‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 73 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

S diminuer d'une seule estincelle.

18 serez le premier et dernier de uies vœux, ure par vos yeux, et par vos blonds cheveux, r l'éternité de ma peine cruelle.

CHANSON

Amour, grand vainqueur des vainqueurs.

Et la Beauté, royne des cœurs, Jadis firent un vœu notable; Et, pour n'y manquer nullement, Chacun jura maint grand serment Qu'il le tiendroit irrévocable.

Premier, cet enfamt passager Jura de jamais ne loger, En esprit ou en fantasie, Sans exanter homme ni Dieu Qu'il n'y retint tousjours un lieu Prés de soy, pour la Jalousie.

Beauté, jurant après Amour, Promit de ne faire séjour Ny d'arrester jamais en place, Sans y loger aussi soudain L'orgueil fantastique et hautain.

L'aigreur, le mespris et l'audace.

Sermens cruels et rigoureux, Cest par vous que les amoureux Sont pressez d'angoisses mortelles.

L'un rend leur esprit transporté ; L'autre fait que la cruauté A tant de force au cœur des belles.

De ces vœux trop bien observez, Nous avons esté reservez, 0 ma belle et chère Déesse 1 Vos douces beautez et ma foy Sont du tout exempts de la loy.

Et ne sentent point sa rudesse.

Car, bien que la mesme beauté Ait en vous son siège arresté, Rien de fier ne vous deshonore :

Vos yeux et vos propos sont doux; Il est vray que ce n*est à tous, Nais à moy seul qui vous adore.

Aussi, jaçoit que vos beaux yenx Puissent rendre, jusques aux deux,

l(tt DUNE.

Du plus grand Dieu Tame eaisie, Vostre foi m'a tant asseuré, Et leur feu si bien esclairé.

Que je suis firanc de jalousie.

Puissions-nous vivre ainsi tousjours, Maistresse, heureux en nos amours, A qui nulle autre ne ressemble; Et, s*il faut sentir du malheur.

Que ce soit la seule douleur De n'estre pas tousjours ensemble.

La Foy, qui pour son temple a choisi ma poitrine. Jamais n*en partira, quoy qui puisse arriver; L*efibrt du tans vainqueur ne l'en sçauroit priver : Con^ tous ses assauts plus ferme elle s'obstine.

Que le ciel courroucé contre moy se mutine, H ne sçauroit pourtant une écaille enlever, Les tourmens plus cruels ne font que l'esprouver : Gomme l'or en la flamme, aux maux elle sTaffine.

Elle arreste mon cœur à doux de diamant. Et, pour tout artifice, die flGÛt qu'en aimant Je me serve d'amour et de persévérance.

Mon feu brûle tousjours et n'est point évident : Aussi l'amour en moy n'est point par accident, Il est de ma nature et ma propre substance.

Sur le tombeau sacré d'un que j'ay tant aimé *, Et dont la souvenance est en vous si bien painte, J'asseure et vay jurant, plein d'amour et de crainte, Que, sans plus, de vos yeux mon cœur est enflnné;

Et que le tans léger, au change accoustumé. Jamais n'esbranlera ma fby constante et sainte ; Mon ame à d'autres lois ne se verra contrainte, Vostre nom en mes vœux sera seul reclamé.

Si je doy quelque jour démentir ce langage. L'esprit qu'à haute voix j'appelle en témoignage^ Qui nous aimoit tous deux et que nous aimons tant.

Toute nuict m'espouvante et me soit adversaire. Mais fusse-je aussi senr que ma foi vous deust plaire. Comme je le suis trop de vous estre constant I

1 Claude de Laobespine.

LIVBB II. 109

Jamais, au grand jamais, on ne verra changer La foy que je vous ay nouvellement jurée : Plustost faudront les eaux en la plame azurée, Et l'élément du feu ne sera plus léger.

Le ciel et mon vouloir à vous m'ont fait ranger, Seule vous me semblez digne d'estre adorée. Et connoy que ma veue estoit fort égarée. Quand de moindre clarté ne pouvoit s'estranger.

Celle que j'ay long-tans fldellement aimée. Pour retirer sa flamme en cent lieux allumée, Autre cœur que le mien choisira désormais.

Hé ! qui seroit constant parmy tant d'inconstance ? Trop souvent irrité, j*ai perdu patiance. Et ne l'aimeray plus jamais, au grand jamais.

CHANSON

Que vous m'allez tourmentant De m'estimer infldeUe !

Non, vous n'estes point plus belle Que je suis ferme et constant.

Pour bien voir quelle est ma foy, Regardez-moy dans vostre ame; C'est comme j'en fày, madame :

Dans la mienne je vous voy.

Si vous pensez me changer, Ce miroir me le rapporte ; Voyez donc de mesme sorte En vous, si je suis léger.

Pour vous, sans plus, je fus né, Mon cœiu' n'en peut aimer d'autre :

Las ! si je ne suis plus vostre, A qui m'avez-vous donné?

Que je hay Tinconstance et que j'estime fous Ceux qui chassent par-tout d'une queste incertaine! Quand on n'a point d'amour tel pourchas n*est que paine ; La seule afifection, c'est ce qiû le rend doux.

De moy, je me plais tant à n'aimer rien que vous, Que la plus grand' douleur ne peut m'estre inhumaine, Pourrfltt qu« vous croyez que ma foy soit certaine

Et que pour bien aimer je sois prisé de tous.

A vos yeux seulement mon esprit fait hommag^e, Et d'autre que de vous, j'en jure vostre image, Le ceston de Vénus ne pourroit m'enflamer :-

Je suis depuis vingt ans sous vostre obéissance, Commençant à conter du point de ma naissance, Car le ciel me fist naistre afin de vous aimer.

