‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 8 sur 259 · AUX SAI>'TS · texte numérisé non relu

AUX SAI>'TS

« Fleurs du ciel, âmes bienheureuses, qui par tant de travaux et de peines, êtes venues au repos céleste, où sont maintenant vos larmes, vos veilles et vos abstinences? Et que sont devenus tant de gênes et de supplices, de gibets, de fers et de flammes, qui vous ont travaillées sur la terre? Tout s'est évanony comnie un songe et, pour un labeur peu durable, vous êtescouronnérs d'une gloire et d'une félicité perpétuelles. 0 vous donc, laborirux athlètes de Jésus-Christ, puisque vous avez heureusement aclifvé votre combat, favorisez ceux qui sont encore sur l'arène; et du port où vous êtes surgis, jetez l'œil sur nous

PHILIPPE DESPORTBS. LXXXVII

misérables, errant par les mers de co mondo, à l'abandon des vents et des flots, entre un million de périls et d'écueils. Vous sçavez quelles fortunes s'y courent, combien de monstres y sont en quéle et le peu de voyageurs qui se garantissent du naufrage. Regardez, 6 divines étoiles, que, pour toutes ces tempêtes, nous n'avons jamais abandonné la nacelle de l'Kglise, et que c'est la seule croix de Jésus-Christ qui nous sert de timon et de gouvernail. 11 est vray que nous naviguons lAchement, et semble môme que nous fuyons le rivage. Aidez-nous donc, lumiùrcs ci'lestes, et nous inspirez une nouvelle force, à ce que, par votre secours, nous puissions aborder au port. »

Admirable privilège du talent! Un homme passe sa vie au milieu d'une cour impudique; lui-môme prend une part active ù la débauche, et sa voix langoureuse ne chante que des amours effrontés. On croirait que de son ftme, habituée aux molles délices, ne peuvent sortir d'autres accents. Mais un jour la douleur le fait rentrer en lui-même, le repentir le touche, et voilà que de nobles paroles s'échappent de sos lèvres, que le cantique du regret et de l'espéi-ance monte sans effort vers le ciel. La profane guitare, qui ne modulait que de voluptueux arpèges, trouve subitement d'autres mélodies : ses cordes frémissent d'une sainte et majestueuse émotion. Les hommes vulgaires n'ont jamais de ces retours; ils demeurent noyés dans leur bas-

Ces prières sont les seuls morceaux de prose connus qui nous restent de Desportes. Mais nul doute que nos archives renferment plusieurs lettres et mémoires de sa main : un diplomate initié à tant de mystères, à tant de projets et d'intrigues cruelles, doit avoir laissé des traces de son activité politique. Le cardinal Du Perron, au surplus, estimait beaucoup la prose de l'abbé commendataire et l'égalait aux meilleurs morceaux écrits par Ronsard en style libre*. Un do ses amis, Pellelieri lui donnait môme la préférence. Tous deux trouvaient d'ailleurs qu'il chantait mieux l'amour.

> Pcrronima, page S83. Ce même recueil nous apprend que le cardinal avail baillé tous ses livres à Desportes et qu'il les regrettait souvent, du jour, dans Tabbaye de Josaphat, Lu Perron, qui était fort alerte, soMta vingtdeux semelles avec des mules et des escarpins. Nous notons ce détail en passant, pour montrer que l'on menait joyeuse vie chez Desportes.

tXXXVIU PHILIPPE DESPORtES.

On s'est demandé pourquoi celte brillante école de Ronsard, où abondaient le talent et la verve, et que le succès échauffai tout d'abord de ses rayons propices, n'atteignit pas une pleine maturité, mais s'arrêta dans sa croissance et tomba prématurément. Notre littérature semblait pouvoir prendre dès lors la forme et la saveur des grandes époques. D'où vient que l'efiet contraire a eu lieu? D'où vient que la Pléiade s'est égarée dés le premier jour dans l'affectation, qu'elle est morte avant terme? Les causes de sa chute rapide sont bien évidentes, et on aurait pu facilement les découvrir. Cette fière et savante école a péri parce qu'elle négligeait le fond pour la forme, parce qu'elle manquait d'idées originales, qu'elle n'avait nulle indépendance d'esprit ou de conduite, parce qu'elle tournait le dos à l'avenir.

