‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 6 sur 259 · LXIV PHILIPPE DE8PORTB · texte numérisé non relu

LXIV PHILIPPE DE8PORTB

Toujours le même nombre de vers, toujours le môme entrelacement de rimes, toujours la même espèce d'harmonie. Jamais cette éloquence facile, alKmdante, involontaire, qui sort des profondeurs de Tâme, jamais ces fougues de la diction et du rhythme, où se laissent entraîner les passions violentes. On sf moque des hommes inflexibles sur l'éliquette, pleins d'attentioi pour leur costume et prenant un soin perpétuel de ne pas ei déranger la symétrie; éclairées par un instinct qui ne les trompe pas, les femmes détestent généralement ces petits-maîtres; ellei pensent qu'étant si occupés de leur personne et de leur panun ils ne sauraient éprouver les fortes émotions inséparables dei ATais attachements.

Mais celui qui révèle dans ses paroles une égale contrainte qui les soumet à une irrévocable mesure et songe aux mot bien plus qu'au sens, n'a-t-il point un ridicule du même genre Peut-on le croire transporté de joie et de douleur, quand il at tife prétentieusement ses phrases, leur met du carmin et de mouches? L'exaltation du cœur a-t-elle jamais inspiré de calembours? Pétrarque cepensJant fait un usage perpétuel de cette glaciale équivoque. Il nomme sa maîtresse un laurier, l'or l'air, l'heure {Lauro, L'oro, Vaura, Vora), prenant plaisir à gref fer sur ce tronc vicieux tout un branchage de dévcloi^pemenL insipides. 11 vous dira qu'il ne peut être heureux sans l'or, sani conquérir le laurier, sans respirer l'air, sans que l'heure lui soi ûvorable, et autres sornettes du même genre. Il s'amuse à réunii par la pensée deux syllabes distantes l'une de l'autre pour ei former le nom de sa belle ennemie, de son inflexible Diane comme dans le vers suivant :

Cosi LAUdare e BEverire insegna . La voce stessa, etc.

Colonne, l'ami de Pétrarque, n'est plus un ami : c'est une véritabli colonne, soutien du poète. Dans d'autres endroits, Laure devien un soleil, un astre, un bien, un trésor, une fontaine. Pétrarque si lasse-t-il du sonnet, il écrit des sextines : ce sont des pièces d( vers où six mots donnés se retrouvent dans chaque strophe. Quelques-unes se distinguent par une recherche prodigieuse : chacm des six mots termine un vei^, mais ils ne gardent point lemèm< ordre, et les combinaisons que poursuit l'auteur sont tellement v» riées, tellement laborieuses, que nous ne saurions en donner uni idée nette : il faut les voir pour les comprendre. La même affectation gâte perpétuellement le style du poète; il né craint pas d( dire : « Je me nourris dema mort et je vis dans la flamme: étrangt

PHILIPPE DESPORTES. tXV

aliment 1 bizarre satomdndre ! » Les troubadours, au surplus, lui avaient enseigné cet art funeste; et les subtilités de Tesprit comme du langage sont si naturelles aux méridionaux, que Caldéron, Lope de Vega, une foule d'auteurs espagnols, en abusent aussi opiniâtrement que les rimeurs italiens.

Les accents vrais sont donc assez rares chez Pétrarque : presque jamais il ne pousse un cri de joie, il ne laisse échapper un sanglot de douleur. La rhétorique le préoccupe en général bien plus que son amour. 11 faut lire maints sonnets pour trouver Texpression réelle de la tendresse, du plaisir et de la mélancolie.

Tacito vo : che le parole morte Farian pianger la gente, ed i' desio Che le lagrime mie si spargan sole.

« Je vais en silence, car mes tristes paroles feraient pleurer tout le monde, et je veux répandre des larmes solitaires. >

Feuilletez Pétrarque, vous verrez combien sont peu nombreux les passages où l'on sent vibrer, comme dans celui-ci, une profonde et sincère émotion. L'emploi continuel de la mythologie augmente la froideur de ses paroles et ajoute au caractère factice de sa poésie : l'Amour et son arc, Apollon et Phœbé, Jupiter et Neptune, détournent sans cesse l'attention du lecteur, qui voudrait voir les amants errer tout seuls parmi les bois, sous une pluie de fleurs, les poètes méridionaux prodiguant les fleurs avec une libéralité inépuisable. Voici, par exemple, la lourde et ennuyeuse métaphore dont il surcharlge, dont il comble, pour ainsi dire, tout son deuxième sonnet :

« Voulant exercer une gracieuse vengeance et punir d'une seule fois mille outrages, l'Amour reprit clandestinement son arc, comme une homme qui cherche le lieu et l'occasion de nuire.

« Ma force s'était retirée dans mon cœur, aussi bien que dans mes yeux, comptant y faire résistance, lorsque le coup mortel descendit justement là où toutes les flèches s'émoussaient d'iiabitude.

« Troublée dés le premier assaut, elle n'eut ni le temps ni la vigueur de prendre les armes, comme il était nécessaire;

« Elle ne sut pas davantage m'entralner sur la haute et abrupte colline, pour me tirer adroitement de la bataille, d'où je voudrais bien, mais ne puis actuellement sortir. »

Lancée dans une voie fatale par un homme d'un immense r&nom, entraînée aussi par les tendances secrètes de Tesprit national, toute la littérature italienne courut après lès jeux dé

UVl PHILIPPE DESPORTKS.

mots, les métaphores guindées, les hyperboles absurdes, les jongleries de la phrase. Les Italiens, en général, expriment l'amour comme s'ils ne le sentaient pas. Dans la Jérusalem délivriez Tancréde se plaint de ce que l'eau de ses larmes n'éteint pas le Tcu de son cœur ! Marhii fait usage de termes plus recherchés encore, et tous les poètes inférieurs prodiguent les locutions hétéroclites. Us ne deviemient naturels, sauf exception, qu'en devenant trop lestes. Certains passages de l'Arioste, de Boccaoc et de l'abbé Casti suffiraient pour le prouver. 11 est peu d'ouvrages italiois qui ne renferment des détails inconvenants. Le plus modeste, le plus délicat, le plus réellement épris des poètes ultramontains, c'est le plus énergique de tous. Dante a su peindre l'amour noble et pur, comme il a su peindre l'horreur de l'abime et les désolations de l'enfer.

Les poètes septentrionaux, à la vérité, ne sont point exempts de recherche : ils ont leur genre d'affectation et de mauvais goût; mais leurs excès n'attaquent point la forme, ne la chargent pas de vaines ciselures. Les pointes, les calembours, les •'lUégories, les tours de force rhythmiques, les intéressent peu. Leur prétention a pour objet la pensée même et porte sur les unalyses psychologiques, les délicatesses du sentiment, se trahit par la subtilité de l'expression et des distinctions morales; si olle tombe dans l'argutie, dans la métaphysique, elle ne tombe j»as dans le faux ; les passions vives s'accommodent très-bien d'une certaine finesse exagérée; elles y poussent, elles la produisent même naturellement. L'amour sincère est jaloux d'un regard, d'un mot, d'un signe, d'un rêve, d'une pensée. Les ra£&« nements des poètes septentrionaux ne choquent donc poin. comme l'afféterie des littératures méridionales. C'est de la sco lastique, sans doute, mais une scolastique charmante et vraie tlle s'adresse à des femmes réelles, qui l'écoutent en souriant,' qu'elle exalte et qu'elle enivre. Aussi le genre humain ra-t-il,en quelque sorte, adoptée, au lieu qu'il repousse les fadeurs ullraiDontaines. Amy Bobsart, Egmont, Julie et Saint-Preux, Max el 'riiécla, Chatterton, Adolphe, Cinq-Mars, Virginie, le Corsaire, le Giaour, ne nous choquent point, ne nou.« fatiguent point de leur tendresse hyperbolique, parce que tout I monde a plus ou moin s éprouvé leur enthousiasme, regrette oa convoite ces fiévreux tran.vpoits; mais i)ersoiuie n'a employé le langage factice de rétrarque et de ses imitateurs, personne ne s'est laissé entraiu^r à ces orgies de mots, de syllabes, de métaphores, d'em- J»lônies, de concetti et de calembours. On peut parler aux enimes comme les héios de Thomas Moore : elles écUteraiei

LXVni PHILIPPE DESPORTES.

« Chacun de mes sentiments a souffert une atteinte; mon orgueil, que Tunivers n'aurait pu courber, fléchit devant toi, devant toi qui m'abandonne : et mon âme m'abandonne à son tour.

« Hais c'en est fait : toutes les paroles sont vaines, sm-tout celles que prononce ma bouche. Seulement les pensées que nous ne pouvons retenir se frayent un chemin malgré nous.

a Sois heureuse ! Ainsi déchu, violemment arraché à toutes mes affections intimes, le cœur navré, solitaire et maudit, je ne puis guère entrer plus avant dans les régions de la morL >

Que l'on fouille la littérature italienne, et qu'on y trouve un morceau où vibre la même éloquence, où gémisse une douleur aussi vi^aie, aussi bien rendue!

Ces explications étaient tout à fait nécessaires pour caractéiiscr l'influence de la poésie ultramontaine sur nos écrivains pendant le seiiiéme siècle. Deux courants principaux traversent alors le monde intellectuel, l'un venu de l'Attique et grossi à Rome, l'autre sorti de Florence et du mont Palatin i une époque plus récente. Toi]^ deux se mêlent, se croisent dans les prf miers travaux de la Pléiade, les inondent même comme un ^ ritable débordement. C'est l'inspiration italienne qui contov ces vers de Ronsard :

De la nature un coeur je n'ai receu ; Ainçois plustost, pour se nourrir en feu. Eu lieu de hiy j'ay une salamandre :

Car, si j'avois de chair un cœur huoiain. Long temps y a qu'il fust réduit en cendre, Veu le brasier qui se cache en mon sein.

A la seconde génération, la source gréco-latine ne verse i notre littérature que des flots intermittents; mais Tond lienne augmente son tribut et parait vouloir tout submc Desportes, qui avait vingt-deux ans de moins que Ronsar l'auteur le mieux doué de cette nouvelle génération. Ses ces et couplets n'ofiîrent, pour ainsi dire, aucune trace c dantisme de l'époque, mais la recherche italienne y de Qu'on ouvre ce volume au hasard, quelque réverbération c ultramontain frappera aussitôt les yeux :

Comme dans un miroir on Toil toutes les Grâces Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quand vous fermez les yeux. Et sans vous ses brandons seroyent changez en glaces.

Voilà qui sent les bords du Tibreet dé l'Amo. Les poêles par delà les Alpes sont évidemment les modèles que su

PHILIPPE DESPORTES. LXK

auteur. Souvent môme il ne fait que les traduire. Vers la fin de sa carrière, on lui joua le mauvais tour de publier quarantetrois de ses sonnets, en regard desquels on avait imprimé les sonnets italiens qu'il avait mis à contribution, sans avertir le lecteur*. Le poêle ne s'émut aucunement de cette révélation. II déclara même de fort bonne grâce « qu'il avoit pris aux Italiens plus qu'on ne disoit, et que, si l'auteur l'avoit consulté, il lui auroit fourni de bons mémoires. » Les emprunts de Desportes doivent être en effet beaucoup plus nombreux. Henri Estienne, dans la Précelience du langage f\rançois, mentionne trois de ces interprétations que le critique a oubliées : deux sonnets et des stances *. Pasquier en cite d'autres, et, si on voulait chercher, suivre la piste du voluptueux rimeur, on découvrirait la trace de ses pas sur une foule de propriétés où il allait clandestinement à la maraude.

Quand* on compare ses vers aux morceaux primitifs, on re- . marque avec étonnement qu'il charge le style original de fioritures nouvelles, au lieu de le simplifier. En voici un exemple curieux; nous citerons seulement les deux premières strophes du sonnet italien et de l'imitation française :

Ghi vede gli occhi vostri, e di vaghezza Non resta vinto, al primo encontro, e privo De l'aima, puo ben dir che non è vivo, Ne sa che cosa sia grazia e bellezza.

Ghi non gli vede ancor, puo de l'asprezza Lamcn'arsi de! Fato, e havere à schivo La vila, e dire : A che mi val s'io vivo, Non potendo gustar tenta dolcezza?

Nous traduisons tant bien que mal ces vers alambiqués : *

« Celui qui voit vos yeux et, au premier abord, n'est pas vaincu, privé de son âme par leur beauté, peut bien dire qu'il ne vit pas, qu'il ignore ce que c'est que la grâce et la pei*feC" tion.

a Celui qui ne les a pas encore vus peut gémir de la cruauté du sort, prendre la vie en dégoût et se dire : A quoi me sert de vivre, sans pouvoir savourer une telle douceur? »

Ces expressions suffisaient déjà pour charmer les partisans de

* Les Rencontres des Muses de France et d'Halie, Lyon, 1604, un mince volume in-4, dédié à la reine. Le privilège est de novembre 160S. L'auteur donne en masse, au commencement de l'ouvrage, les noms des écrivains imités par Desportes, mais il ne les joint pas à chaque pièce, ce qui eiU été cependant bien préférable.

* Pages 90 et suivantes, édition d« M. Feogères.

UX PHILIPPE DBSP0RTB8.

œ qu'on nommait alors le beau style; Deq)ortes, les estima trop peu ornés, y ajouta de nouvelles ampoules.

Qui voit vos yeux dinns, si prompts ft décocher, Et ne perd aussitost le cœur, rime et Faudace, M'est pas homme vivant : c'est un morceau de ghre, Une souche insensible ou quelque vieux rocho*.

Qui ne voit point vos yeux doit les siens arracher, Et maudve le ciel, qui ce mal hri pourchaste : Je ne voudrois point d'yeux, privé de tant de grâce. Car tous sutres otgets ne font que me fascher.

