‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 64 sur 259 · LIVRE II. KM · texte numérisé non relu

LIVRE II. KM

0 mort! tu pers ton tans de me poursuivre ainsy, Me tenant misérable en fièvre continue, Qui trouble mon cerveau, comme la mer esmeu^, Battant de cent bouillons un rocher endurcy.

Je n'ai plus de couleur, mon œil est tout noircy, Ma langue, ardant sans cesse, est sèche devenue, Mon accez violent jamais ne diminue.

Et tu ne peux finir ma vie et mon soucy.

C'est qu« tes coups sont vains contre une firoide lame, Sans cœur, sans mouvement, sans esprit et sans ame, Qui rebouche les traits de ta cruelle main.

Si tu veux donc, 6 mort ! triompher de ma vie, 11 faut contre ma dame adresser ta furie: RIesse mon cœur qu'elle a, je monrray tout soudain.

STANCES

Sommeil, qui, trop cruel au tans de mes amours. M'as privé si souvent des plus douces pensées, Tenant outre mon gré mes paupières pressées, Lorsque je desiroy pouvoir veiller toujours.

Or' qu'une fièvre ardente en mon sang allumée Change en feu mes soupirs et mon cœur en fourneau, Trempe au fieuve d'ouhly bien avant ton rameau, Et distile en mes yeux cette liqueur aimée. •

De grâce, hé 1 que je dorme, et que les tronblemens Qui font de mon esprit une mer irritée. Me donnent quelque trêve ; ainsi ta Pasithée Paye cette faveur de mille embrassemions.

Heureux loirs, qui dormez la moitié de Tannée, Las! qu'un somme aussi fort ne me peut-il tenir? Mais, poiur plus grand repos et pour mon mal finir. Soient mes yeux pour jamais clos de la destinée.

J'estoy sans eonnoissance estendu dans ma couche, Sans pouls, tousjours rêvant, mortellement attaint; Mes yeux estoient cavez, de mort estoit mon teint, Et mon corps tout courbé comme une vieille souche.

La fièvre avoit cueilly les roses de ma bouche, Et palli le vermeil sUr mon visage peint.

Page 1