Essentiellement catholique, hostile par conséquent au libre eiamen, elle approuvait toutes les persécutions religieuses, toutes les violences réactionnaires, sans excepter la Saint-Bar> thélemy. Elle poussa même la servilité jusqu'au crime. Baïf outrageait dans ses vers l'amiral de Coligny assassiné '. Ronsa^'d a vingt fois célébré les victoires remportées sur les protestants, les rigueiu^ déployées contre eux. Jarnac et Montcontour inspiraient à la Pléiade un enthousiasme pindarique. Dans cette bande de lansquenets littéraires, manœuvrant autour des princes, eut le malheur de se glisser, de se fourvoyer un incrédule, un des hommes toigours rares, qui considèrent les choses en ellesmêmes, sans se préoccuper des opinions, des erreurs traditionnelles. La personnalité divine lui paraissait probablement douteuse ou chimérique : les poètes courtisans le prirent pour un athée. Ronsard tonna aussitôt contre lui dans une pièce qui commence par cet hexamètre :

0 ciel! à terre ! ô mer ! d Dieu, père commun ! etc.

Turnèbc et Sainte-Marthe lancèrent à leur tour l'anathéme en prose et en vers sur l'infortuné penseur : Rapin les seconda. Bref, toute l'école l'assaillit, le dénonça même à la justice et ne

i voye2 un sonnet dans ses œuvres conpUteti 1811-liT4.

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prit point de repos qu'il n'eût été frappé d'une sentence capitale. Le malheureux fut pendu, puis brûlé publiquement en place de Grève. Les rimeurs fanatiques célébrèrent sans doute comme un exploit leur action vile et cruelle. Le poète Rapin s'en fit honneur à son lit de mort*.

Fermant ainsi les yeux pour ne pas voir, l'école stationnaire se plongea dans une nuit factice. Les horiions nouveaux que découvrait l'humanité, les lueurs mystérieuses dont les éclairait Favcnir, comme par une sorte de réfraction, n'existaient pas pour elle. D'où lui seraient venues les solides pensées, les grandes inspirations? Sur quelle base aurait*elle pu construire une œuvre durable, un de ces monuments qui bravent les tempêtes et que ne renverse point le flot des âges?

Si encore une piété vive, ardente et forte l'avait exaltée! Biais elle n'était chrétienne qu'à la superficie, elle ne priait Dieu que du bout des lèvres. Le côté noble, héroïque, ou tendre et humain du catholicisme, elle ne l'apercevait pas. Elle aimait trop Mars et Vénus, Bellone et Jupiter, Diane et Apollon; elle invoquait trop l'Amour, Cypris et les Muses, pour bien comprendre l'Rvangile, pour frissonner d'une poétique émotion dans les ténèbres des églises. Catholique en apparence, elle était païenne au fond du cœur. Une double tranchée lui coupait la route do l'avenir, l'exilait du pays de la jeunesse et de l'espérance, où fleurissent les idées neuves, où croissent les productions immortelles. Si le dogme ultramontain l'enchaînait au moyen âge, son idolâtrie mythologique la liait d'une seconde chaîne, qui la rivait à une époque antérieure, qui finissait de la rendre immobile. Ces prisonniers des vieux systèmes ne pouvaient conduire les peuples, marcher en tête de la civilisation.

Leur docilité politique, l'aide qu'ils prêtaient aux rois dans leurs amours, les perpétuelles flatteries, les humbles manières et la souplesse infatigable, sans lesquelles on ne réussit point auprès des grands, ne devaient pas plus élargir leurs idées qu'ennoblir leur caractère. L'intelligence baisse à mesure que la fierté diminue. Ni la raison ni le talent ne sont faits pour obéir : l'indépendance les fortifie comme un air pur et embaumé; la servitude les dégrade, les énerve, leur communique les teintes pâles de la faiblesse et de la maladie. Les mœurs de la cour n'étaient pas plus favorables à la litté-

' Doctrine curieuse des Beaux-Esprits de Cê temps, par le P. Garasae (pages 114 et suiv.). H. Sainte-Beuve a rapporté ce fait odieu.x; mais sans en tirer lei conclusioat qu'il tuggèrt natureltoment.