Ce qui prouve combien était devenue forte Thabitude d*imil les Italiens, c'est que Desportes suivait leurs traces jusque da des œuvres pieuses. Tombé malade, à vingt-quatre ans, d'u maladie grave qui lui arracha des cris de douleur pendant i mois, il fit trêve à ses plaintes langoureuses, à ses lamentatio fkctioes. 11 semble que, pour gémir et invoquer l'aide du ciel, n'avait pas besoin de modèles et que ses angoisses seules a raient dû l'inspirer. Nais la mode l'emporta sur la nature; il désola conformément à l'usage adopté par delà les monts, i an moins des sonnets qu'il écrivit alors sont traduits de l'i lien, comme le prouvent les notes qui les accompagnait d; cette édition. L'un d'entre eux a été l'objet d'une grande cu' site. On y a retrouvé le motif, les images et même les exp sions du funeux sonnet de Desbarreaux, que tout le mond< vait par cœur au dix-septième siècle; on admirait surtc trait ingénieux qui le termine :

J'adore en périiaint la raison qui t'aigrit : Mais dessus quel endrnt tombera ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?

Db Radier cmt avoir fait une grande découverte en f roriginal de cet opuscule dans un morceau de Desj annonça cette bonne fortune littéraire dans le Conser s'en glorifia de nouveau dans ses Réerèationa kisU eritiquet. M. Sainte-Beuve a répété purement et simpl observation. Ils ignoraient tous les deux que le soni portes était uie humble traduction de l'italien de U< manifeste qu'ils n'avaient lu ni l'un ni l'autre les R( mutes de France et tFltalie, où l'emprunt se trov voici les <ienx opuscules :

Sign(H>, setu miri k le passate.o&se, A dir il vero, ogni martire è poeo :

PHILIPPE DESPOnTBS. LX»

S' al inerto di cbi ogn' or piangendo invoco.

Troppo ardenti saette hai in me distese. •

Ei pur per noi umana carne prese, Con laquai poi morendo estinse il foco De' tuoi dudegni, e riiq[>erse il loco Che* il nostro adomo nîal giâ ne contese.

Con questa fida ed onorata scorta, Dinansi al seggio tuo roi rappresento»

Carco d'orrore e di mi stesso in ira.

Tu pace al cor, ch' egli è ben tempo, apporta, R le gravi mie colpe, ond' io pavento, Nel sangue tinte del figliuol tuo mira.

Hélas ! si tu prends garde aux erreurs que j'ai faites, Je ravoue, A Seigneur! mon martyre est bien doux; Mais, si le sang de Christ a satisfait pour nous, Ta décoches sur moi trop d'ardentes sagettes.

Que me demandes-luT mes œuvres imparfaites. An lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; Sois-moi donc pitoyaUe, 6 Dieu t père de tons ; Car, où pourrai-je aller, si plus tu me rejettes?

D'esprit triste et confus, de misère accablé, i ■ En horreur à mm-méme, angoisseux et troublé, Je me jette à tes pieds; sois-moi doux et propice I

Ne tourne point les yeux sur mes actes pervers, - Ou, si tu les veux voir, vois les teints et couverts Du beau sang de ton Fils, ma grâce et ma justice.

Ce dernier vers, bourré de chevilles, n'a certainement pas la force et la netteté du vers italien correspondant. La similitude des deux morceaux est d'ailleurs incontestable : Desportes a contracté envers l'auteur uUramonfain une dottc clandestine; Desbarreaux a soustrait à Desportes, sans avertir le public, cç qi^e Desportes avait soustrait Ini-méme, et s'est fait une repu-, talion à peu.de frais. La gloire a d'étranges caprices et distribua souyent bien mal ses couronnes.

En résumé, on peut dire de notre poète, comme de Ronsard, que presque tous ses défauts lui Tinrent de l'Italie, que presque

PHILIPPE DESPOnTBS. LX»

S' al inerto di cbi ogn' or piangendo invocu; .

Troppo ardenti saette hai m me distese. <

Ei pur per noi umana carne prese, Con laquai poi morendo estinse il foco De' tuoi disdegni, o riaperse il loco Che' il nostro adorno nal giâ ne contese.

Con questa iida ed onorata scorta, Dinansi al seggio tuo mi rappresento, Carco d'orrore e di mi stesso in ira.

Tu pace al cor, ch' egli è ben tempo, apporta, R le gravi mie colpe, ond' io pavento, Nel sangue tinte del ligliuol tuo mira.

Hélas 1 si tu prends garde aux erreurs que j'ai faites. Je ravoue, A Seigneur! mon martyre est bien doux; Mais, si le sang de Christ a satisfait pour nous, Ta décoches sur moi trop d'ardentes sagettes.

Que me demandes-luT mes œuvres imparfaites, Au lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; Sois-moi donc pitoyable, 6 Dieu t père de tons ; Car, ou pourrai«je aller, si plus tu me rejettes?

D'esprit triste et confus, de misère accablé, ; ■ En horreur à mm-màne, angoisseux et troublé, Je me jette à tes pieds; sois-moi doux et propice !

Ne tourne point les yeux sur mes actes penrers. Ou, si tu 1^ veux v<ttrt vois les teints et couverts Du beau sang de ton Fils, ma gr&ce et ma justice.

Ce dernier vers, bourré de chevilles, n'a certainement pas la force et la netteté du vers italien correspondant. La similitude des deux morceaux est d'ailleurs incontestable : Desportes a contracté envers l'auteur uUramonfain une drttc clandestine; Desbarreaux a soustrait à Oesportes, sans avertir le public, ce qi^e Desportes avait soustrait lui-même, et s'est fait une réputation à peu.de frais. La gloire a d'étranges caprices et distri- . bii« souvent bien mal ses couronnes.

En résumé, on peut dire de notre poète, comme de Ronsard, que presque tous ses défauts lui Tinrent de l'Italie, que presque

PHILIPPE DBSP0RTB8.

^'on nommait alors le beau style; Deq)ortes, les est >p peu ornés, y ajouta de nouTelles ampoules.

Qui Tmt T06 yeux dinns, si prompts ft décocher, Et ne perd aussitost le cœur, rame et randace, M'est pas homme vivant : c'est un morceau de ghre. Une souche insensible ou quelque vieux rocher.

Qui ne voit point vos yeux doit les siois arracher, Et maudire îe ciel, qui ce mal hri pourchasse : Je ne voudrois point d'yeux, privé de tant de grâce, Car tous autres otgets ne font que me bscher.

Ce qui prouve combien était devenue forte l'habitude d* kg Italiens, c'est que Desportes suivait leurs traces jusqui des œuvres pieuses. Tombé malade, à vingt-quatre ans, maladie grave qui lui arracha des cris de douleur pendi mois, il fit trêve à ses plaintes langoureuses, à ses lamenl factices. Il semble que, pour gémir et invoquer Taide du n'avait pas besoin de modèles et que ses angoisses seu raient dû l'inspirer. Nais la mode l'emporta sur la natun désola conformément à l'usage adopté par delà les mon an moins des sonnets qu'il écrivit alors sont traduits d lien, comme le prouvent les notes qui les accompagna cette édition. L'un d'entre eux a été l'objet d'une grand iité. On y a retrouvé le motif, les images et même les sions du fameux sonnet de Desbarreaux, que tout le w tait par cœur au dix-septième siècle; on admirait i trait ingénieux qui le termine :

J'adore en périssant la raison qui t'aigrit : Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?

Db Radier crut avoir fait une grande découverte roriginal de cet opuscule dans un morceau de annonça cette bonne fortune littéraire dans le Ce s'en glorifia de nouveau dans ses Rierèatiant eritiquet, M. Sainte-Beuve a répété purement et sf observation. Ils ignoraient tous les deux que le portes était uie humble traduction de l'italien d manifeste qu'ils n'avaient lu ni l'un ni l'autre h mutes de France et tFltalief où l'emprunt se ' voici les épax opuscules :

Sign(H>, setu min é le passate.o&se, A dir il vero, ogni martire é poeo :

PHILIPPE DESPORTBS. LX»

S' al. mcrto di cbi ogn' or piangendo invoco. . .

Troppo ardent! saette hai m me distesc. •

Ei pur per noi umana came prese, Con laquai poi morendo estioM il foco De' tuoi disdegni, e ruq[>erse il loco Che* il nostro adomo niai gii ne contese.

Con questa iida ed onorata scorta, Dinanxi al seggio luo roi rappresento, Carco d'orrore e di mi stesso in ira.

Tu pace al cor, ch' egli è ben tempo, apporta, E le gravi mie colpe, ond' io pavento, Nel sangue tinte del figliuol tuo mira.

Hélas ! si tu prends garde aux erreurs que j'ai faites. Je ravoue, d Seigneur! mon martyre est bien doux; Mais, si le sang de Christ a satisfiit pour nous. Ta décoches sur moi trop d'ardentes sagettes.

Que me demandes-tu T mes œuvres imparfaites, An lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; Sois-moi donc pitoyaUe, 6 Dieu t père de tons ; Car, où pourrai-je aller» si plus tu me rejettes?

D'esprit triste et confus, de misère accablé, ; • En horreur à moi-môme, angoisseux et troublé, Je me jette à tes pieds; sois-moi doux et propice I

Ne tourne point las yeux sur mes actes penrers, - Ou, ai tu les veux voir, vois les teints et couverts Du beau sang de ton Fils, ma grâce et ma justice.

Ce dernier vers, bourré d« chevilles, n'a certainement pas la force et la netteté du vers italien correspondant. La similitude des deux morceaux est d'ailleurs incontestable : Desportes a contracté envers l'auteur uUramontain une dette clandestine; Desbarreaux a soustrait à Oesporlcs, sans avertir le public, cç qi^e Desportes avait soustrait lui-même, et s'est fait une. repu-, tation à peu.de frais. La gloire a d'étranges caprices et distri- . ba« souvent bien mal ses couronnes.

En résumé, on peut dire de notre poète, comme de Ronsard, que presque tous ses défauts lui Tinrent de l'Italie, que presque

XXU PHILIPPE DE8P0RTES.

ioutes ses qualités lui appartenaient. Aussi la formi spéciale aux écrivains méridionaux lui a-t-elle été p tapeuse. Ses sonnets ne valent pas ses élégies, di stances, prières et chansons. On en citerait avec pein ou cinq ou ne minaude pas l'affectation italienne. Noi transcrit le morceau que lui dicta son bon sens c femmes intéressées qui cherchaient à le séduire pei vieillesse. Les meilleurs ne portent aucune trace d'il Une belle dame lui ayant redemandé ses lettres d'amoi écrivit sur-le-champ cette réponse, dans laquelle palpit< timent véritable :

Lettres, le seul repos de mon âme agitée. Hélas 1 il le faut donc me séparer de vous, Et qœ par la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.

Ha I je mourray plustost, et ma dextre indomtée Fléchira par mon sang le ciel iraistre et jaloux. Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux : Non, je n'en feray rien, la chance en est jetée.

Il le faut toutesfois, elle les veut ravoir,

Et de luy résister je n'ay cœur ny pouvoir :

A tout ce qu'elle veut mon âme est trop contrainte.

0 beauté sans arrest *, mais trop ferme en rigueur. Tiens, reprends tes papiers et ton amitié feinte. Et me rends mon repos, ma franchise et mon cœur.

Les observations, auxquelles donnent lieu les son? portes, demeurent vraies si on les applique à ses auf Cest quand il oublie les anciens, quand il oublir italiennes, qu'il se montre supérieur. Étant inspii (ure, et le fond ne nuisant point à la forme, ses d produisent alors tout leur effet. Une nuit, par > d'amoureux désirs, le poète cherchait vain repos. Dans sa pénible agitation, l'idée lui «i^t prière au sommeil; ne connaissant pas de more sujet fût traité, il exprima simplement ce qu'il cheM'œuvre. U faudrait citer cette pièce tout est belle depuis le commencement jusqu'à la tenu qu'offï^nt rarement les œuvres du seizi on peut la lire, page 74 de ce volimie, nonn citer quelques strophes charmantes. Admires '

« C'estpè-dire : que rien nteréle, à laqueBe tkm

PHILIPPE DESPORTËS. UXlU

Somme, doux repos de nos yeux, L'aimé des hommes et des dieux, Fils de la nuit et du silence.

Qui peux les esprits délier, Qui fait les soucis oublier Et le mal plein de Tiolcnce :

Approche, ô sommeil désiré I

Las ! c'est trop longtemps demeuré ;

La nuict est à demy passée.

Et je suis encore attendant

Que tu chasses le seing mordant,

Hoste importun de ma pensée.

lie gracieuse allure ! quelle marche légère I Comme les semblent d'eux-mêmes prendre leur place dans ces strotiarmonieuses. Presque aussitôt le poète fait une peinture se de la nuit :

Haste toy, sommeil, de venir; Mais qui te peut tant retenir?

Rien en ce Keu ne te retarde.

Le chien n'aboie icy autour, Le coq n'annonce point le jour, On n'entend point l'oye criarde*

Un petit ruisseau doux-coulant

A flots sinueux va roulant.

Qui t'invite de son murmure.

Et l'obscurité de la nuit ^

Moite, sans chaleur et sans bruit.

Propre au repos de la nature.

«mble-t-il pas voir cette nuit obscure, moite, fraîche et euse, bien propre, en effet, à calmer les sens, à plonger t et le corps dans un repos léthargique? Toute la fin Ire mise sous les yeux du lecteur pour montrer quelle lion atteignait Desportes quand il suivait la pente de son l'auteur s'adresse toujours au sommeil :

Si tu peux nous représenter Le bien qui nous doit contenter, Séparé de longue distance, 0 somme doux et gracieux!

Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence.

Le bien de la voir tous les jours Autrefois étoit le secours De mes nuicts, alors trop heureuses; Maintenant que j'en suis absent, Rends-moy, par un songe plaisant, Tant de délices amoureuses.

