LXII
La Foy, qui pour son temple a choisi ma poitrine. Jamais n*en partira, quoy qui puisse arriver; L*e0brt du tans vainqueur ne l'en sçauroit priver : Con^ tous ses assauts plus ferme elle s*obstine.
Que le ciel 4»urroucé contre moy se mutine, 11 ne sçauroit pourtant une écaille enlever, Les tourmens plus cruels ne font que l'esprouver : Comme l'or en la flamme, aux maux die Raffine.
Elle arreste mon cœur A doux de diamant. Et, pour tout artifice, die fait qu'en aimant Je me serve d'amour et de persévérance.
Non feu brûle tousjours et n'est point évident : Aussi l'amour en moy n*est point par accident, Il est de ma nature et ma propre substance.
Sur le tombeau sacré d'un que j'ay tant aimé S Et dont la souvenance est en vous si bien painte, J*asseure et vay jurant, plein d'amour et de crainte. Que, sans plus, de vos yeux mon cœur est enflamé;
Et que le tans léger, au change accoustumé, Jamais n'esbranlera ma foy constante et sainte ; Non ame A d'autres lois ne se verra contrainte, Vostre nom en mes vceux sera seul reclamé.
Si je doy quelque jour démentir ce langage. L'esprit qu'à haute voix j'appelle en témoignage^ Qui nous aimoit tous deux et que nous aimons tant.
Toute nuict m'espouvante et me soit adversaire. Mais fusse-je aussi senr que ma foi vous denst plaire, Conune je le suis trop de vous estre constant!
1 Claude de Laubeepine.
LIVBB II. 109
Jamais, au grand jamais, on ne verra changer La foy que je vous ay nouvellement jurée : Plustost faudront les eaux en la plame azurée, Et l'élément du feu ne sera plus léger.
Le ciel et mon vouloir à vous m'ont fait ranger, Seule vous me semblez digne d'estre adorée. Et connoy que ma veue estoit fort égarée. Quand de moindre clarté ne pouvoit s'estranger.
Celle que j'ay long-tans ûdellement aimée. Pour retirer sa flamme en cent lieux allumée, Autre cœur que le mien choisira désormais.
Hé ! qui seroit constant parmy tant d'inconstance ? Trop souvent irrité, j'ai perdu patiance. Et ne l'aimeray plus jamais, au grand jamais.
CHANSON
Que vous m' allez tourmentant De m' estimer inûdelle ! Non, vous n'estes point plus belle Que je suis ferme et constant.
Pour bien voir quelle est ma foy, Regardez-moy dans vostre ame; C'est comme j'en fiiy, madame :
Dans la mienne je vous voy.
Si vous pensez me changer, Ce miroir me le rapporte; Voyez donc de mesme sorte En vous, si je suis léger.
Pour vous, sans plus, je fus né, Mon cœur n'en peut aimer d'autre :
Las ! si je ne suis plus vostre, A qui m'avez-vous donné?
Que je hay l'inconstance et que j'estime fous Ceux qui chassent par-tout d'une queste incertaine! Quand on n'a point d'amour tel pourchas n*est que paine ; La seule affection, c'est ce qiû le rend doux.
De moy, je me plais tant à n'aimer rien que vous. Que la plus grand' douleur ne peut m'estre inhumaine, Pounrttt qut vous croyei que ma foy aoit certMAO
110 DIAHE.
Et que pour bien aimer je sois prisé de tous.
 vos yeux seulement mon esprit fait homma^, Et d*autre que de vous, j'en jure vostre image, Le ceston de Vénus ne pourroit m'enflamer :*
Je suis depuis vingt ans sous vostre obéissance, Commençant à conter du point de ma naissance. Car le ciel me fist naistre afin de vous aimer.
Quand j*admire, étonné, vostre beauté parfaite, Que l'esprit seulement ne sçauroit concevoir, Mon cceur, mauvais devin du mal qu'il doit avoir. Croit que rien de rigueur n'y peut faire retraite.
Sur la plus belle Idée au ciel vous fustes faite, Voulant nature un jour monstrer tout son pouvoir, Depuis vous luy servez de forme et de miroir, Et toute autre beauté sur la vostre est portraite.
Beaux yeux qui rendes serfs tous ceux que vous voyez, Yeux qui si doucement mon espoir foudroyez, Sans qui du taux Amour la trousse est dépourveuë :
Mon, j'atteste en jurant vostre efibrt nompareil. Et vos douces fiortez, que je prise ma veué Plus pour vous regarder <|ue pour voir le soleil.