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rature nouvelle. Les grandes passions élèvent, inspirent le talent, lui ouvrent les portes d'un jardin enchanté où ne pénètre pas la multitude, dont n'approchent jamais les affections tiédes et vulgaires. 11 s'en faut que le libertinage produise d'aussi heureuses conséquences ; tout au plus fait-il décrire des scènes voluptueuses, rimer des chansons piquantes. Cest ce qu'on trouve dans les écrits de la Pléiade. L'amour vrai, l'amour enthousiaste, lui demeura inconnu; aussi la vois de ses poètes prenait-elle de fausses intonations, aussi leur visage grimaçaitil, dès que la fantaisie leur venait de chanter, de feindre un attachement idéal. Or ce caprice les tourmentait souvent. De là les protestations guindées, les froides doléances, les absurdes métaphores, qui alourdissent lem*s vers et attestent combien l'auteur soufl&rait peu, combien son cœur battait mollement.

Celte liberté dont ils étaient dépourvus à tant d'égards, dont ils ne comprenaient pas la valeur, la possédaient41s au moins dans le domaine littéraire? Y faisaient-ils preuve d'indépendance et d'originalité? Esclaves dans le fond, se préservaient-ils de la servitude dans la forme? Là aussi une malheureuse tendance les précipitait au-devant des fers. Une double imitation ajoutait sa contrainte à celles qui les retenaient d^à. D'une part, ils s'étaient inféodés aux liltérateurs de la Grèce et de Rome; de l'autre, ils se déclaraient les hommes liges des Italiens. Leur soumission ne diminua pour les premiers qu'en augmentant pour les seconds. Changer de maîtres ne leur répugnait point, mais l'idée non plus que le désir ne leur venait de s'afOranchir complètement; il. leur fallait toujours une livrée.

^e plongeant pas ses racines dans le terrain solide et profond du caractère national, des grands intérêts contemporains, des questions vitales où se préparait sourdement l'avenir, l'école poétique du seizième siècle ne pouvait rien fonder de grand et de durable. Posée sur la France comme un gui sur un chêne, elle eu fut aisément séparée, elle se flétrit sans retour et devint la proie d'un complet oubli. Tous les efforts imaginables ne sont point parvenus à la réhabiliter. Elle est curieuse, elle intéresse les savants, les littérateurs, il faut la connaître; mais elle n'a aucun charme pour la nation, elle ne touche aucune fibre populaire, ne rappelle aucun souvenir important ou glorieux.

Les seuls écrivains de cette époque, dont le temps n'a pas délrnil le prestige, sont ceux qui ont joint au méi'ite de la forme le souci et l'intelligence des problèmes fondamentaux que débattait l'humauité contemporaine, ou qui se sont attachés à peindre les mœurs du siècle dans des contes, des anecdotes et

PHILIPPE DESPORTES. XCI

des satires. La puissance de la raison abritait les premiers contre le mauvais goût, l'afféterie, les recherches de style, les extravagantes similitudes et l'archaisme des poètes courtisans; la justesse et la finesse de l'observation, le charme du récit, l'intérêt que conservent foutes les images de la société, la valeur historique de ces tableaux, ont éloigné des seconds les ténèbres menaçantes qui font trembler tous les auteurs. Montaigne, Charron, la Boêtie, Bodin, Rabelais, Régnier, Marguerite de Navarre, Brantôme, Agrippa d'Aubigné, ont survécu aux chantres laborieux des Valois. Chose étonnante ! Mathurin Régnier, le disciple fervent, l'admirateur fidèle de Ronsai^ et de Du Bellay, n'a aucune des taches qui obscurcissent les œuvres de ses compagnons; il a su, avant Malherbe et mieux que lui, éviter le phébus, les ampoules italiennes. Le génie observateur et comique l'a préservé de la contagion méridionale.