LXXU PHILIPPE DE8P0RTES.

toutes ses qualités lui appartenaient. Aussi la forme la pi spéciale aux écrivains méridionaux lui a-t-elle été peu ava tapeuse. Ses sonnets ne valent pas ses élégies, dialogu stances, prières et chansons. On en citerait avec peine quat ou cinq où ne minaude pas Taffectation italienne. Nous ave transcrit le morceau que lui dicta son bon sens contre femmes intéressées qui cherchaient à le séduire pendant yieiUesse. Les meilleurs ne portent aucune trace d'imitatic Une belle dame lui ayant redemandé ses lettres d'amour, il I écrivit sur-le-champ cette réponse, dans laquelle palpite un s< timent véritable :

Lettres, le seul repos de mon âme agitée. Hélas 1 il le faut donc me séparer de vous, Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma phis belle richesse ainsi me soit ostée.

Ha I je mourray plustost, et ma dextre indomtée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux, Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux : Non, je n'en feray rien, la chance en est jetée.

Il le fiiut toutesfois, elle les veut ravoir,

Et de hiy résister je n'ay cœur ny pouvoir :

A tout ce qu'elle veut mon âme est trop contrainte.

0 beauté sans arrest *, mais trop ferme en rigueur. Tiens, reprends tes papiers et ton amitié feinte. Et me rends mon repos, ma franchise et mon cœur.

Les observations, auxquelles donnent lieu les sonnets de portes» demeurent vraies si on les applique à ses autres po Cest quand il oublie les anciens, quand il oublie les fi italiennes, qa'il se montre supérieur. Étant inspiré par (ure, et le fond ne nuisant point à la forme, ses dons d'é produisent alors tout leur effet. Une nuit, par exemple, t d*amouroix désirs, le poète cherchait vainement l'on repos. Dans sa pénible agitation, l'idée lui vint d'adre prière au sommeil; ne connaissant pas de morceau où sujet fût traité, il exprima simplement ce qu'il senlai' cheM'œuvre. 11 faudrait citer cette pièce tout entier est belle depuis le commencement jusqu'à la fin, n" tenu qu'offîrent rarement les œuvres du seizième siée on peut la lire, page 74 de ce volimie, nous nous h citer quelques strophes charmantes. Admirez d*abord

« C'est-&-dire : que rien nlvréte, à laquelle ri«t ne résiir

PHILIPPE DESPORTËS. UXlU

Somme, doux repos de nos yeux, L'aimé des hommes et des dieux.

Fils de la nuit et du silence, Qui peux les esprits délier, Qui fait les soucis oublier Et le mal plein de Tiolcnce :

Approche, ù sommeil désiré I

Las ! c'est trop longtemps demeuré ;

La nuict est à demy passée,

Et je suis encore attendant

Que tu chasses le soiog mordant,

Hoste importun de ma pensée.

gracieuse allure ! quelle marche légère I Comme les iblent d'eux-mêmes prendre leur place dans ces stromonieuses. Presque aussitôt le poète fait une peinture le la nuit :

Haste toy, sommeil, de Tenir; Mais qui te peut tant retenir?

Rien en ce lieu ne te retarde.

Le chien n'aboie icy autour.

Le coq n'annonce point le jour, On n'entend point l'oye criarde.

Un petit ruisseau doux-coulant

A flots sinueux va roulant,

Qui t'invite de son murmure,

Et l'obscurité de la nuit ^

Moite, sans chaleur et sans bruit,

Propre au repos de la nature.

ible-t-il pas voir cette nuit obscure, moite, fraîche et )e, bien propre, en effet, à calmer les sens, à plonger l le corps dans un repos léthargique? Toute la fin mise sous les yeux du lecteur pour montrer quelle n atteignait Desportes quand il suivait la pente de son uteur s'adresse toujours au sommeil :

Si tu peux nous représenter Le bien qui nous doit contenter, Séparé de longue distance, 0 somme doux et gracieux!

Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence.

Le bien de la voir tous les jours Autrefois étoit le secours De mes nuicts, alors trop heureuses; Maintenant que j'en suis absent, Bends-moy, par un songe plaisant, Tant de délices a

mu PHILIPPE DESPORTES.

« Chacun de mes sentiments a souffert une atteinte; m ,nieil, que Tunivers n'aurait pu courber, fléchit devant t< vaut toi qui m'abandonne : et mon âme m'abandonne à soi

« Hais c'en est fait : toutes les paroles sont vaines, st celles que prononce ma bouche. Seulement les pensées qu< ne pouvons retenir se frayent un chemin malgré nous.

a Sois heureuse ! Ainsi déchu, violemment arraché à mes affections intimes, le cœur navré, solitaire et mau ne puis guère entrer plus avant dans les régions de la mo

Que l'on fouille la littérature italienne, et qu'on y trot morceau où vibre la même éloquence, où gémisse une d aussi vi^aie, aussi bien rendue!

Ces explications étaient tout à fait nécessaires pour car ser l'influence de la poésie ultramontaine sur nos éc pendant le seiiiéme siècle. Deux courants principaux tra' alors le monde intellectuel, l'un venu de l'Attique et g Rome, l'autre sorti de Florence et du mont Palatin à ur que plus récente. Toi]^ deux se mêlent, se croisent dans 1 raiers travaux de la Pléiade, les inondent même comme ritable débordement. C'est l'inspiration italienne qui cou ces vers de Ronsard :

De la nature un cœur je n'ai receu ; Ainçois plustost, pour se nourrir en feu, En lieu de luy j'ay une salamandre :

Car, si j'avob de chair un cœur huoiain. Long temps y a qu'il fust réduit en cendre, Teu le brasier qui se cache en mon sein.

A la seconde génération, la source gréco-latine m i notre littérature que des flots intermittents; mai lienne augmente son tribut et parait vouloir tout Desportes, qui avait vingt-deux ans de moins que l'auteur le mieux doué de cette nouvelle ! ati ces et couplets n'ofiîrent, pour ainsi dire, «w / dantisme de l'époque, mais la recherche iUu Qu'on ouvre ce volume au hasard, quelque rév ultramontain frappera aussitôt les yeux :

Comme dans un miroir on voit toutes les Grft< Au clair de vostre teint, et le vainqueur des é Est aveugle deux fois quand vous fermes les Et sans vous ses brandons seroyent changes

Voilà qui sent les bords du Tibreetdél'Amo par delà les Alpes sont évidemment les mo

PHILIPPE DESPORTES. LXIX

auteur. Souvent mâme il ne fait que les traduire. Vers la fin de sa carrière, on lui joua le mauvais tour de publier quarantetrois de ses sonnets, eji regard desquels on avait imprimé les sonnets italiens qu'il avait rois à contribution, sans avertir le lecteur*. Le poêle ne s'émut aucunement de celte révélation. II déclara même de fort bonne grftce « qu'il avoit pris aux Italiens plus qu'on ne disoit, et que, si l'auteur l'avoit consulté, il lui auroit fourni de bons mémoires. » Les emprunts de Desportes doivent être en elfet beaucoup plus nombreux. Henri Estiennc, dans la Précelieuce du langage françois, mentionne trois de ces interprétations que le critique a oubliées : deux sonnets et des stances *. Pasquier en cite d'autres, et, si on voulait chercher, suivre la piste du voluptueux rimeur, on découvrirait la trace de ses pas sur une foule de propriétés où il allait clandestinement à la maraude.

Quand' on compare ses vers aux morceaux primitif);, on re- , marque avec étonnement qu'il charge le style original de fioritures nouvelles, au lieu de le simplifier. En voici un exemple curieux; nous citerons seulement les deux premières strophes du sonnet italien et de l'imitation française :

Ghi vede gli occlii vostri, e di vaghezza Non resta vinto, al primo encontro, e privo De l'aima, puo ben dir che non è vivo, No sa ciic cosa sia grazia e bellezza.

Ciii non gli vcde ancor, puo de l'asprozza Lanicn'arsi de! Fato, e havere à scbivo La vila, o dire : A che mi val s'io vivo, Non potondo gustar tanta dolcezza?

Nous traduisons tant bien que mal ces vers alarabiqués : *

« Celui qui voit vos yeux et, au premier abord, n'est pas vaincu, privé de son âme par leur beauté, peut bien dire qu'il ne vit pas, qu'il ignore ce que c'est que la grâce et la perfec^ lion.

« Celui qui ne les a pas encore vus peut gémir do la cruauté du sort, prendre la vie en dégoût et se dire : A quoi me sert do vivre, sans pouvoir savourer une telle douceur? »

Ces expressions suffisaient déjà pour charmer les partisans de

< Les Renconirei des Muses de France et d'Ilalie, Lyon, 1604, un mince volume in-4, dédié à la reine. Le privilège est de novembre 160S. L'auteur donne en masse, au commencement de l'ouvrage, les noms des écrivains imités par Desportes, mais il ne les joint pas à chaque pièce, ce qui eiU été cependant bien préférable.

t Pages 90 et suivantes, édition d« M. Feiigères.

.acun de mes sentiments a souffert une atteinte; mon orque l'univers n'aurait pu courber, fléchit devant loi, de- (oi qui m'abandonne : et mon âme m'abandonne à son tour, iais c'en est fait : toutes les paroles sont vaines, smtout s que prononce ma bouche. Seulement les pensées que nous jouvons retenir se frayent un chemin malgré nous. Sois heureuse ! Ainsi déchu, violemment airaché à toutes s affections intimes, le cœur na>Té, solitaire et maudit, je puis guère entrer plus avant dans les régions de la mort.» Que l'on fouille la littérature italienne, et qu'on y trouve un jorceau où vibre la même éloquence, où gémisse une douleur lussi M*aie, aussi bien rendue!

Ces explications étaient tout à fait nécessaires pour caractériser l'influence de la poésie ultramontaine sur nos écrivains pendant le seiiiéme siècle. Deux courants principaux traversent alors le monde intellectuel, l'un venu de l'Attique et grossi à Rome, l'autre sorti de Florence et du mont Palatin i une époque plus récente. Toi]^ deux se mêlent, se croisent dans les premiers travaux de la Pléiade, les inondent même comme un véritable débordement. C'est l'inspiration italienne qui contourne ces vers de Ronsard :

De la nature un cœur je n'ai receu :

Ainçois plustost, pour se nourrir en feu. En lieu de hiy j'ay une salamandre :

Car, si j'avois de chair un cœur huoiain. Long temps y a qu'il fust réduit en cendre, Teu le brasier qui se cache en mon sein.

A la seconde génération, la source gréco-latine ne verse j i notre littérature que des flots intermittents; mais Tonde iienne augmente son tribut et parait vouloir tout submej Desportes, qui avait vingt-deux ans de moins que Ronsan l'auteur le mieux doué de cette nouvelle génération. Ses ces et couplets n'ofiîrent, pour ainsi dire, aucune trace c dantisme de l'époque, mais la recherche italienne y d Qu'on ouvre ce volume au hasard, quelque réverbération ultramontain frappera aussitôt les yeux :

Comme dans un miroir on voit toutes les Grftces Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quand vous fermes les yeux. Et sans vous ses brandons seroyent changes en g^acc

Voilà qui sent les bords du Tibreetdél'Anio.Lespol par delà les Alpes sont évidemment les modèles qe

PHILIPPE DESPORTES. LXIX

auteur. Souvent môme il ne fait que les traduire. Vers la fin de sa carrière, on lui joua le mauvais tour de publier quarantetrois de ses sonnets, en regard desquels on avait imprimé les sonnets italiens qu'il avait rois à contribution, sans avertir le lecteur*. Le poêle ne s'émut aucunement de cette révélation. 11 déclara même de fort bonne grâce « qu'il avoit pris aux Italiens plus qu'on ne disoit, et que, si l'auteur l'avoit consulté, il lui auroit fourni de bons mémoires. » Les empnmts de Desportes doivent être en effet beaucoup plus nombreux. Henri Estieniie, dans la Précellence du langage françoh, mentionne trois de ces interprétations que le critique a oubliées : deux sonnets et des stances *. Pasquier en cite d'autres, et, si on voulait chercher, suivre la piste du voluptueux rimeur, on découvrirait la trace de ses pas sur une foule de propriétés où il allait clandestinement à la maraude.

Quand' on compare ses vers aux morceaux primitif);, on re- , marque avec étonncment qu'il charge le style original de fioritures nouvelles, au lieu de le simplifier. En voici un exemple curieux; nous citerons seulement les deux premières strophes du sonnet italien et de l'imitation française :

Chi vede gli occhi vosiri, e di vaghezxa Non resta vinto, al primo encontro, e privo De l'aima, puo ben dir che non è vivo, Ne sa chc cosa sia grazia e belleiza.

Chi non gli vede ancor, puo de l'asprvixa Lamcn'arsi del Fato, e havere i schivo La vita, e dire : A che mi val s'io vivo, Non potendo gustar tanta dolcez^a?

Nous traduisons tant bien que mal ces vers alambiqués : *

« Celui qui voit vos yeux et, au premier abord, n'est pas vaincu, privé de son Ame par leur beauté, peut bien dire qu'il no vit pas, qu'il ignore ce que c'est que la grâce et la perfection.

« Celui qui ne les a pas encore vus peut gémir de la cruauté du sort, prendre la vie en dégoût et se dire : A quoi me sert de vivre, sans pouvoir savourer une telle douceur? •

Ces expressions suffisaient déjà pour charmer les partisans de

* Les Renconim des Vuses de France et d'Italie, Lyon, 1604, un mince volume in-4, dédié î la reine- Le privilège est de novembre 1605. L'auteur donne en masse, au commencement de l'ouvrage, les noms des écrivains imités par Desportes, mais il ne les joint pat k ctiaque pièce, ce qui eOt été cependant bien préférable.

t PagM 90 et suivMitm, édilion de K. PeofiAres.

^\v^yi^'

>î^^:^-\i^>^œa--sr o> 'rr i-

PHILIPPE DESPORTES. LXXI

S' al mcrto di cbi ogn' orpiangendo invoccK Troppo ardenti saette hai m me distesc.

