‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 63 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Aux durs tableaux de la mémoire, Vantez Tostre commandement ; * De moy, je sers si noblement, Que je ne chante autre victoire.

Le forçat, sauvé du danger, Monstre sa chaisne à l'estranger, Triste enseigne de son supplice ; Et moy, je monstre mon lien.

Heureuse marque de mon bien, Car mon bien vient de mon service.

Hercule, en tous lieux redouté, Ayant maint travail surmonté, Servant, effaça cette gloire; Mon service n'est pas ainsi, Car il rend mon nom esclairci Trop plus qu'une belle victoire.

0 vous, furieux de soucis, Sans repos troublez et transis.

Pour renverser une police, Ayans l'univers travaillé, Le prix qui vous sera baillé N'est rien auprès de mon service.

Ce bel œil qui donne le jour.

Alors qu'il chasse, à son retour, La nuict marchant en robe noire.

Ne voit rien, par tout l'univers, Devant, derrière, et de travers, Egal au Dieu de ma victoire.

Heureux qui sert comme je fais, Et qui consacre tous ses faits A chose si sainte et propice; Aussi, pour m'en recompenser.

Rien mieux je ne sçauroy penser Que de mourir en son service.

XLYI

Je m'estoy dans le temple un dimanche rendu, Que de la mort du Christ on faisoit souvenance. Et, touché jusqu'au cœur de vive repentance, Je soupiroy le tans que j'ai mal despendu.

0 Seigneur 1 qui des deux en terre es descendu. Pour guarir les pécheurs et laver leur offanoe. Que ton sang, ruisselant en si grande abondance, N'ait point esté pom' moi vainen^ent respandu 1

Seul Sauveur des humains, sauve ta créature !

rachevoy de prier, quand je vey d*avanture Celle dont les beaux yeux sans pitié m'ont deffait.

Ahl Dieu! (ce dy-je alors, la voyant en prière, Triste et l'œil abaissé) ceste belle meurtrière Se repent-elle point du mal qu'elle m'a foit?

XLYII

Que maudits soient mes yeux, si pronts i mon dommage, Qui, pour le seul plaisir de voir vostre beauté. Ont laschement trahi ma libre volonté.

Mis mes pensers en trouble et mon ame en servage I

Mon mortel ennemi par eux a eu passage Dans mon cœur desarmé qu'or* il tient arresté ; Et lui, qui contre Amour s'estoit si bien porté. Sent pour sa recompense un feu qui le saccage.

Car ce Dieu sans pitié, comme un cruel vainqueur, Met en feu ma despoûille et se campe en mon cœur. Dont il ne partira jusqu'à tant que je meure.

Mais, ô maudit Amour! tu n'as point de raison : Car, si tu prens mon cœur pour y faire demeure. Es-tu pas bien enfmt de brûler ta maison?

Quand nous aurons passé l'infernale rivière. Vous etmoy, pour nos maux, damnez aux plus bas lieux, Moy, pour avoir sans cesse idolastré vos yeux. Vous, pour estre à grand tort de mon cœur la meurtrière.

Si je puis touajours voir votre belle lumière, Les étemelles nuicts, les regrets furieux, N'estonneront mon ame, et l'enfer odieux N'aura point de douleur qui me puisse estre flere.

Vous pourrez bien aussi vos tourmens modérer. Avec le doux plaisir de me voir endurer. Si lors vous vous plaisez encor en mes traverses.

Mais, puisque nous avons failly diversement. Vous, par inimitié, moy, trop fort vous aimant, J'ay peur qu'on nous sépare en deux chambres diverses*.

Imité d'un ioaiMt italien qui commeiioe pv ces vers :

Poi ch« voi ed k» varcata haverem r oade DdT atra SUge, e sarem mor de spôie,

Délia vaUi infcrnali, iine • profewit.

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