On verra défoillir tous les astres aux cieux, r Les poissons à la mer, le sable à son rivage. Au soleil ses rayons bannisseurs de l'ombrage, La verdure et les fleurs au printans gracieux :
Plustost que la fureur des rapports envieux Efface en mon esjHit un trait de vostre image ; Elle est trop bien emprainte au roc de mon courage. Pour craindre que le sort en soit victorieux.
Bien que j'aye en aimant la fortune contraire. Que tout soit coi^uré pour de vous me distraire. Je d^neureray vostre en despit des jaloux.
En vous gist mon salut, ma fby, mon espérance. Le ciel me fit pour vous, pour vous je pris naissance. Pour vous je doy mourir; aussi je meurs pour vous.
Si j'aime autre que vous, que l'honnesie pensée - Qu'Amour loge en mon cœur s'en puiss» départir,,
Et que vostre beauté, qui m'a rendu martyr, iNe me soit jamais plus que flere et courroucée I
Si ce n'est de vostre œil que mon ame est blessée, Jamais d'allégement je n'y puisse sentir. Qu'à regret je vous serve, et, taschant de sortir, Que de plus pesans fers ma raison soit pressée !
Si j'ayme autre que vous, Amour, tyran des dieux. Les feux croisse en mon ame et les pleurs en mes yeux. Et que vostre rigueur mon service rejette !
Las ! je n'aime que vous, ny ne sçaurois aimer ; Je despite autre amour qui me sçeut enflamer : >fon cœur est une roche à toute autre sagette.
Pendant que mon esprit mille douceurs conçoit, Et qu'en vous adorant, tout ravy je soupire, Amour, par vos regars, mille flèches me tire Et captive mon cœur qui ne s'en apperçoit.
Car, voyant vos beautez, le grand heur qu'il reçoit Fait qu'il est insensible au plus cruel martire Et croit que tout le ciel n'a pouvoir de luy nuire : Tant Tcxcez du plaisir quelquefois nous déçoit !
Mais, quand je suis forcé d'éloigner vostre veué, Trop tard je m'apperçoy de ma perte advenue, Mon œil se change en source et mon ame en flambeau.
La mort mesme à l'instant m*08te toute puissance, Et j« mourrois heureux, si j'avois aaseurance Que mon cœur si fldelle eust vos yeux pour tombeau.
Chaste sœur d*Apol1on dont je suis esclairé, Le jour comme la nuict delté redoutable, Que la force d'Amour a connue indontable, Amour des autres dieux tant craint et révéré I
Yoy ce pauvre Acteon sans pitié dévoré Par ses propres pensers d'une rage incroyable, Pour avoir otfensé d'erreur trop excusable, Si le feu de ta haine estoit plus modéré.
Il fût audacieux, mais sa haute entreprise Avec tant de rigueur ne doit estre reprise, AIns mérite plustost loyer que chastiment.
Toutesfois si ton ire autrement en ordonne, Bien, il souffrira tout : s'escriant au tourment. Que trop dotice esit la mort quand IHane la donne.
lOi DIANE.
Tant d'amour, tant de foy dont vos lettres sont plaines, Tant de feu que le tans n'a rendu moins tivant, Et tous ces beaux discours qui m'alloient décevant, Ne sont que des chansons et des parolles vaines.
Je ne m'en paye plus, mes travaux et mes paines Cherchent du bien solide, au lieu d'ombre et de vant, N'abusez donc l'espoir d'un fidelle servant : Amour veut des effets et des preuves certaines.
Depuis quatre ans entiers vous m*appastez ainsi ; Je vieillis cependant, vous vieillissez aussi. Et perdons de nos ans la saison mieux aimée.
D'en taxer la fortime et les empeschemens, C'est une foible excuse : oncques deux vrais amans Ne trouvèrent pour eux de porte assez fermée.
J'ai tant souffert d'ennuis, de honte et de misère. Depuis qu'à vos beaux yeux mon esprit s'est rendu; Mon âge et mon labeur j'ai si mal despendu, Que j'en sers de risée et de fable au vulgaire.
Je veux rompre mes fers, plein de juste colère, Et perdre heureusement l'amour qui m'a perdu. L*eussé-je fait plus tost I J'ai bien tard attendu. Mais si n'est-ce pas peu de m'en pouvoir deffaire.
Loin, loin, bien loin de moy, pensers fallacieux, Espoirs faux et trompeurs, désirs ambitieux, Et des travaux passez souvenir trop durable.
J*appen à Nemesis, pour acquiter mes vœux. Ces traits qu'elle^ a rompus, ces flambeaux et ces nœux, Esteints et deUei par sa main secourable.