Ei pur per noi umana carne prese, Con laquai poi morendo estinse il toco De' tuoi disdegni, c riaperse il loco Che* il nostro adorno nud gii ne contese.

Con questa lida ed onorata scorta, Dinanxi al seggio tuo mi rappresento, Carco d'orrore e di mi stesso in ira.

Tu pace al cor, ch' egli è bcn tempo, apporta, E le gravi mie colpe, ond' io pavento, Nel sangue tinte del iigliuol tuo mira.

Hélas I si tu prends garde aux erreurs que j'ai faites, Je ravoue, 6 Seigneur! mon martyre est bien doux; Mais, si le sang de Christ a satisfeit pour nous, Ta décoches sur moi trop d'ardentes sagettes.

Que me demandes-lu ? mes œuvres imparfaites, Au lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; ' Sots-moi donc pitoyabte, ô Dieu I père de tous ; Car, où pourrai-je aller, si plus tu me rejettes?

D*esprit triste et confus, de misère accablé, En horreur à moi-même, angoisseux et troublé, Je me jette à tes pieds; sois-moi doux et propice I

Ne tourne point les yeux sur mes actes pervers. Ou, si tu les veux voir, vois les teints et couverts Du beau sang de ton Fils, ma gr&ce et ma justice.

dernier vers, bourré d« chevilles, n*a certainement pas la et la netteté du vers italien correspondant. La similitude (eux morceaux est d'ailleurs incontestable : Desportes a acte envers Tauteur ultramonfain une dette clandestine; rreaux a soustrait à Desporlcs, sans avertir le public, ce tesportes avait soustrait lui-même, et s'est fait une répu- I à peu.de frais. La gloire a d'étranges caprices et distriouvent bien mal ses couronnes.

résumé, on peut dire de notice poète, comme de Ronsard, )re8que tous ses défauts lui Tinrent de Tltalie, que presque

LXX PHILIPPE DBSP0RTB8.

ce qu'on nommait alors le beau style; Deqiortes» les estimant trop peu ornés, y ajouta de nouvelles ampoules.

Qui Toit vos jeux dinns, si prompts à décocher, Et ne perd aussilost le cœur, rème et faudace, n'est pas bomme vivant : c'est un morceau de gkce, Une souche insensible ou quelque vieux rocher.

Qui ne voit point vos jeux doit les siens arracher, Et maudire lie ciel, qui ce mal hri pourchasse : Je ne voudrais point d'yeux, privé de tant de grâce. Car tous autres objets ne font que me bâcher.

Ce qui prouve combien était devenue forte l'habitude d*imiter les Italiens, c'est que Desportes suivait leurs traces jusque dans des œuvres pieuses. Tombé malade, à vingt-quatre ans, d'une maladie grave qui lui arracha des cris de douleur pendant six mois, il fit trôve à ses plaintes langoureuses, à ses lamoitalions factices, il semble que, pour gémir et invoquer l'aide du ciel, il n'avait pas besoin de modèles et que ses angoisses seules auraient dû l'inspirer. Nais la mode l'emporta sur la nature; il se désola conformément à l'usage adopté par delà les monts. Sir au moins des sonnets qu'il écrivit alors sont traduits de l'italien, comme le prouvent les notes qui les accompagnent dans cette édition. L'un d'entre eux a été l'objet d'une grande curiosité. On y a retrouvé le motif, les images et même les expressions du fameux sonnet de Desbarreaux, que tout le monde savait par cœur au dix-septième siècle; on admirait surtout le trait ingénieux qui le termine :

J'adore «a périssant la raison qui t'aigrît : Mais dessus quel endrmt tombera ton toonore. Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?

IHi Radier crut avoir fait une grande découverte en trouw rorigina! de cet opuscule dans un morceau de Desportes; annonça cette bonne fortune littéraire dans le ConsennOeur. s'en glorifia de nouveau dans ses Réerèations kittariquei eritiques. H. Sainte-Beuve a répété purement et simplement observation. Ils ignoraient tous les deux que le sonnet de portes était une humble traduction de l'italien de Holsa, pr manifeste qu'ils n'avaient lu ni l'un ni l'autre les Beneontr muses de France et tTltalic, où l'emprunt se trouve co voici les <ieux opuscules :

Signor, se tu min à le passate.oSbse, A dir il vero, ogni nartire è pooo :

PHILIPPE DESPOnXBS. LXXfr

S' al mcrto di cbi ogn' or piangendo invoco: Troppo ardenti saette hai m me distesc.

Ei pur per noi umana carne prese, Con laquai poi morendo estinse il toco De' tuoi disdegni, e rii4)er8e il loco Che* il nostro adonio mal gii ne contese.

Con questa lida ed onorata scorta, Dinanxi al seggio tuo mi rappresento, Carco d'orrore e di mi stesso in ira.

Tu pace al cor, ch' egli è ben tempo, apporta, E le gravi mie colpe, ond* io pavento, Nel sangue tinte del figliuol tuo mira.

Hélas I si tu prends garde aux erreurs que j'ai faites, Je ravoue, 6 Seigneur ! mon martyre est bien doux; Mais, si le sang de Christ a satisfeit pour nous, Ta décoches sur moi trop d'ardentes sagettes.

Que me demandes-lu? mes œuvres imparfaites, Au lieu de t'adoucir, aigriront ton courroux; Sois- moi donc pitoyabte, ô Dieu I père da tons ; Car, où pourrai'je aller, si plus tu me rejettes?

D*esprit triste et confus, de misère accable. En horreur à moi-même, angoisseux et troublé, Je me jette à tes pieds; sois-moi doux et propice I

Ne tourne point les yeux sur mes actes penrers. Ou, si tu les veux voir, vois les teints et couverts Du beau sang de ton Fils, ma gr&ce et ma justice.

I dernier vers, bourré d« chevilles, n'a certainement pas la e et la netteté du vers italien correspondant. La similitude deux morceaux est d'ailleurs incontestable : Desportes a raclé envers l'auteur ultramonfain une dette clandestine; larreaux a soustrait à Desportes, sans avertir le public, ce pesportes avait soustrait lui-même, et s'est fait une répum à peu.de frais. La gloire a d'étranges caprices et distrisouvent bien mal ses couronnes.

n résumé, on peut dire de notre poète, comme de Ronsard, presque tous ses défauts lui Tinrent de f Italie, que presque

LXXII PHILIPPE DESPORTES

toutes ses qualités lui appartenaient. Aussi la forme la spéciale aux écrivains méridionaux lui a-t-elle été peu tafeuse. Ses sonnets ne valent pas ses élégies, dialo stances, prières et chansons. On en citerait avec peine q ou cinq où ne minaude pas Taffectation ilalieime. Nous transcrit le morceau que lui dicta son bon sens cont femmes intéressées qui cherchaient à le séduire penda; vieillesse. Les meilleurs ne portent aucune trace d'imit: Une belle dame lui ayant redemandé ses lettres d'amour, écrivit sur-le-champ cette réponse, dans laquelle palpite ui timent véritable :

Lettres, le seul repos de mon âme agitée. Hélas I il le faut donc me séparer de vous, Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma phis belle richesse ainsi me soit ostée.

Ha I je mourray plustost, et ma dextre indomtée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux. Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux : Non, je n'en feray rien, la chance en est jetée.

U le fàxxi toutesfois, elle les veut ravoir,

Et de hiy résister je n'ay cœur ny pouvoir :

A tout ce qu'elle veut mon âme est trop contrainte.

0 beauté sans arrest <, mais trop ferme en rigueur. Tiens, reprends tes papiers et ton amitié feinte. Et me rends mon repos, ma franchise et mon cœur.

Les observations, auxquelles donnent lieu les sonnet portes, demeurent vraies si on les applique à ses a a Cest quand il oublie les anciens, quand il oublie italiennes, qu'il se montre supérieur. Étant inspiré ture, et le fond ne nuisant point à la forme, sesdonf produisent alors tout leur effet. Une nuit, par exemp d'amoureux désirs, le poète cherchait vainement repos. Dans sa pénible agitation, l'idée lui vint d' prière au sommeil; ne connaissant pas de morcear sujet fût traité, il exprima simplement ce qu'il se cheM'œuvre. U faudrait citer cette pièce tout & est belle depuis le commencement jusqu'à la fi tenu qu'offirent rarement les oeuvres du seizième on peut la lire, page 74 de ce volimie, nous no citer quelques strophes charmantes. Âdmirex d*s

« C'eslr^Mlire : que rien n'teréte, i laquelle rkiiM

PHILIPPE DE8P0RTSS. LXXIll

Somme, doux repos de nos yeux.

L'aimé des hommes et des dieux, Fils de la nuit et du silence, Qui peux les esprits délier, Qui lait les soucis oublier Et le mal plein de violence :

Approche, ô sommeil désiré t

Las! c'est trop longtemps demeuré ;

La nuict est à demy passée.

Et je suis encore attendant

Que tu chasses le soing mordant,

Hoste importun de noa pensée.

Quelle gracieuse allure ! quelle marche légère I Comme les mots semblent d'eux-mêmes prendre leur place dans ces strophes harmonieuses. Presque aussitôt le poète fait une peinture exquise de la nuit :

Reste toy, sommeil, de venir; Mais qui te peut tant retenir?

Rien en ce lieu ne te retarde.

Le chien n'aboie icy autour, Le coq n'annonce point le jour, On n'entend point l'oye criarde.

Un petit niisseau doux-coulant

A flots sinueux va roulant.

Qui t'invite de son murmure,

Et l'obscurité de la nuit ^

Moite, sans ctialeur et sans bruit,

Propre au repos de la nature.

Ne semble-t-il pas voir cette nuit obscure, moite, fraîche et silencieuse, bien propre, en effet, à calmer les sens, à plonger l'esprit et le corps dans un repos léthargique? Toute la fin doit être mise sous les yeux du lecteur pour montrer quelle perrecUon atteignait Desportes quand il suivait la pente de son génie; l'auteur s'adresse toujours au sommeil :

si tu peux nous représenter Le bien qui nous doit contenter.

Séparé de longue distance, 0 somme doux et gracieux !

Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence.

Le bien de la voir tous les joiurs Autrefois étoit le secours De mes nuicts, alors trop heureuses; Maintenant que j'en suis absent, Rends-moy, par un songe plaisant, Tant de délices amoureuses.

LXXU PHILIPPE DESPORTES.

toutes ses qualités lui appartenaient. Aussi la forme la plus spéciale aux écrivains méridionaux lui a*t-eUe été peu avantafeuse. Ses sonnets ne valent pas ses élégies, dialogues, stances, prières et chansons. On en citerait avec peine quatre ou cinq où ne minaude pas raffectation ilalieime. Kous avons transcrit le morceau que lui dicta son bon sens contre les femmes intéressées qui cherchaient à le séduire pendant sa vieillesse. Les meilleurs ne portent aucune trace d'imitation* Une belle dame lui ayant redemandé ses lettres d'amour, il lui écrivit sur-le-champ cette réponse, dans laquelle palpite un sentiment véritable :

Lettres, le seul repos de mon âme agitée, fiélasl il le faut donc me séparer de vous, Et que pir la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.

Ha I je mourray plustost, et ma dextre indomlèe Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux. Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux : Non, je n'en feray rien, la chance en est jetée.

U le fiiul toutesfois, elle les veut ravoir,

Et de luy résister je n'ay cœur ny pouvoir :

A tout ce qu'elle veut mon âme est trop contrainte.

0 beauté sans arresl *, mais trop ferme en rigueur. Tiens, reprends tes papiers et ton amitié feinte. Et me rends mon repos, ma franchise et mon coeur.

Les observations, auxquelles donnent lieu les sonnets de Desportes, demeurent vraies si on les applique à ses autres poèmes Cest quand il oublie les anciens, quand il oublie les fadeui italiennes, qu'il se montre supérieur. Étant inspiré par la w ture, et le fond ne nuisant point à la forme, ses dons d'écriva produisent alors tout leur efiet. Une nuit, par exemple, travai d*amoureux désirs, le poète cherchait vainement l'oubli et repos. Dans sa pénible agitation, l'idée lui vint d'adresser prière au sommeil; ne connaissant pas de morceau où le ir sujet fût traité, il exprima simplement ce qu'il sentait et chef-d'œuvre. 11 faudrait citer cette pièce tout entière, ca est belle depuis le commencement jusqu'à la fin, méritf tenu qu'oflOrent rarement les œuvres du seizième siècle, f on peut la lire, page 74 de ce volimie, nous nous borr citer quelques strophes charmantes. Admirez d* abord ce

I C'est-è-dire : que rien n'arrête, i laquelle rien ne résiste.

PHILIPPE DE8P0RTSS. LXXIll

Somme, doux repos de nos jeux.

L'aimé des hommes et des dieux.

Fils de la nuit et du silence, Qui peux les esprits délier, Qui lait les soucis oublier Et le mal plein de violence :

Approche, ô sommeil désiré t

Las! c'est trop longtemps demeuré ;

La nuict est à demy passée,

Et je suis encore attendant

Que tu chasses le seing mordant,

Hoste importun de ma pensée.

Ile gracieuse allure ! quelle marche légère I Comme les semblent d'eux-mêmes prendre leur place dans ces strolarmonieuses. Presque aussitôt le poète fait une peinture te de la nuit :

Raste toy, sommeil, de venir; Mais qui te peut tant retem'r?

Rien en ce lieu ne te retarde.

Le chien n'aboie icy autour.

Le coq n'annonce point le jour, On n'entend point l'oye criarde.

Un petit niisseau doux-coulant

A flots sinueux va roulant.

Qui t'invite de son murmure,

Et l'obscurité de la nuit ^

Moite, sans chaleur et sans bruit,

Propre au repos de la nature.

emble-t-il pas voir cette nuit obscure, moite, fraîche et euse, bien propre, en effet, à calmer les sens, à plonger t et le corps dans un repos léthargique? Toute la fin re mise sous les yeux du lecteur pour montrer quelle lion atteignait Desportes quand il suivait la pente de son l'auteur s'adresse toujours au sommeil :

si tu peux nous représenter Le bien qui nous doit contenter.

