LIVRE
Je tremble, en vous voyant, d'aise et d'estonnenienl, De vostre seul regard ma blessure s'allège.
Jamais autre que vous constant ne me rendra ; Je suis serf de Diane, et qui me retiendra Doit estre chàstiéc ainsi que sacrilège.
0 vers que j'ai chantez en l'ardeur qui m'enflamc, Je deviens à bon droit de vostre aise envieux ! Vous viendrez en la main et retiendrez les yeux Qui retiennent ma vie en l'amoureuse flame.
Gardez- vous seulement des regars de ma dame, Ardans llambeaux d'amour, bénins et gracieux, Car s' elle peut brûler les mortels et les dieux, Elle vous brûlera comme elle a fait mon ame.
Je sçay qu'il eust fallu, pour monstrer son pouvoir, In esprit plus divin, plus d'art, plus de sçavoir; Mais, estant plein d'amour, je fuy tout artifice.
J'écry ce que je sens, mon mal me fait chanter, El le plus beau laurier que j'en veux mériter. C'est d'alléger ma peine et la rendre propice.
STANCES
Belle et flere déesse à qui je suis voué, Dont le premier regard rendit Amour mon maistre; Le ciel durant cet âge ici-bas m'a fait naistre, Afin qu'à son honneur vostre honneur ftist loué.
Comme dans un miroir on voit toutes les gi*aces Au clair de vostre teint, et le vainqueur des dieux Est aveugle deux fois quand vous fermez les yeux. Et sans vous ses brandons seroient changez en g^ces.
Plus j'ay de connoissance et plus je suis ravy De voir que c'est à vous que le ciel me destine : Car, bien que mon esprit ait céleste origine, Il se tient bien-heureux d'estre à vous asservy.
Aussi tous les tourmens des cœurs plus misérables, Et ce qui plus souvent fait les hommes changer, Oubly, nouveau plaisir, course du tans léger. N'ont pouvoir d'ébranler mes pensers immuables.
Je sçay bien que tout change et qu'il est mal-aisé Que de rien si certain l'homme donne asseurance, Puisque Tordre varie et que tant d'inconstance Se trouve aux éléments dont il est composé.
Mesme l'an qui ce jour commence et renouvelle