Quand j'admire, étonné, vostre beauté parflûte. Que l'esprit seulement ne sçauroit concevoir, Mon cœur, mauvais devin du mal qu'il doit avoir. Croit que rien de rigueur n'y peut faire retraite.

Sur la plus belle Idée au ciel vous fustes faite, Voulant nature un jour monstrer tout son pouvoir, Depuis vous luy servez de forme et de miroir, Et toute autre beauté sur la vostre est portraite.

Beaux yenx qui rendez ser& tous ceux que vous voyez, Yeux qui si doucement mon espoir foudroyez, Sans qui du faux Amour la trousse est dépourveué :

Non, j'atteste en jurant vostre effort nompareil. Et vos douces fiertés, que je prise ma venft Plus pour vous regarder que pour voir le soleil.

On verra défiùllir tous les astres aux deux, c Les poissons à la mer, le sable i son rivage, Au soleil ses rayons bannisseurs de l'ombrage, La verdure et les fleurs au printans gracieux :

Plustost que la fureur des rapports envieux Efface en mon eH>rit un trait de vostre image ; Elle est trop bien emprainte au roc de mon courage, Pour craindre que le sort en soit victorieux.

Bien que j'aye en aimant la fortune contraire. Que tout soit coiyuré pour de vous mt distraire. Je demeureray vostre en despit des jaloux.

En vous gist mon salut, ma foy, mon espérance, . Le ciel me fit pour vous, pour vous je pris naissance, Pour vous je doy mourir; aussi je meurs pour vous.

LUI

Si j'aime autre que vous, que l'honnasle pensée ' Qu'Amour loge en mon cœur s'en puisse^ départir,, .

LIVRB II. 111

Et que vostre beauté, qui m'a noda martyr, Ne me soit Jamais plus que Hère et eourrôuoée t

Si ce n*eBt de vostre <ml que mon ame est blessée, Jamais d'allégement je n'y puisse sentir. Qu'à regret je vous serve, et, tasdiant de sortir, Que de plus pesans flars ma raison soit pressée!

Si j'ayme autre que vous. Amour, tyran dea dieux, Les feux croisse en mon ame et les pleurs en mes yeux. Et que vostre rigueur mon service rejette !

Las ! je n'aime que vous, ny ne sçauroit aimer; Je despite autre amour qui me sgeut enflamer : Mon cœur est une rocbe à toute antre sagette.

Pendant que mon esprit mille dowseurs eooçoit, Et qu'en vous adorant, tout ravy je soupire, Amour, par vos regars, mille flèches me tire Et captive mon cœur qui ne s'en apperçoit.

Car, voyant vos beautés, le grand heur quil reçoit Fait qu'il est insensible au plus cmd martire Et croit que tout le ciel n'a pouvoir de luy nuira : Tant Texces du plaisir quelquefois nous déçoit!

Mais, quand je suis forcé' d'éloigiier voitra venê, Trop tard je m'apperçoy de ma perte advenue, Mon œil se change en source et mon ame en flambeau.

La mort mesme A rinstant m*oate tonte puissanoe. Et j» monrrois henrem, st f aivois aweiirance Que mon coBur si fldelle enst voa yenx pour tombeau.

LUI

Chaste sœur d*ApdIon dont je suis esclairé, Le jour comme la nuict delté redoutable, Que la force d'Amour a comme indontable. Amour des autres dieux tant craint et révéré I

Voy ce pauvre Acteon sans pitié dévoré Par ses propres pensers d'une ragé ineroyaUe, Pour avoir olfensé d'erreur trop exeusâble. Si le ttxk de ta haine estoit jdat modéré.

Il fot andaelMix, mais sa haute eÉtrepriat Avec tant de rigueur ne doit estre reprise, Ains mérite plustost loyer que chastiment

Toutesfois si ton ire autrement en ordonne, BieiS il BOuflMratout : s'esoriant «i tMMMnt, Que trop ddMe est fai mort quand Diane ta deiM.

Lettres, le seul repos de mon ame agitée, Helas I il le faut donc me séparer de vous ; Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.

Ha 1 je mourray plustost, et ma dextre indontée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux. Que je m'aille privant d*un bien qui m'est si doux; Non, je n'en feray rien, la chance en est jettée !

Il le faut toutesfois, elle les veut r'avoir. Et de luy résister je n*ay cœur ny pouvoir, A tout ce qu'elle veut mon ame est trop contrainte.

0 beauté sans arrest! mais trop ferme en rigueur, Tien, reprend tes papiers et ton amitié sainte, Et me rens mon repos, ma franchise et mon cœur.

Aux plus rudes assaux d'une aspre maladie Encor que mon esprit soit foible et languissant. Privé du doux objet qui l'alloit nourrissant. Sa chaleur toutesfois n'est en rien attiédie.

Car vostre belle image, amoureuse et hardie, Par un portail secret au secours s* avançant, L'alimente, l'eschauffe et la va renforçant. Avant que sa vigueur puisse estre refh>idie.

Pourtant, ne doutez point, 6 ma chère douleur ! Qu'absent, troublé, malade, ou par autre malheur, Vostre beauté divine en mon ame s'efface.

Car tant plus le destin me combat par dehors. Plus mes loyaux pensers au dedans se font forts. Résolus de mourir pour vous garder la place.

Si l'amour de ma foy rend vostre ame craintive. Doutant que ce vouloir, qui jadis m'a brûlé, Par le temps à la fin soit éteint ou gelé, Que de si vaine erreur la vérité vous prive.

Jamais en mon esprit flamme ne fut si vive, Je suis tel que j'estois quand mon cœur fut volé, Le jour fu'un chaste amour, dans vos yeux recelé. Rendit heureusement ma liberté captive.

Je gouste, en vous oyant, mesme ravissement,

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