Séparé de longue distance, 0 somme doux et gracieux !

Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence.

Le bien de la voir tous les jours Autrefois étoit le secours De mes nuicts, alors trop heureuses; Maintenant que j'en suis absent, Rends-moy, par un songe plaisant, Tant de délices amoureuses.

PHILIPPE DESPORTES. luV

Et fay, mon cœur, que mon anie ravie S'envole entre les dieax <.

Toulez-vous entendre des notes plus graves, mais sorties égaient du cœur, avec toute l'éloquence et toute la mélodie na- ■elle des sentiments vrais, qui communiquent leur allure kiale aux mots dont on fait usage pour les exprimer? Ces ophes majestueuses vous donneront une Uauleidéedu poète:

0 bienheureux 1 qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Panny les champs, les foretts et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux foux désirs des princes et des rois.

Il n'a souci d'une chose Incertaine, 11 ne se paist d'une espérance vaine, Une faveur ne le va décevant ; De cent fureurs il n'a l'ame embrasée, Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la lin que du venU

Il ne frémit, quand la mer courroussée Enile ses flots, contrairement poussée Des vents esmus, soufDans horribiemeiit : Et quand, la nuict, à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'éveille Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'attise.

D'un fard trompeur son aine il ne déguise,

II ne se plaisl à violer sa foy.

Les grands seigneurs sans cesse il n'importune;

liais en vivant content de sa fortune.

Il est sa cour, sa faveur et son roy.

Je vous rends grâce, ô déliez sacrées

Des monts, des eaux, des forests et des prées,

Qui m'exemptes de pensers soucieux,

Et qui rendez ma volonté contente.

Chassant bien loin la misérable attente

Et les désirs des cœurs ambitieux.

L'amour, qu'il exprimait d'habitude avec toutes les subtili- !8, rechejrches et pointes méridionales, prenait sous sa plume B la grâce ou de l'éloquence, de la force et de la vivacité, dés u'il abandonnait la fausse rhétorique des Italiens. On a trés-

* Baiter, page 4^0.

PHILIPPE DESPOKTES.

Si tous les sonores ne sont rien.

C'est tout un. Us me plaisent bien :

J'aime une telle tromperie* IIaste>t07 donc |>our mon confort :

On te dit frère de la mort, Tu seras père de ma rie.

liais, las ! je te vais appelant , Tandis la nuil en s'envolant Fait place à Taurore Termeillc.

0 Amour I tyran de mon cœur, C'est toy seul qui, par ta rigueur»

Empescbes que je ne sommeille.

Uë! queUe étrange cruauté!

Je t'aj donné ma liberté, Mon cœur, ma vie et ma lumière.

Et tu ne veux pas seulement Ne donner, pour allêgenteat.

Une pauvre mut tout aitière !

A-t-on rien fait de mieux depuis Desportes? donné au vers français une allure plus vive, pli moderne? La prestesse, la rapidité du mouvemen général ses strophes et leur comm\mique une f liére. Lisez, pour preuve, ce début que l'on c' malgré soi :

Douce Kberté désirée.

Déesse, où t'es-tu retirée.

Me laissant en captivitét Bèiasl de moy ne te détourne t Retourne, d Hberté ! retonme.

Retourne, 6 douce liberté I

Ton départ m'a trop feit connaître Le bonheur où je soulois être, Quand douce tn ra'allois guidant.

Et qne, sans languir davantage.

Je devois, si feusse été sage.

Perdre la vie en te perdant *»

On admire la même rapidité, la même dans la piéee qui commence par cette st * nous empêche de reproduire Ici :

Fay que je vive, û ma seule déet Fay que je vive, et change ma ti

En plaisir gracieux; Change ma mort en immortdlf

Voycs la chanson tout entière, page iST.

PHILIPPE DESPORTES. lUV

Et fay, mon cœur, que mon anie ravie S'euTole entre les dieux <.

Voulez-vous entendre des notes plus graves, mais sorties également du cœur, avec toute l'éloquence et toute la mélodie naturelle des sentiments vrais, qui communiquent leur allure spéciale aux mots dont on fait usage pour les exprimer? Ces strophes majestueuses vous donneront une Uaule idée du poète:

0 bienheureux t qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Parmy les champs, les Ibrests et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire. Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux foux désirs des princes et des rois.

Il n'a souci d'une chose incertaine.

Il ne se paist d'une espérance vaine, Une faveur ne le va décevant ; De cent fureurs il n'a Paroe embrasée, ' Et ne maudit sa jeunesse abusée,

Quand il ne trouve à la fin que du vent.

Il ne frémit, quand la mer courroussée Enlle ses flots, contrairement poussée Des vents esmus, soufDans horriblement : El quand, la nuict, à son aise il sommeille. Une trompette en sursaut ne l'éveille Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'attise.

D'un fard trompeur son ame il ne déguise,

11 ne se plaisl k violer sa foy.

Les grands seigneurs sans cesse il n'importune;

liais en vivant content de sa fortune.

Il est sa cour, sa foveur et son roy.

Je vous rends grâce, ô déitez sacrées

Des monts, des eaux, des forests et des prées.

Qui m'exemptes de pensers soucieux,

Et qui rendes ma volonté contente.

Chassant bien loin la misérable attente

Et les désirs des cœurs ambitieux.

L'amour, qu'il exprimait d'habitude avec toutes les subtilités, recherches et pointes méridionales, prenait sous sa plume de la grâce ou de l'éloquence, de la force et de la vivacité, dés qu'il abandonnait la fausse rhétorique des Italiens. On a trés-

< BaUer^ page 4U).

iV PHILIPPE DESSPOKTES.

Si tous les soii{;es ne sont rien, C'est tout un. Us me plaisent bien :

J'aime une telle trompeiie.

IIaste>t07 donc pour mon conTort :

On te dit frère de la mort, Tu seras père de ma TÏe.

liais, las! je te vais appetanf, Tandis la nuit en s'envolmt Fait place à l'aurore Termeillc.

0 Amour I tyran de mon cœur, C'est toy seul qui, par ta rigueur»

Empescbes que je ne sommeille.

Uél quelle étrange cruauté!

Je t*aj donné ma liberté, Mon cœur, ma vie et ma lumière, Et tu ne veux pas seulement Me donner, pour allégement.

Une pauvre nuit tout aitière !

A-t-on rien fait de mieux depuis Desportes? donné au vers français une allure plus vive, plu moderne? La prestesse, la rapidité du mouvement général ses strophes et leur comm\inique une f liére. Lisez, pour preuve, ce début que l'on c' malgré soi :

Douce Kberté désirée.

Déesse, où t'e$-lu retirée.

Me laissant en captivitét Hélas! de moy ne te détourne t Retourne, d fiberté! retonme.

Retourne, d douce liberté!

Ton départ m'a trop hk connaître Le bonheur où je soulois être. Quand douce tn ra'allois guidant.

Et que, sans languir davantage.

Je devois, si feusse été sage.

Perdre la vie en te perdant <•

On admire la même rapidité, la même i dans la piéee qui commence par cette str gueur nous empêche de reproduire ici :

Fay que je vive, û ma sa

Fay que je vive, et change ma Irv

En plaisir gracieux; Change ma mort en immortelle v

Voyes la chanson tout entière, page 117.

PHILIPPE DESPORTES. luV

Et fay, mon cœur, que mon ame ravie S'envole entre les dieux <•

•ulez-vous entendre des notes plus graves, mais sorties égamt du cœur, avec toute Téloquence et toute la mélodie na- Ue des sentiments vrais, qui communiquent leur allure iale aux mots dont on liait usage pour les exprimer? Ces phes majestueuses vous donneront une Uaule idée du poète:

0 bienheureux I qui peut passer sa vie Entre les siens, franc de haine et d'envie, Parmy les champs, les Ibrests et les bois, Loin du tumulte et du bnût populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux foux désirs des princes et des rois^

Il n'a souci d'une chose incertaine, 11 ne se paist d'une espérance vaine, Une faveur ne le va décevant ; De cent fureurs il n'a Tame embrasée, Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la lin que du vent.

Il ne frémit, quand la mer courroussée Enfle ses flots, contrairement poussée Des vents esmus, soufDans horriblement : Et quand, la nuict, à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'éveille Pour l'envoyer du lict au monument.

L'ambition son courage n'attise,

D'un fard trompeur son ame il ne déguise,

Il ne se plaisl k violer sa foy.

Les grands seigneurs sans cesse il n'importune;

Mais en vivant content de sa fortune.

Il est sa cour, sa faveur et son roy.

Je vous rends grace, ô déilez sacrées

Des monts, des eaux, des forests et des prées,

Qui m'exemptes de pensera soucieux.

Et qui rendes ma volonté contente.

Chassant bien loin la misérable attente

Et les désirs des cœurs ambitieux.

.'amour, qu'il exprimait d'habitude avec toiites les subtili- , recherches et pointes méridionales, prenait sous sa plume la grâce ou de l'éloquence, de la force et de la vivacité, dés il abandonnait la fausse rhétorique des Italiens. On a trés-

Baiser, page 4^0.

LXUV PHILIPPE DESPORTES.

Si tous les son^ ne sont rien.

C'est tout un. ils me plaisent bien :

J'aime une telle tromperie, naste-toy donc pour mon confort :

On te dit frère de la mort, Tu seras père de ma TÎe.

Mais, las ! je te Tais appelant, Tandis la nuil en s'envoknt Fait place à Faurore vermeille.

0 Amour I tyran de mon cœur, C'est toy seul qui, par ta rigueur»

Empescbes que je ne sommeifle.

Hél queHe étrange cnuutét Je t'ay donné ma liberté, Mon cœur, ma vie et ma lumière, Et tu ne veux pas seulement Me donner, pour allégement.

Une pauvre nuit tout entière !

A-t-on rien fait de roieui depuis Déçportes? A-t-on jamais donné au vers français une allure plus vive, plus facile, plus moderne? La prestesse, la rapidité du mouvement distingue en général ses strophes et leur comm\uiique une grâce particulière. Lisez, pour preuve, ce début que l'on chante presque malgré soi :

Douce liberté désirée.

Déesse, où t'es-lu retirée.

Me laissant en captivitét Héias! de moy ne te détourne!

Retourne, 6 liberté ! retourne, Betoume, ô douce liberté I

Ton départ m'a trop&it ooonaiire Le bonbeur où je soulms être, Quttd douce ta m'allois guidant.

Et qne, sans buoguir davantage.

Je devois, si peusse été sage.

Perdre la vie en te perdant *.

On admire la même rapidité, la même souplesse de marche dans la pièce qui commence par cette strophe, et que sa longueur nous empêche de reproduire ici :

Fay que je vive, û ma seule déesse I Fay que je vive, et change ma tristesse

En plaisir gracieux; " ' *

Change ma mort en immortelle vie.

Voyez la chanson tout entière, page 1S7.

' "J.* '"On cœur « "•*««.

route ""^'•^^S^^T'^ '*"'

1 IMgeT" "

PHILIPPE DESPORTBS. LXXVU

La France, en deux parts divisée, De guerres naguère embrasée Sont or' le doux fruit d'une paix ; Mais, las ! nul fruit je n'en rapporte. Car la guerre est toujours plus forte Entre mes pensers que jamais.

J'ai choisi et rapproché dans ce morceau les strophes les pliis belles. Ce travail serait inutile pour la délicieuse chanson des Amours de Diane, qui commence par ce vers :

Quand je songe aux plaisirs qu'on reçoit en aimant, etc.

Elle est parfaite d'un bout à l'autre et l'on n'y trouve pas une expression, pas un mot que l'on voudrait changer. On en peut dire autant des gracieux couplets qui ornent les Amours d^Hijhpolyte et dont voici le début :

Pour faire qu'une affection Ne soit sujette à l'inconstance, Il faut beaucoup de connoissance Et beaucoup de discrétion <.

L'amour a même inspiré à Desportes des accents héroïques tout nouveaux dans notre littérature. Ainsi, une pièce emblématique, où il accuse au tribunal de la raison l'invincible dieu, contient cette éloquente réponse; son adversaire l'incrimine à son tour :

Ingrat est-il vraiment et sans reconnoissance. De me rendre à présent si pauvre récompense. Pour cent mille bienfaits qu'il a reçus de moi. J'ai purgé son esprit par ma divine llamme, L'enlevant jusqu'au ciel et remplissant son arae D'amour, de beaux désirs, de constance et de foi.

Je l'ai fait ennemi du tumulte des villes.

Je l'ai purilié de passions serviles,

Compagnon de ces dieux qui sont parmi les bois;

J'ai chassé loin de lui l'ardente convoitise,

L'orgueil, l'ambition, l'envie et la feintise,

Cruels bourreaux de ceux qui font la cour aux rois.

ïin fait par ses écrits admirer sa jeunesse. J'ai réveillé ses sens engourdis de paresse. Hautain et généreux je l'ai fait devenir ; Je l'ai séparé loin des sentiers du vulgaire Et lui ai enseigné ce qu'il lui fallait faire Pour au mont de vertu sûrement parvenir.

' Voyez la suite, page 173. Les deux chansons qui précèdent, «ans aucun intervalle, méritent presque autant d'éloges.

«-»<^i^ir^ '-«^S^ ï.estVor9q«e^liettCJ*fe• Sûrs prôs»B

PHILIPPE DESPORTBS. LXXVU

La France, en deux parts divisée, De guerres naguère embrasée Sont or' le doux fruit d'une paix ; Mais, las ! nul fruit je n'en rapporte, Car la guerre est toujours plus forte Entre mes pensers que jamais.