Et cependant la Pléiade n'a pas disparu sans laisser de vestiges; ces hommes de talent ne se sont pas évanouis comme im brouillard nocturne aux premiers rayons du soleil. Ils avaient déployé leur bannière en l'honneur de la langue française ; ils voulaient la faire sortir de sa naïveté enfantine, lui donner la vigueur de l'ûge mûr,, la placer au niveau des langues antiques et de l'italien, le seul idiome moderne dont ils connussent le mérite. Dans le programme de cette réforme entraient non-seulement les mots et la diction, mais le rhythme, les différentes combinaisons du vers. Notre poésie devait se plier à toutes les cadences métriques des anciens et du moyen âge. Ce but primitif de l'écok, elle eut la gloire de l'atteindre; elle assouplit, elle enrichit notre idiome; elle lui agusta, non sans bonheur, la versification gréco-romaine et la versification des troubadours. Le sonnet même venait de ces derniers, poètes aventureux, dont ni les Italiens ni la Pléiade n'ont égalé la hardiesse. L'engouement pour les auteurs ultramontains, l'imitation de leurs hyperboles, jongleries et mignardises, ne partagèrent point la chute de la docte compagnie. Malherbe en fut toujours infecté : elles continuèrent à sévir après sa mort et souffièrent leurs miasmes dans l'hôtel de Rambouillet. D'Assouci et Scarron grimaçaient sous leur influence. Chapelain, Ménage, Condé, la Rochefoucauld et plusieurs femmes illustres, Sévigné, la Fayette, Maintenon, prolongèrent pendant tout le règne de Louis XIV, soit les effets, soit la mode de l'admiration pour l'Italie ^' Molière et la Fontaine lui empruntaient de nombreux

4 De Vlnftuence de Vlîalie sur ies Lettres françaUf$, par Rathery, 189S.

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rature nouvelle. Les grandes passions élèvenl, inspirent le talent, lui ouvrent les portes d'un jardin enchanté où ne pénétre pas la multitude, dont n'approchent jamais les affections tiédes et vulgaires. Il s'en faut que le libertinage produise d'aussi heureuses conséquences ; tout au plus fait-il décrire des scènes voluptueuses, rimer des chansons piquantes. Cest ce qu'on trouve dans les écrits de la Pléiade. L'amour vrai, l amour enthousiaste, lui demeura inconnu; aussi la vois de ses poètes prenait-elle de fausses intonations, aussi leur visage grimaçaitil, dès que la fantaisie leur venait de chanter, de feindre un attachement idéal. Or ce caprice les tourmentait souvent. De là les protestations guindées, les froides doléances, les absurdes métaphores, qui alourdissent leui*s vers et attestent combien l'auteur souffirait peu, combien son cœur battait mollement.

Cette liberté dont ils étaient dépourvus à tant d'égards, dont ils ne comprenaient pas la valeur, la possédaient-ils au moins dans le domaine littéraire? Y faisaient-ils preuve d'indépendance et d'originalité? Esclaves dans le fond, se préservaient-ils de la s<9*vitude dans la forme? Là aussi une malheureuse tendance les précipitait au-devant des fers. Une double imitation ajoutait sa contrainte à celles qui les retenaient d^à. D'une part, ils s'étaient inféodés aux littérateurs de la Grèce et de Rome; de l'autre, ils se déclaraient les hommes liges des Italiens. Leur soumission ne diminua pour les premiers qu'en augmentant pour les seconds. Changer de maîtres ne leur répugnait point, mais l'idée non plus que le désir ne leur venait de s'afOranchir complètement; il. leur fallait toujours une livrée.

^e plongeant pas ses racines dans le terrain solide et profond du caractère national, des grands intérêts contemporains, des questions vitales où se préparait sourdement l'avenir, l'école poétique du seizième siècle ne pouvait rien fonder de grand et de durable. Posée sur la France comme un gui sur un chenet elle eu fut aisément séparée, elle se flétrit sans retour et devint la proie d'un complet oubli. Tous les efforts imaginables ne sont point parvenus à la réhabiliter. Elle est curieuse, elle intéresse les savants, les littérateurs, il faut la connaître; mais elle n'a aucun charme pour la nation, elle ne touche aucune fibre populaire, ne rappelle aucun souveuir important ou glorieux.

Les seuls écrivains de cette époque, dont le temps n'a pas détruit le prestige, sont ceux qui ont joint au méi'ite de la forme le souci et l'intelligence des problèmes fondamentaux que dt'hattait l'humauité contemporaine, ou qui se sont attachés à peindre les mœurs du siècle dans des contes, des anecdotes et

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des satires. La puissance de la raison abritait les premiers contre le mauvais goût, l'afréterie, les recherches de style, les extravagantes similitudes et l'archaïsme des poètes courtisans; la justesse et la finesse de l'observation, le charme du récit, l'intérêt que conservent toutes les images de la société, la valeur historique de ces tableaux, ont éloigné des seconds les ténèbres menaçantes qui font trembler tous les auteurs. Montaigne, Charron, la Boêtie, Bodin, Rabelais, Régnier, Marguerite de Navarre, Brantôme, Agrippa d'Aubigné, ont survécu aux chantres laborieux des Valois. Chose étonnante 1 Mathurin Régnier, le disciple fervent, l'admirateur fidèle de Ronsai^ et de Du Bellay, n'a aucune des taches qui obscurcissent les œuvres de ses compagnons; il a su, avant Malherbe et mieux que lui, éviter In phébus, les ampoules italiennes. Le génie observateur et comique l'a préservé de la contagion méridionale.