Le robuste ammal dont.llnde est nourricière, Qui, pour n'estre poilu, se purge et va lavant. Afin que, plus devôt, il puisse, en arrivant La nouvelle Diane, adorer sa lumière :
S'il faut monter sur mer, par force ou par prière. Estant prés du vaisseau, ne veut passer avant Si son maistre ne parle et lui jure devant De sain le reconduire en sa terre première :
Moy, piits lourd mille foâs et ptns mal wMaé,
Sui* mer, à tous périls je me suis exposé,
Sans promesse d'Amour, mon guide en ce voyage.
Donc, ô belle Diane, helas ! asseurez moy Si, pour vous adorer seule, ainsi que je doy. De toute vieille erreur j*ai purgé mon courage.
Belle et cruelle main, qui m'avez enchaisné Dans la prison d'Amour, mon antique adversaire, Estant si délicate, hé ! comment se peut faire Qu'un coup si dangereux par vous me soit donné?
Mon cœur, nouveau captif, en est tout estonné, Mes sens tous esperdus ; et mon œil téméraire, De vous voir pour son mal ne se sçauroit distraire, Tant la beauté l'attire et le rend obstiné.
Par un nouvel eflfort mon ame est surmontée. Je sçavoy bien que Mars, par sa main redoutée, Fait ces actes guerriers et se rend plus connu ;
Mais que ma liberté deust estre retenue Par une main si tendre, encore toute nuê, Ce miracle est à moy seulement advenu.
Chacun jour mon esprit loin du corps se retire f Je tombe en pâmoison, je pers le mouvement. Ha couleur devient palle, et tout en un moment Je n'enten, je ne voy, je ne sens ny respire.
Revenant puis après, vers le ciel je souspire. J'ouvre les yeux ternis, je m»esmeus doucement, Comme un qui a dormy, puis, sans estonnement, J'atten le pront retour d'un si lasche martire.
Ceux qui voyent comment ce mal me met au bas. Comme il revient soudain, n'attendent qu'un trespas Qui ces petites morts d'heure à autre finisse.
Il ne m'en chaut pour moy; c'est tout mon reconfort. Hais pour vous je m'en plains, qui perdrez à ma mort Un cœur qui n'estoit nay que pour vostre service.
Beaux nœux crespes et blonds nonchalamment épars, Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie; Front de marbre vivant, table claûre et polie, Où les petits Amours vont aiguisant leurs dars;
lOi DIANE.
Tant d*amour, tant de foy dont vos lettres sont plaines, Tant de feu que le tans n'a rendu moins tivant, Et tous ces beaux discours qui m'alloient décevant, Ne sont que des chansons et des paroUes vaines.
Je ne m'en paye plus, mes travaux et mes paines Cherchent du bien solide, au lieu d'ombre et de vant, fTabusez donc l'espoir d'un fidelle servant : Amour veut des effets et des preuves certaines.
Depuis quatre ans entiers vous m*appastez ainsi ; Je vieillis cependant, vous vieillissez aussi, Et perdons de nos ans la saison mieux aimée.
D'en taxer la fortime et les empeschemens, C'est une foible excuse : oncques deux vrais amans Ne trouvèrent pour eux de porte assez fermée.
J'ai tant souffert d'ennuis, de honte et de misère, Depuis qu'à vos beaux yeux mon e^rit s'est rendu; Non âge et mon labeur j'ai si mal despendu. Que j'en sers de risée et de fable au vulgaire.
Je veux rompre mes fers, plein de juste colère. Et perdre heureusement l'amour qui m'a perdu. L'eussé-je fait plus tost ! J'ai bien tard attendu. Mais si n'est-ce pas peu de m'en pouvoir deffaire.
Loin, loin, bien loin de moy, pensers fallacieux, Espoirs feux et trompeurs, désirs ambitieux. Et des travaux passez souvenir trop durable.
J*appen à Nemesis, pour acquiter mes vœux. Ces traits qu'elle a rompus, ces flambeaux et ces nœux, Esteints et deUeî par sa main secourable.
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Le robuste animal dont.llnde est nourricière, Qui, pour n'estre poUu, se purge et va lavant. Afin que, plus devôt, il puisse, en arrivant La nouvelle Diane, adorer sa lumière :
S'il faut monter sur mer, par force ou par prière. Estant prés du vaisseau, ne veut passer avant Si son maistre ne parle et lui jure devant De sain le reconduire en sa terre première :
Moy, pins lourd mine fois et ptns mal «dviaë,