J'ai choisi et rapproché dans ce morceau les strophes les plus belles. Ce travail serait inutile pour la délicieuse chanson des Amours de Diane, qui commence par ce vers :

Quand je songe aux plaisirs qu'on reçoit en aimant, etc.

Elle est parfaite d'un bout à l'autre et l'on n'y trouve pas une expression, pas un mot que l'on voudrait changer. On en peut dire autant des gracieux couplets qui ornent les Amours (PHlppolyte et dont voici le début :

Pour faire qu'une affection Me soit sujette à l'inconstance, Il faut beaucoup de connoissance Et beaucoup de discrétion <.

L'amour a même inspiré à Desportes des accents héroïques tout nouveaux dans notre littérature. Ainsi, une pièce emblématique, où il accuse au tribunal de la raison l'invincible dieu, contient cette éloquente réponse; son adversaire l'incrimine à son tour :

Ingrat est-il vraiment et sans reconnoissance. De me rendre à présent si pauvre récompense, Pour cent mille bienfaits qu'il a reçus de moi. J'ai purgé son esprit par ma divine Uamme, L'enlevant jusqu'au ciel et remplissant son arae D'amour, de beaux désirs, de constance et de foi.

Je l'ai fait ennemi du tumulte des villes.

Je l'ai puritié de passions serviles,

Compagnon de ces dieux qui sont parmi les bois;

J'ai chassé loin de lui l'ardente convoitise,

L'orgueil, l'ambition, l'envie et la feintise,

Cruels bourreaux de ceux qui font la cour aux rois.

J'ai fait par ses écrits admirer sa jeunesse, J'ai réveillé ses sens engourdis de paresse. Hautain et généreux je l'ai fait devenir ; Je l'ai séparé loin des sentiers du vulgaire Et lui ai enseigné ce qu'il lui fallait faire Pour au mont de vertu sûrement parvenir.

' Voyez la suite, page 173. Les deux chansons qui précèdent, sans aucun intervalle, méritent presque autant d'éloges.

LXXVUI PUILlPPE DBSPOBTES.

Je lui ai fait dresser et b vue et les ailes

Au bienheureux séjour des choses immorteUes ;

Je Tai tenu captif pour le rendre plus franc, etc.

Mais le service des dames, comme celui des rois, est plein de tribulations, de désenchantements et de secrètes douleurs. Nous avons entendu le poète gémir de la contrainte, de l'anxiété, des humiliations qui tourmentent l'hôte assidu des cours: les plaintes que lui arrachent ses infortunes amoureuses sont beaucoup plus violentes. Dans mes études sur les Quinze Joies de mariage et sur YÈvangile des Quenouilles, f ai mis en lumière ce feit bizarre, qu'il y eut en France, au quinzième siècle, une réaction irapi* toyable contre les femmes, qui «'exprima, non^eulement par des ouvrages en prose et en vers, par des pamphlets et des traités railleurs, mais par une pers^ution matérielle, par des procès et des bûchers, dont le plus fameux dévora Jeanne d'Are. Les Stances du mariage semblent une dernière expédition de cette farouche croisade : le dépit, la haine, le ressentiment, animent Desportes d'une véritable éloquence. Les mots, les expressions ne lui coûtent pas : il rime vingt-cinq strophes d'une haleine, sa fiureùr coule à pleins bords; et ses gracieuses ennemies jouaient de malheur, car le poète n'a jamais écrit d'un plus beau style, n'a jamais montré une verve plus ardente, ne s'est jamais mieux soutenu. Dès la première strophe, ses ters roulent comme un flot qui doit tout emporter :

De toutes les foreurs dont nous sommes pressés. De tout ce que les deux ardemment courroucés Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage, D'angoisses, de langueurs, de meurtre ensanglanlé, I)e soucis, de travaux, de faim, de pauvreté, Rien n'approche en rigueur la loi de mariage.

Dure et sauvage loi, nos plaisirs meurtrissant. Qui, fertile, a produit un hydre renaissant De mépris, de chagrin, de rméhne et d'envie. Du repos des homams l'inhumaine po'son.

Des corps et des esprits la cruelle prison, La source des malheurs, le fiel de noire vie.

On dit que Jupiter ayant, pour son péché. Sur le dos d'un rocher Prométhée attaché. Qui servoit de pâture i l'aigle insatiable. Ne se contenta pas de tant de cruauté, Mais voulut, pour montrer qu'il étoit dépilé. Rendre le genre humain de tout point misérable.

Il envoya h liemme aox mortels ici-bas. Ayant dedans ses yeux raille amoureux appas.

PHILIPPE DESPOKtES. iXXlX

Et portaul en la main une boUe Téconde Des semences du mal, les procès, le discord, Le souci, la douleur^ la vieillesse et la mort ; Brer, elle avait en dol tout le malheur du monde.

•Dans le reste du morceau, le poète fulmine avec la môinc viol«nce, avec la même richesse d'images et le môme bonheur de style; un coup de tonnerre vraiment effroyable termine cette orageuse imprécation :

0 supplice infernal, en la terre transmis

Pour gêner les humains, gène mes ennemis*;

Qu'ils soient chargés de fers, de tourments et de flamme (

Mais fuis dé ma maison, niapproche point de moi ;

Je hais pkis que la mort ta rigoureuse loi,

Aimant mieux épouser un tombeau qu'une femme.

Un si cruel anatliéme exigeait une réponse, et l'auteur ne put se dissimuler qu'il devait plaider la cause de la partie adverse, ïfâis comme on défend mal ses antagonistes! comme la généro- , silé vous inspire moins bien que la colère 1 La justice fit écrire au poète, devinez quoi? une chanson! Il avait foudroyé le beau sexe dans une diatribe longue et furieuse : il le disculpa, ou pour mieux parler, il attaqua, fronda les hommes dans de gais couplets, avec un sourire jovial. Les plaignantes, d'^iilleui's, n'expriment qu'un seul grief par la bouche du poôte : elles nous reproclient nos infidélités, comme si elles n^avaient nul autre sujet de mécontentement, ou ne tenaient qu'au monopole de notre affection. Voici les meilleurs couplets du morceau :

Les pensers des hommes ressemblent A l'air, aux vents et aux saisons, Et aux girouettes qui tremblent Au gré du vent sur les maisons.

Leur amour est ferme et constante Comme la mer grosse de flots.

Qui bruit, qui court, qui se tourmente Et jamais n'arrête en repos.

Nicole Estienne, fille de l'imprimeur Charles Estienne et femme du médecin Jean Lîébault, trouva cette réplique insuffisante, comme elle l'est en réalité. Elle prit donc les armes pour combattre Desportes; mais Clorinde n'a pas le bras de Tancréde. Elle rend à son ennemi coup pour coup, rétorque ses arguments

* Le mot gêner, qui voulait dire torturer, avait, autrefois un sens bien plus fort que de nos jours. Voyez la pièce entière, page 419 de ce vohune.

LXXVUI PUlLlPPE D&SPOBTES.

Je lui ai fait dresser et la vue et les ailes

Au bienheureux séjour des choses iaunortelles ;

Je l'ai tenu captif pour le rendre plus franc, etc.

Mais le service des dames, comme celui des rois, est plein de tribulations, de désenchantements et de secrètes douleurs. Nous ayons entendu le poète gémir de la contrainte, de l'anxiété, des humiliationsqui tourmentent l'hôte assidu des cours: les plaintes que lui arrachent ses infortunes amoureuses sont beaucoup plus violentes. Dans mes études sur les Quinze Joies de mariage et sur VÈvangile des Quenouilles, j'ai mis en lumière ce feit bizarre, qu'il y eut en France, au quinzième siècle, une réaction irapitoyable contre les femmes, qui «'exprima, non^eulement par des ouvrages en prose et en vers, par des pamphlets et des traités railleurs, mais par une persécution matérielle, par des procès et des bûchers, dont le plus fameux dévora Jeanne d*Are. Les Stances du mariage semblent une dernière expédition de cette farouche croisade : le dépit, la haine, le ressentiment, animent Desportes d'une véritable éloquence. Les mots, les expressions ne lui coûtent pas : il rime vingt-cinq strophes d'une haleine, sa fureur coule à pleins bords; et ses gracieuses ennemies jouaient de malheur, car le poète n'a jamais écrit d'un plus beau style, n'a jamais montré une verve plus ardente, ne s'est jamais mieux soutenu. Dés la première strophe, ses vers roulait comme un flot qui doit tout emporter :

De toutes les fureurs dont nous sommes pressés. De tout ce- que les cieux ardemment courroucés Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage, D'angoisses, de langueurs, de meurtre ensanglanté, De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté, Rien u'approchft en rigueur la loi de mariage.

Dure et sauvage loi, nos plaisirs meurtrissant. Qui, fertile, a produit un hydre renaissant De mépris, de chagrin, de rantfhne et d'envie. Du repos des humains l'inhumaine po'son. Des corps et des esprits la cruelle prison, La source des malheurs, le fiel de noire vie.

On dit que Jupiter ayant, pour son péché. Sur le dos d'un rocher Prométhée attacha Qui servoit de pâture à l'aigle insatiable. Ne se contenta pas de tant de cruauté, Mais voulut, pour montrer qu'il étoit dépilé. Rendre le genre humain de tout point misérable.

Il envoya h liemme aox mortels ici-bas. Ayant dedans ses yeux raille amoureux appas.

PHILIPPE DESPOKtES. iXXlX

Et poiiatil en la main une boUe féconde Des semences du mal, les procès, le discord, Le souci, la douleur^ la vieillesse et la mort ; Brer, elle avait en dot tout le malheur du monde.

Dans le reste du morceau, le poète fulmine avec la même violence, avec la même richesse d'images et le môme bonheur de style; un coup de tonnerre vraiment effroyable termine cette orageuse imprécation :

0 supplice inCemal, en la terre transmis

Pour gêner les humains, gêne mes ennemis*;

Qu'ils soient chargés de fers, de tourments et de flamme (

Mais fuis de ma maison, niapproche point de moi ;

Je hais plus que la mort ta rigoureuse loi,

Aimant mieux épouser un tombeau qu'une femme.

Un si cruel anathème exigeait une réponse, et l'auteur ne put se dissimuler qu'il devait plaider la cause de la partie adverse, ïfàis comme on défend mal ses antagonistes! comme la généros'îlé vous inspire moins bien que la colère 1 La justice fit écrire au poète, devinez quoi? une chanson ! Il avait foudroyé le beau sexe dans une diatribe longue et furieuse : il le disculpa, ou pour mieux parler, il attaqua, fronda les hommes dans de gais couplets, avec un sourire jovial. Les plaignantes, d'ailleui's, n'expriment qu'un seul grief par la bouche du poète : elles nous reproclient nos infidélités, comme si elles n'avaient nul autre sujet de mécontentement, ou ne tenaient qu'au monopole de notre affection. Voici les meilleurs couplets du morceau :

Les pensers des hommes ressemblent A l'air, aux vents et aux saisons, Et aux girouettes qui tremblent Au gré du vent sur les maisons.

Leur amour est ferme et constante Comme la mer grosse de flots.

Qui bruit, qui court, qui se tourmente Et jamais n'arrête en repos.

Nicole Estienne, fille de l'imprimeur Charles Estienneet femme du médecin Jean Liébault, trouva cette réplique insuflflsante, comme elle l'est en réalité. Elle prit donc les armes pour combattre Desportes ; mais Clorinde n'a pas le bras de Tancréde. Elle rend à son ennemi coup pour coup, rétorque ses arguments

* Le mot gêner, qui voulait dire torturer, avait autrefois un sens bien plus fort que de nos jours. Voyez la pièce entière, poge 419 de ce volume.

L^PLX PHILIPPE DESPORTES.

et se sert même contre lui de ses propres expressions : il lui roanque la vigueur et la furie. Quoique les Misères de la Femme mariée aient dix strophes de plus que la satire de Desportes, on n'y trouverait pas un de ces vers qui entrent comme des flèches au cœur du sujet. Les femmes ont eu, pendant le seizième siècle» de même que plus tard, quand Boileau les persifla, le malheur d'être défendues par des champions inhabiles : Perrault, si distingué comme penseur, ne possédait pas le style incisif et mordant de son adversaire *. Madame Liébault, quoique soutenue par le ressentiment, n'avait pas assez de nerf pour terrasser Desportes. La fougueuse diatribe du poète laissa plus de souvenirs que sa molle réfutation. En 1614, un anonyme la rappelait et la commentait dans xme brochure intitulée : Brie f discours pour la réformation des Mariages. Cette facétie n'est même qu'une amplification maigre et conmiune de l'ardente invective lancée par Desportes contre les femmes.

La vigueur qui anime la dernière prouve que l'auteur pouvait faire autre chose que pincer de la guitare et chanter des vers d'amour. 11 trouvait à l'occasion des accents héroïques, où la voix de Corneille semble retentir par anticipation. Comment le vieux tragique ne s'en est-il pas inspiré? 11 n'aurait pas cherché si longtemps sa forme.

J'aimerais mieux courir à ma raorl assurée. Poursuivant, courageux, une chose honorée, Que, lâche et bas de cœur, mille biens recevoir, De ceux que le commun aisément peut avoir. Mon esprit, né du ciel, au ciel toujours aspire, Et ce que chacun craint est ce que je désire. L'honneur suit les hasards, et l'homme audacieux Par son malheur s'honore et se rend glorieux.

Horace et Nicomède parlent-ils autrement? Les Poésies chrestiennes, dont on ne s'est pas occupé jusqu'ici, renferment des passages de même nature, où l'inspiration atteint les hautes sphères du sentiment et de la pensée. Que dites-vous, par exemple, de ce fragment d'hymne au Dieu créateur :

Le ciel, qui toute chose embrasse, Fuiroit tremblant devant ta face.

S'il te connoissoit irrité ; Et des anges la troupe sainte IToseroit paroître en la crainte De ta joate sévérité.

