LIVRE II
Je tremble, en vous voyant, d'aise et d'estonuemenl, De vostre seul regard ma blessure s'allège.
Jamais antre que vous constant ne me i*eodra ; Je suis serf de Diane, et gui me retiendra Doit estre châstiée ainsi que sacrilège.
0 vers que j*ai chantes en l'ardeur qui m'enflame , Je de\iens à bon droit de vostre aise envieux ! Vous viendres en la main et retiendxei les yeux Qui retiennent ma vie en l'amoureuse flame. .
Gardez-vous seulement des regars de ma dame, Aixians flambeaux d'amour, bénins et gracieux, Car s'elle peut brûler les mortels et les dieux, . Elle vous brûlera comme elle a lait mom ame.
Je sçay qu'il eust fallu, pour monstier son pouvoir, Ln esprit plus divin, plus d'art, plus de sçavoir; Mais, estant plein d'amour, je fuy tout artifice.
J'écry ce que je sens, mon mal me fait chanter, El le plus beau laurier que j'en veux mériter. C'est d'alléger ma peine et la rendre propice.
STANCES
Belle et fiere déesse à qui je suis vofté, Dont le premier regard rendit Amour mon niaistre; Le ciel durant cet flge id4»is m*a âdt naistre» Afin qu'à son h<mneur vostre hooneur ftist loflé.
Gomme dans un miroir on voit toutes les grâces Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quand vous limnes les yeux. Et sans vous ses Inrandons seroient changes en ||^ces.
Plus j'ay de connoissance et plus je suis ravy De voir que c'est à vous que le ciel me destine : Car, bien que mon esprit ait céleste origine, Il se tient bien-heureux d'estre à vous aseervy.
Aussi tous les tourmens des casan plus misôrables, Et ce qui plus souvent fait les hommes changer, Oubly, nouveau plaisir, course du tans léger. N'ont pouvoir d'ébranler mes pensers immuables.
Je sçay bien que tout change et qu'ikest mal-aisé Que de rien si certain l'homme donne asseuranee. Puisque l'ordre varie et que tant d*inoonstcnee Se trouve aux éléments dont il est composé.
Mesme l'an qui ce jour eommence et nnoavelif
m DIANE.
Lettres, le seul repos de mon ame agitée, Helas I il le faut donc me séparer de vous ; Et que par la rigueur d'un injuste courroux Ma plus belle richesse ainsi me soit ostée.
Ha 1 je mourray plustost, et ma dextre indontée Fléchira par mon sang le ciel traistre et jaloux. Que je m'aille privant d*un bien qui m'est si doux ; Non, je n'en feray rien, la chance en est jettée I
11 le faut toutesfois, elle les veut r'avoir. Et de luy résister je n*ay cœur ny pouvoir, A tout ce qu'elle veut mon ame est trop contrainte.
0 beauté sans arrest ! mais trop ferme en rigueur, Tien, reprend tes papiers et ton amitié sainte, Et me rens mon repos, ma franchise et mon cœur.
Aux plus rudes assaux d'une aspre maladie Encor que mon esprit soit foible et languissant, Privé du doux objet qui l'alloit nourrissant. Sa chaleur toutesfois n'est en rien attiédie.
Car vostre belle image, amoureuse et hardie, Par un portail secret au secours s'avançant, L'alimente, l'eschauffe et la va renforçant. Avant que sa vigueur puisse estre refh>idie.
Pourtant, ne doutez point, ô ma chère douleur ! Qu'absent, troublé, malade, ou par autre malheur, Vostre beauté divine en mon ame s'efface.
Car tant plus le destin me combat par dehors. Plus mes loyaux pensers au dedans se font forts. Résolus de mourir pour vous garder la place.
Si l'amour de ma foy rend vostre ame craintive, Doutant que ce vouloir, qui jadis m'a brûlé, Par le temps à la fin soit éteint ou gelé, Que de si >'aine erreur la vérité vous prive.
Jamais en mon esprit flamme ne fut si vive, Je suis tel que j'estois quand mon cœur fût volé. Le jour fu'un chaste amour, dans vos yeux recelé. Rendit heureusement ma liberté captive.
Je gouste, en vous oyant, roesme ravissement.