d'un sonnet italien qui débule ainsi :

0 belJa man, che'l fren del carro iieni, Quando Amor col trionpho & Cipri torm, Man bianca, man leggiadra, mano adoras, Cbe f aureo scettro suo reggi * naratieni.

Main qui snr tes béantes as fait l'oeil enTîenz, Main qui sçais triompher des plus audacieux, Et qui rens de mon cœur les tempestes sereines :

LasI ne t'oppose point, 6 belle et blanche main. Quand je cherche, embrasé, le secours de mes pdnes, Qu'une ingrate me cache en la bouche et au sein.

Chassez de votre cœur l'iqjuste cruauté Qui vous rend contre Amour fièrement obstinée, Et n'estimes jamais qu'une dame bien-née Puisse avoir sans aimer quelque félicité.

Nais que vous servira ceste fleur de beauté. De jeunesse et d'amour richement couronnée. Si, sans estre cueillie, elle devient fennée Et perd sa désirable et chère nouveauté?

n ne suffist d'avoir un champ gras et fertile, Car, s'il n'est labouré, c'est un friche inutile ; La terre en devient dure et ne rapporte rien.

Celle qui ne ae sert de sa belle jeunesse Fait comme m usurier, qui cache sa richesse Et se laisse mourir sans user de son bien.

SI vous m'aimei, madame, helas! si vous m*aimet. Et si le trait d'Amour comme moy vous entame. Donc ainsi comme moy vous sentez dedans l'ame. Aux esprits et au oœnr, cent fourneaux allumez.

Hé ! pourquoy soulfrez-vous que soyons consumez, Servans de nourriture à l'amoureuse flame? N'est-ce une grand* rigueur, si vous pouvez, madame. Modérer cette ardeur qui nous tient enflâmes ?

Nous sentons bien tous deux une égale soufihuMe, Mais de nous en sortir seule avez la puissance ; Encor vous ne voulez nos langueurs secourir!

Cest estre en metme tans cruelle et misérable, De nourrir un tourment dont on se peut guarir, '^ Et, pour n'aider autruy» ne s'estre seoonrable.

Hél que n'est-il permis, aussi bien qu*à mes yeux» A tous mes autres sens d'exercer leur p«teanoé? L*accez qui m'afllilblit perdrolt ta viotanèe; - '

&IVEE II.

Et sans j^os dépiter je beniroy les cieux.

0 jour bien fortuné ! jour clair et radieux, Où de tant de beautez mon œil eut jouyssance. Que le seul souvenir chasse au loin ma souffrance, Et d'un homme mortel me rend égal aux dieux.

Je vey dans un beau sein, sur deux firaises nouTelles, Amour, comme une abeille, errer d'un vol soudain, Laissant dedans les cœurs mille pointes mortelles.

Je le vey, le méchant, le meurtrier, l'inhumain t Oh 1 si l'on m'eust permis d'y mettre un peu la main, Je l'eusse bien puny de mes peines cruelles.

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