* \oy ez son A pologU des FenmeS'

PHILIPPE DESPORTES. LXXXI

C'est toi, qui, d'une main puissante, Dardes la foudre punissante, Et qui, d'iui clin d'œil seulement, Fais tourner cette masse ronde; La flamme, l'air, la terre et l'onde Sont serfs de ton commandement.

C'est toi, qui n'a point de naissance.

Triple personne en une essence.

Tout saint, tout bon, tout droilurisr; Ton doigt ce grand univers range, Et, bien que toute chose change.

Tu demeures sans varier.

Ta parole est chose assurée, Et quand n'aura plus de durée Du ciel l'assidu mouvement.

Elle eucor demeurera ferme, Comme n'ayant ni fin ni terme.

Non plus que de commencement.

Pour un homme qui avait si longtemps invoqué les dieux païens, il me semble que voilà des tons d'orgue assez majes> tueux. 11 faudra plus d'un demi-siécle pour que l'on entende, dans PolyeuctCf des notes équivalentes. Le repentir et l'inquiétude ont aussi arraché à Desportes maint accent douloureux, où gémit une véritable éloquence. On ne pourra méconnaître une émotion réelle dans ce beau passage :

Je ressemble en mes maux au passant misérable. Que des brigands pervers la troupe impitoyable Au val de Jéricho pour mort avoit laissé : Il ne pouvoit s'aider, sa lin éloit certaine. Si le Samaritain, d'une ame tout humaine. N'eût étanché sa plaie et ne l'eût redressé.

Ainsi sans toi. Seigneur, vainement je m'essaie; Donne- m'en donc la force et resserre ma plaie. Purge et guéris mon cœur, que ton ire a louché. Et que ta sainte voix, qui força la nature, Arrachant le Lazare hors de la sépulture. Arrache mon esprit du tombeau de péché.

Fais rentrer dans le parc ta brebis égarée, Donne de l'eau vivante k ma langue altérée. Chasse l'ombre de mort qui vole autour de moi ; Tu me vois nu de tout, sinon de vitupère; Je suis l'enfant prodigue, embrasse-moi, mon père ! Je le confesse, helas I j'ai péché devant toi.

Pourquoi se fût offert soi-même en sacrifice Ton enfant bien-aimé. Christ, ma seule justice; Pourquoi par tant d'endroits son sang eût-il versé. Sinon pour nous, pécheurs, et pour te sali$£ure?

et se sert même contre lui de ses propres expressions : il lui manque la vigueur et la furie. Quoique les Misères de la Femme mariée aient dix strophes de plus que la satire de Desportes, on n'y trouverait pas un de ces vers qui entrent comme des flèches au cœur du sujet. Les femmes ont eu, pendant le seizième siècle» de même que plus tard, quand Boileau les persifla, le malheur d'être défendues par des champions inhabiles : Perrault, si distingué conune penseur, ne possédait pas le style incisif et mordant de son adversaire *. Madame Liébault, quoique soutenue par le ressentiment, n'avait pas assez de nerf pour terrasser Desportes. La fougueuse diatribe du poète laissa plus de souvenirs que sa molle réfutation. En 1614, un anonyme la rappelait et la commentait dans une brochure intitulée : Brief discours pour la réformation des Mariages. Cette facétie n'est même qu'une amplification maigre et conmiune de l'ardente invective lancée par Desportes contre les femmes.

La vigueur qui anime la dernière prouve que l'auteur pouvait faire autre chose que pincer de la guitare et chanter des vers d'amour. 11 trouvait $ l'occasion des accents héroïques, où la voix de Corneille semble retentir par anticipation. Comment le vieux tragique ne s'en est-il pas inspiré? II n'aurait pas cherché si longtemps sa forme.

J'aimerais mieux courir à ma morl assurée. Poursuivant, courageux, une chose honorée, Que, lâche et bas de cœur, mille biens recevoir, De ceux que le commun aisément peut avoir. Mon esprit, né du ciel, au ciel toujours aspire. Et ce que chacun craint est ce que je désire. L'honneur suit les hasards, et l'homme audacieux Par son malheur s'honore et se rend glorieux.

Horace et Nicomède parlent-ils autrement? Les Poésies chrestiennes, dont on ne s'est pas occupé jusqu'ici, renferment des passages de même nature, où l'inspiration atteint les hautes sphères du sentiment et de la pensée. Que dites-vous, par exemple, de ce fragment d'hymne au Dieu créateur :

Le ciel, qui toute chose embrasse, Fuiroit tremblant devant ta face.

S'il te connoissoit irrité ; Et des anges la troupe sainte IToseroit paroitre en la crainte De ta joate sévérité.

Voyez son ApotogUdes Femmes-

PHILIPPE DESPORTES. LXXXI

C'est toi, qui, d'une main puissante, Dardes la foudre punissante, Et qui, d'un clin d'œil seulement, Fais tourner cette naasse ronde; La flamme, l'air, la terre et Tonde Sont serfs de ton commandement.

C'est toi, qui n'a point de naissance. Triple personne en une essence, Tout saint, tout bon, tout droilurisr; Ton doigt ce grand univers range.

Et, bien que toute chose change.

Tu demeures sans varier.

Ta parole est chose assurée, Et quand n'aura plus de durée Du ciel l'assidu mouvement, Elle eucor demeurera ferme, Comme n'ayant ni fin ni terme.

Non plus que de commencement.

Pour un homme qui avait si longtemps invoqué les dieux païens, il me semble que voilà des tons d'orgue assez majestueux. 11 faudra plus d'un demi-siécle pour que l'on entende, dans Polyeuctet des notes équivalentes. Le repentir et l'inquiétude ont aussi arraché à Desportes maint accent douloureux, où gémit une véritable éloquence. On ne pourra méconnaître une émotion réelle dans ce beau passage :

Je ressemble en mes maux au passant misérable, Que des brigands pervers la troupe impitoyable Au val de Jéricho pour mort avoit laissé : Il ne pouvoit s'aider, sa iln éloit certaine. Si le Samaritain, d'une ame tout humaine. N'eût étanché sa plaie et ne l'eût redressé.

Ainsi sans toi, Seigneur, vainement je m'essaie; Donne-m'en donc la force et resserre ma plaie. Purge et guéris mon cœur, que ton ire a louché, Et que ta sainte voix, qui forya la nature, Arrachant le Lazare hors de la sépulture. Arrache mon esprit du tombeau de péché.

Fais rentrer dans le parc ta brebis égarée, Donne de l'eau vivante k ma langue altérée, Chasse l'ombre de mort qui vole autour de moi ; Tu me vois nu de tout, sinon de vitupère; Je suis l'enfant prodigue, embrasse-moi, mon père I Je le confesse, helas I j'ai péché devant toi.

Pourquoi se fût offert soi-même en sacrifice Ton enfant bien-aimé. Christ, ma seule justice; Pourquoi par tant d'endroits son sang eût-il versé, Sinon pour nous, pécheurs, et pour te satisfaire?

LXXXII PHILIPPE OESPOBTES.

L«s justes, ô Seigneur, n'en eussent eu que faùc . .

Et pour eux son saint corps n'a pas été percé.

Par le fruit de sa mort j'attends vie étemdle; . LaVée en son pur sang mon ame sera belle. Arrière, ù désespoirs qui n^avez transporté ! Que toute défiance hors de moi se retire, L'œil bénin du Seigneur pour moi c<Hnmâice k hiire. Mes soupirs à la lin ont ému sa bonté.

0 Dieu toujours vivant ! j'ai ferme confiance Qu'en l'extrême des jours, par ta toute-puissance, Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant. Prendra nouvelle vie, et, par ta pure grâce. J'aurai l'heur de te voir de mes yeux, face à face, Avec les bienheureux t<m saint nom bénissant.

liii Malherbe, ni Jean-Baptiste Rousseau, ni le Franc de Pom^ l pignan, n'ont tiré de leur cœur des plaintes aussi vraies, n^ont. ,. trouvé d'aussi mélodieux accords. La maladie, la crainte des ' châtiments célestes, inspiraient l'auteur, quand il a écrit ces strophes, et il a éclipsé d'avance les fastidieux rimeurs que nous venons de citer.

Un dernier point sollicite notre attention : la manière dont le poète aux cinq abbayes décrivait la nature. La Pléiade avait pour elle plus d'aifection, la peignait plus souvent et d'une main plus habile que les auteurs du dix-septième siècle. Cela tient à différentes causes que nous avons déjà signalées *; mais il en est une qui m'avait peu frappé jadis, quoiqu'elle ne laisse pas d'avoir son importance: je veux parler de la haine de Louis XIV pour tout ce qui n'était pas factice, arrangé, conventionnel et prétentieux ; la nature, dans sa simplicité, lui faisait horreur. Saint-Simon nous donne à cet égard de curieux détails. La campagne, autour de se's châteaux, devait suivre tous ses caprices et changer subitement» comme une décoration de théâtre. Dans un marécage, dans unei[)laine sablonneuse, il voulait en quelques jours voir s'élever une forêt toufifue : on y transportait de grands arbres, dont les trois quarts mouraient, étaient aussitôt remplacés, travail qui nécessitait de prodigien- = ses dépenses. Un bois épais, sillonné d'avenues obscures, il le faisait transformer en pièce d'eau, où une flottille de gondoles promenait la cour; puis il ordonnait de combler le bassin et de rétablir la forêt. Les pierres, les pavillons, les sculptures, les peintures, les dorures, changeaient avec la même célérité. U ne pouvait souifrir aucun objet qui ne portât l'empreinta de sa

* Histoire des Idées liUéraires en Frtuue. . •

PHILIPPE DBSPORTES. hXXlUl

tyrannie, rt, pour lui plaire, la libre nature devait elle-même fléchir devant son orgueil. Le seizième siècle, bien entendu, n'avait pas subi cette pernicieuse influence. Les anciens qu'il imitait, Virgile, Homère et les tragiques grecs spécialement, ne détestaient point, comme le roi boursouflé, l'aspect primitif des champs et des bois. La Pléiade, en outre, eut le bonheur de ne point se laisser trop égarer par les fausses descriptions de VAtninta et du Pastor ftdâ. On trouve donc çà et là dans ses œuvres des images empruntées à la nature, des tableaux même ou de simples études sur lesquels flotte, comme une lumière d'or, le charme étemel de la vérité, iiusieurs de ces paysages, de ces ébauches, décorent le poétique château de plaisance construit par Desportes. On a cité avant moi les strophes admirables que je vais reproduire, ne pouvant me dispenser de les mettre sous les yeux du lecteur :

Si je ne loge en ces maisou dorée», Au front superbe, aux voûtes peinturées * D'azur, d'énuil et de mille couleurs,

Mon œil se pait des trésors de la plaine, Riche d'œillet, de lys, de maijolaine.

Et du beau teint des printanières fleurs.

Ainsi vivant, rien n'est qui ne m'agrée; J'oy des oiseaux la musique sacrée, Quand, au matiA, ils bénissent les cieux, Et le doux son des bruyantes fontaines. Qui vont coulant de ces roches hautaines Pour arroser nos prés délicieux.

Que de plaisir de voir deux colombeUes, Bec contre bec, en trémoussant des ailes, Mille baisers se donner tour à tour !

Puis, tout ravi de leur grAce na!ve, Dormir au frais d'une source d'eau rive, Dont le doux bruit semble parler d'amour I

Dans la pièce intitulée : Discours, pièce qu'on peut lire parmi les Bergeriei*, Desportes nous révèle ses goûts champêtres. Quand il avait quitté la ville, tous les travaux rustiques le charmaient; il en prenait sa part comme un simple mortel.

Dès la pointe du jour, que l*aube qui rehitt A fait évanouir les frayeurs de la nuit. Je choisis quelque mont dont la cime est hautaine, Bt, m'y traçant chemin, tout pensif, je ramène

« Page 4S5.

LXXXn PHILIPPE DESPORTBS.

Les justes, ô Seigneur, n'en eussent eu que faite . .

Et pour eux son saint corps n'a pas été percé.

Par le fruit de sa mort j'attends vie étemelle; . Laviàe en son pur sang mon ame sera belle. Arrière, A désespoirs qui n^avez transporté I Que toute dêtiance hors de moi se retire, L'oeil bénin du Seigneur pour moi commence à hiire. Mes soupirs à la fin ont ému sa bonté.

0 Dieu toujours Tivant I j'ai ferme confiance Qu'en rextréme des jours, par ta toute-puissance, Ce corps couvert de terre, à ta voix se dressant, Prendrânouvelle vie, et, parla pure grâce. J'aurai l'heur de te voir de mes yeux, face i face. Avec les bienheureux ton saint nom bénissant.

M llalherbe, ni Jean-Baptiste Rousseau, ni le Franc de Pom- , pignan, n'ont tiré de leur cœur des plaintes aussi vraies, n^ont. ^ trouvé d'aussi mélodieux accords. La maladie, la crainte des ' châtiments célestes, inspiraient l'auteur, (juand il a écrit ces strophes, et il a éclipsé d'avance les fastidietarinieurs que nous venons de citer.

