‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 71 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Sur mer, à tous périls je me suis exposé,

Sans promesse d'Amour, mon guide en ce voyage.

Donc, 6 belle Diane, helas ! asseurez moy Si, pour TOUS adorer seule, ainsi que je doy. De tonte vieille erreur j*ai purgé mon courage.

Belle et cruelle main, qui m'avez enchaisné Dans la prison d'Amour, mon antique adversaii-e, Estant si délicate, lié ! comment se peut faire Qu'un coup si dangereux par vous me soit donné?

Mon cœur, nouveau captif, en est tout estonné, Mes sens tous esperdus ; et mon œil téméraire. De vous voir pour son mal ne se sçauroit distraire, Tant la beauté l'attire et le rend obstiné.

Par un nouvel effort mon ame est surmontée. Je sçavoy bien que Mars, par sa main redoutée, Fait ces actes guerriers et se rend plus connu ;

Mais que ma liberté deust estre retenue Par une main si tendre, encore toute nuê, Ce miracle est à moy seulement advenu.

Chacun jour mon esprit loin du corps se retire ;^ Je tombe en pâmoison, je pers le mouvement. Ha couleur devient palle, et tout en un moment Je n'enten, je ne voy, je ne sens ny respire.

Revenant puis après, vers le ciel je souspire, J'ouvre les yeux ternis, je m»esmeus doucement. Comme un qui a dormy, puis, sans estonnement, J'atten le pront retour d'un si lascbe martire.

Ceux qui voyent comment ce mal me met au bas. Comme il revient soudain, n'attendent qu'un trespas Qui ces petites morts d'heure à autre finisse.

Il ne m'en chaut pour moy; c'est tout mon réconfort. Hais pour vous je m'en plains, qui perdrez à ma mort Un cœur qui n'estoit nay que pour vostre service.

Beaux nœux crespes et blonds nonchalamment épars, Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie; Front de marbre vivant, table claûre et polie, Où les petits Amours vont aiguisant leurs dars;

Espais monceau de neige aveuglant les ixigars, Pour qui de tout objet mon oeil se desallie; Et toy, guerrière main de ma prise embellie» Qui peut, nuë, acquérir la victoire de Mars;

Yeux pleuvans à la fois tant d'aise et de martire, Sous-ris par qui l'Amour entretient son empire, Voix dont le son demeure au cœur si longuement;

Esprit par qui le fer de nostre âge se dore, Beautez, graces, discours, qui m'alles transformant, Las! connoissez-vous point comme je vous adore '?

DIALOGUE

Qui vous rend, 6 mes yeux ! vostre joye promierc, Vu que vous n'estiex plus qu'aux pleurs accousturaez?

— L'espérance de voir nostre aimable lumière, Et d'adorer bien-tost ses rayons tant aimex.

D'où vient que mon oreille est si pronte et soudaine, Et qu'elle est attentive à tout bruit qui se fait?

— Û lui semble d'ouyr cette voix plus qu'humaine Qui peut rendre mon cœur contant et satisftdt.

Est-ce Amour, ô mes pieds 1 qui vous preste ses ailes. Vu que les jours passes vous ne pouviez marcher?

— Cest que nous courons voir des beautez immortelles, Dont l'elirort suffiroit pour mouvoir un rocher.

Pourquoy donc, ô mon cœur I quand cet heur nous anivr , Languis-tu de foiblesse et te vas efl)royant?

— Cest l'extrême deâr qni<le force me prive, Puis je crain de mourir de joye en la voyant.

LUI

Quoy que vous en pensiez, je suis tousjours semblable: Le tans, qui change tout, n'a point changé ma foy. Les destms, mon vouloir, et ce que je vous doy, 1 ont qu'aux flots des malheurs mon ame est immuable.

Vos yeux, dont la beauté rend ma perte honorable. N'ont jamais veu de sert si fidelle que moy ; Je tien des simples corps dont constante est la loi : Toujours je vous adore, et rude, et fovorable.

L'absence et les rigueurs de cent mille acddens .N'ont sçeu rendre en quatre ans mes brasiers moins ardans,

I Sonnet dettiné à mademoiteMe deChâtaaimauf et eoipoté pour le duc d'Aqjou, depuis Henri UI. (Voyez h note de le pege M.)

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