Un dernier point sollicite notre attention : la manière dont le poète aux cinq abbayes décrivait la nature. La Pléiade avait pour elle plus d'affection, la peignait plus souvent et d'une main plus habile que les auteurs du dix-septième siècle. Cela tient à différentes causes que nous avons déjà signalées ^ mais il en est une qui m'avait peu frappé jadis, quoiqu'elle ne laisse pas d'avoir son importance: je veux parler de la haine de Louis IIV pour tout ce qui n'était pas factice, arrangé, conventionnel et prétentieux ; la nature, dans sa simplicité, lui faisait horreur. Saint-Simon nous donne à cet égard âer ctuieux détails. La campagne, autour de ses châteaux, devait sui>Te tous ses caprices et changer subitement» comme une décoration de théâtre. Dans un marécage, dans une^laine sablonneuse, il voulait en quelques jours voir s'élever une forêt touffue : on y transportait de grands arbres, dont les trois quarts mouraient, étaient aussitôt remplacés, travail qui nécessitait de prodigieuses dépenses. Un bois épais, sillonné d'avenues obscures, il le faisait transformer en pièce d'eau, où une flottille de gondoles promenait la cour; puis il ord<mnait de combler le bassin et de rétablir la forêt. Les pierres, les pavillons, les sculptures, les peintures, les dorures, changeaient avec la même célérité. 11 ne pouvait souffrir aucun objet qui ne portât Pempreinta de sa

* Histoire des Idées littéraires en Fmue,

PHILIPPE DBSPORTES. hXXlUl

lie, et, pour lui plaire, la libre nature devait elle-mémp r devant son orgueil. Le seizième siècle, bien entendu, n'aas subi cette pernicieuse influence. Les anciens qu'il imi- ^irgile, Homère et les tragiques grecs spécialement, ne dé- !nt point, comme le roi boursouflé, l'aspect primitif des » et des bois. La Pléiade, en outre, eut le bonheur de ne se laisser trop égarer par les fausses descriptions de IMet du Pastor fido. On trouve donc çà et là dans ses œuvres lages empruntées à la nature, des tableaux même ou de » études sur lesquels flotte, comme une lumière d'or, le te étemel de la vérité, ilusieurs de ces paysages, de ces lies, décorent le poétique château de plaisance construit par rtes. On a cité avant moi les strophes admirables que je eproduire, ne pouvant me dispenser de les mettre tous lés lu lecteur :

Si je ne loge en ces maisoas dorée», Au front superbe, aux voûtes peinturées D'azur, d'émail et de mille couleurs, Mon œil se pait des trésors de la plaine, Riche d'œillet, de lys, de manolaine.

Et du beau teint des printanières fleurs.

Ainsi vivant, rien n'est qui ne m'agrée; J'oy des oiseaux la musique sacrée, Quand, au roatm, ils bénissent les cieux, EL le doux son des bruyantes fontaines. Qui vont coulant de ces roches hautaines Pour arroser nos prés délicieux.

Que de plaisir de voir deux colorabelles. Bec contre bec, en trémoussant des ailes, Mille baisers se donner tour à tour t Puis, tout ravi de leur grftce na!ve.

Dormir au frais d'une source d'eau rive. Dont le doux bruit semble parler d'amour 1

la pièce intitulée : Discours, pièce qu'on peut lire parmi geries*, Desportes nous révèle ses goûts champêtres. Quand . quitté la ville, tous les travaux rustiques le charmaient; renait sa part comme un simple mortel.

Dès la pointe du jour, que l'aube qui rehiit A fait évanouir les Trayeurs de la nuit. Je choisis quelque mont dont la cime est hautaine, Bt, m'y trayant chemin, tout pensif, je ramène

LXXXnr PHILIPPE DESPORTES.

El (ournu en mon esprit mille et mille discours Des succès iticeriains de vos vaines amours.

Telles étaient ses occupations, les jours de nonchalance et de rêverie. Mais des distractions plus actives ne tardaient pas à lui faire oublier le cours des heures. C'était la chasse au chien courant ou au chien d'arrêt, à l'autour et à l'appeau; puis la pêche au filet, à la ligne, au flambeau; venaient ensuite la coupe des foins, la vendange, les fêtes de village. Mais les danses et les . cris le fatiguent :

Aussi le plus souvent tout seul je me retire Au milieu d'un taillis, où je me niets à lire ; Mais je n'ai commencé, qu'un sommeil gracieux Me clùt, sans y penser, la paupière et les yeux.

0 champs plaisants et doux I ô vie heureuse et sainte I Où, francs de tout souci, nous n'avons point de crainte D'être accablés en bas, quand, plus ambitieux Et d'honneurs et de biens, nous voisinons les cieux.

Le poète ne décrivait pas la nature d'après les anciens ou d'après des oui -dire, comme on faisait sous Louis XIV. Rien d'étonnant donc s'il trouve çà et là des images pleines de firaîcheur, s'il esquisse çà et là des tableaux pleins de vérité. Mais n'exagérons point et ne donnons pas lieu de croire que les scènes, les métaphores pastorales, abondent dans ses vers. Non, sa perpétuelle ft'équentation du monde, sa résidence à la cour, produisaient déjà en partie l'efTet que l'abus de la société, le séjour des palais royaux, devaient produire plus énergiquement par la suite : l'homme lui masquait un peu la nature, avant de la cacher tout à feit.

Desportes n'a point écrit d'ouvrage en prose, et n'oflfre au lecteur qu'un bagage de poète. Quelques prières seulement, jointes à ses Œuvres chrétiennes, nous montrent comment il s'exprimait, quand il n'astreignait point son langage aux formes rhythmiques. Son style mélodieux, abondant et imagé ne perd point alors à être mis en comparaison avec ses odes et sonnets. Comme nous n'avons point cru devoir réimprimer ces pieuses effusions de cœur, nous allons en citer plusieurs passages étendus*. Voici d'abord les fragments d'une oraison adressée au Christ, ou, pour mieux dire, à la Trinité :

1 Thibaut Desportes les publia pour la première fois en 1611, à Rouen, sous ce titre : Prières et Méditations chrestiennes, par Philippe Desportes, abbé de Thyron. Les Poésies ckrestiemies s'y trouvent jointes.

PHILIPPE DESPORTES. LXXXV

« Seigneur Dieu, qui par ta puissance infinie as créé toutes choses, par ta sapience les conduis, par ta bonté les conserves et par la miséricorde les réformes, soutenant ce qui chancelle, relevant ce qui est chû et ressuscitant ce qui est mort, je t'adore, 6 Dieu tout-puissant, père des grâces et des miséricordes, et te supplie que tu daignes tourner les yeux vers moi, misérable pécheur, j'entends ces yeux aimables et propices, par lesquels tu rassérènes tout ce qui est aux cieux et sur la terre, ces yeux pitoyables, desquels tu regardas le souverain pasteur de ton Église après qu'il t'eut renié, et soudain il se repentit, le reconnut et se reconnut. Tourne, ô Seigneur, cette veuë favorable sur ta créature, et voy de quelles ténèbres elle est suivie, de quelles angoisses elle est pressée, de quelles blessures elle est couverte et de quels ennemis elle est saccagée. Tu n'y reconnaîtras presque rien de ton œuvre, car toutes ses parties sont si changées, que, me regardant au miroir de ta loy, je me fais horreur et me suis épouvantable à moy-môme. Cette âme créée à ton image, capable de raison, compagne des anges, héritière du ciel, régénérée par le baptême et rachetée non par autre rançon que par ton propre sang et ta mort cruelle, ô vray fils de Dieu ! tu la vois maintenant toute couverte de vices, dépouillée de grAces, morte en la foy, vive au désespoir et défigurée de telle sorte, qu'on n'y voit rien de son premier être. 0 moy misérable, en quels précipices suis-je tombé! Combien de playes ai-je receues, et quels maîtres ay-je servis, tandis que je m'oublie au pèlerinage d'Egypte et en la captivité de Babylone, et durant que je secoue le gracieux joug de ta servitude, ou, pour mieux dire, de ma franchise? Car être délivré de toy. Seigneur, c'est être serf, et ta douce garde est l'unique liberté de nos âmes. J'ose donc, pauvre brebis égarée, retourner à ce pasteur bienaimé qui, m'ayant longuement cherchée parmy les épines des vices, m'a finalement tout joyeux remportée sur ses épaules, me couvrira de la blanche toison d'innocence et me fera rentrer dans le parc de son Église, pour y vivre désormais asseurée des embûches des loups. L'enfant prodigue osa revenir à son père, après avoir dissipé ses meilleures années et toute la riche sub< stance de son partage, parmy les débauches et les paillardises, et, retourné de loin, afi'amé, pauvre et nud, ne rapportant autre chose de toutes les libéralités paternelles qu'une misérable conscience, affligée de crimes, d'horreur et de honte. Tu ne l'envoyés point, ce méchant serf fugitif, en la prison ou aux fers étemels qu'il auroit mérités, mais le reçois en ta famille et l'estime plutôt digne de pitié que de peine. Quand il s'humilie

LXXXnr PHILIPPE DBSPORTES.

Et tourne en mon esprit mille et mille discours Des succès iucertains de vos vaines amours.

Telles étaient ses occupations, les jours de nonchalance et de rêverie. Mais des distractions plus actives ne tardaient pas à lui faire oublier le cours des heures. C'était la chasse au chien courant ou au chien d'arrêt, à l'autour et à l'appeau; puis la pêche au filet, à la ligne, au flambeau; venaient ensuite la coupe des foins, la vendange, les fêtes de village. Hais les danses et les . cris le fatiguent :

Aussi le plus souvent tout seul je me retire Au milieu d'un taillis, où je me niets à lire ; Mais je n'ai commencé, qu'un sommeil gracieux Me clùt, sans y penser, la paupière et les yeux.

0 champs plaisants et doux I ô vie heureuse et sainte I Où, francs de tout souci, nous n'avons point de crainte D'être accablés en bas, quand, plus ambitieux Et d'honneurs et de biens, nous voisinons les cieux.

Le poète ne décrivait pas la nature d'après les anciens on d'après des ouï -dire, comme on faisait sous Louis XIV. Rien d'étonnant donc s'il trouve çà et là des images pleines de fraîcheur, s'il esquisse çà et là des tableaux pleins de vérité. Mais n'exagérons point et ne donnons pas lieu de croire que les scènes, les métaphores pastorales, abondent dans ses vers. Non, sa perpétuelle firéquentation du monde, sa résidence à la cour, produisaient déjà en partie l'effet que l'abus de la société, le séjour des palais royaux, devaient produire plus énergiquement par la suite : l'homme lui masquait un peu la nature, avant de la cacher tout à feit.

Desportes n'a point écrit d'ouvrage en prose, et n'oflfre au lecteur qu'un bagage de poète. Quelques prières seulement, jointes à ses Œuvres chrétiennes, nous montrent comment il s'exprimait, quand il n'astreignait point son langage aux formes rhythmiques. Son style mélodieux, abondant et imagé ne perd point alors à être mis en comparaison avec ses odes et sonnets. Comme nous n'avons point cru devoir réimprimer ces pieuses effusions de cœur, nous allons en citer plusieurs passages étendus*. Voici d'abord les fragments d'une oraison adressée au Christ, ou, pour mieux dire, à la Trinité :

* Thibaut Desportes les publia pour la première fois en 1611, à Rouen, sous ce titre : Prières et Méditations chrestiennes, par Philippe Desportes, abbé de Thyron. Les Poésies ekresUeimes s'y trouvent jointes.

PHILIPPE DESPORTBS. LXXXV

« Seigneur Dieu, qui par ta puissance infinie as créé toutes choses, par ta sapience les conduis, par ta bonté les conserves et par ta miséricorde les réformes, soutenant ce qui chancelle, relevant ce qui est chû et ressuscitant ce qui est mort, je t'adore, 6 Dieu tout-puissant, père des grâces et des miséricordes, et te supplie que tu daignes tourner les yeux vers moi, misérable pécheur, j'entends ces yeux aimables et propices, par lesquels tu rassérènes tout ce qui est aux cieux et sur la terre, ces yeux pitoyables, desquels tu regardas le souverain pasteur de ton Église après qu'il t'eut renié, et soudain il se repentit, te reconnut et se reconnut. Tourne, ô Seigneur, cette veuë favorable sur ta créature, et voy de quelles ténèbres elle est suivie, de quelles angoisses elle est pressée, de quelles blessures elle est couverte et de quels ennemis elle est saccagée. Tu n'y reconnaîtras presque rien de ton œuvre, car toutes ses parties sont si changées, que, me regardant au miroir de ta loy, je me fais horreur et me suis épouvantable à moy-môme. Cette âme créée à ton image, capable de raison, compagne des anges, héritière du ciel, régénérée par le baptême et rachetée non par autre rançon que par ton propre sang et ta mort cruelle, ô vray fils de Dieu ! tu la vois maintenant toute couverte de vices, dépouillée de grûces, morte en la foy, vive au désespoir et défigurée de telle sorte, qu'on n'y voit rien de son premier être. 0 moy misérable, en quels précipices suis-je tombé! Combien de playes ai-je receuês, et quels maîtres ay-je servis, tandis que je m'oublie au pèlerinage d'Egypte et en la captivité de Babylone, et durant que je secoue le gracieux joug de ta servitude, ou, pour mieux dire, de ma franchise? Car être délivré de toy. Seigneur, c'est être serf, et ta douce garde est l'unique liberté de nos âmes. J'ose donc, pauvre brebis égarée, retourner à ce pasteur bienaimé qui, m'ayant longuement cherchée parmy les épines des vices, m'a finalement tout joyeux remportée sur ses épaules, me couvrira de la blanche toison d'innocence et me fera rentrer dans le parc de son Église, pour y vivre désormais asseurée des embûches des loups. L'enfant prodigue osa revenir à son père, après avoir dissipé ses meilleures années et toute la riche sub< stance de son partage, parmy les débauches et les paillardises, et, retourné de loin, afi'amé, pauvre et nud, ne rapportant autre chose de toutes les libéralités paternelles qu'une misérable conscience, affligée de crimes, d'horreur et de honte. Tu ne l'envoyés point, ce méchant serf fugitif, en la prison ou aux fers étemels qu'il auroit mérités, mais le reçois en ta famille et l'estime plutôt digne de pitié que de peine. Quand il s'humilie

LXXXTI PHILIPPE OESPORTBS.

à tes genoux, tu ne le rejettes point; tu ne déshérites point l'enfant désobéissant, mais, aussitôt qu'il prononce le prunier mot de sa repentance, tu luy jettes les bras au col, tu le baises, tu luy donnes une robe neuve, et, au lieu du châtiment mérité, tu prépares le banquet. »

Le lecteur a sans doute admiré, comme nous, la richesse et l'ampleur de cette élocution. Un autre fragment ne saurak lui déplaire.

Page 1