Et cependant la Pléiade n'a pas disparu sans laisser de vestiges; ces hommes de talent ne se sont pas évanouis comme un brouillard nocturne aux premiers rayons du soleil. Ils avaient déployé leur bannière en l'honneur de la langue française; ils voulaient la faire sortir de sa naïveté enfantine, lui donner la vigueur de l'âge mûr,. la placer au niveau des langues antiques et de l'italien, le seul idiome moderne dont ils connussent le mérite. Dans le programme de cette réforme entraient non-seulement les mots et la diction, mais le rhythme, les difiérentes combinaisons du vers. Notre poésie devait se plier à toutes les cadences métriques des anciens et du moyen âge. Ce but primitif de l'écok, elle eut la gloire de l'atteindre; elle assouplit, elle enrichit notre idiome; elle lui agusta, non sans bonheur, la versification gréco-romaine et la versification des troubadours. Le sonnet même venait de ces derniers, poètes aventureux, dont ni les Italiens ni la Pléiade n'ont égalé la hardiesse. L'engouement pour les auteurs ultramontains, l'imitation de leurs hyperboles, jongleries et mignardises, ne partagèrent point la chute de la docte compagnie. Malherbe en fut toujours infecté : elles continuèrent à sévir après sa mort et soufflèrent leurs miasmes dans l'hôtel de Rambouillet. D'Assouci et Scarron grimaçaient sous leur influence. Chapelain, Ménage, Condé, la Rochefoucauld et plusieurs femmes illustres, Sévigné, la Fayette, Maintenon, prolongèrent pendant tout le régne do Louis XIV, soit les effets, soit la mode de l'admiration pour l'Italie ^ Molière et la Fontaine lui empruntaient de nombreux

4 De VlnfiMence de Vltalie svr Jes lettres françaim, par Rathery, ISSS.

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motifs, mais ne se laissaient pas atteindre par son mauvais goût. Quant à l*idolàtrie gréco-romaine, à la fièvre mythologique de la Pléiade, la nation n'en guérit pas comme de l'autre mal. Le dix-septiéme siècle la changea en affection chronique. Elle empira pendant le siècle suivant, continua sous Bonaparte et ne cessa qu'au retour des Bourbons.

Quelques mots peuvent résumer l'action littéraire de cette école. Sans indépendance d'esprits, sans liberté politique, sans élévation morale, dénuée d'enthousiasme religieux, inféodée à la cour, ne témoignant aucune sympathie pour les intérêts populaires, esclave dans la forme aussi bien que dans l'idée, ses vrais services sont les progrés qu'elle a fait accomplir à la langue et à la versification; le style devint plus riche, la phrase plus abondante, la période plus nombreuse, le mètre plus varié. Elle aimait, en outre, la nature et l'a mieux peinte que ses héritiers pendant cinq ou six générations Mais, ne tenant au seizième siècle que par le côté laborieux, savant, rétrospectif et universitaire, elle manquait de base dans le présent, de relation avec l'a. venir. Aussi n'a-t-elle pu résister même aux premières atteintes de l'âge et de la mauvaise fortune. Dés que son astre pâlit^dès que l'atmosphère se troubla autour d'elle, cette école brillante, mais peu solide, tomba comme un édifice mal construit. L'abandon a suivi sa chute, le silence s'est fait dans ses décombres. Des mains maladroites essayèrent en vain de la restaurer. Les plantes de la solitude ont continué à l'envahir. Mais, sans lui prêter une fausse grandeur, sans vouloir lui rendre un éclat détruit pour toujours, on peut dire que ses ruines sont intéressantes à contempler. On y trouve çà et là une belle colonne, de délicates arabesques, d'élégantes moulures, un bas-relief même où une statue endommagée par le temps, qui prouvent que des artistes supérieurs en avaient dressé les murailles et sculpté les pierres.

ALFRED MIGHIELS.

Al)

HENRICUM POLONIiE REGEM

IN POEMA PORTiEI

G. VALENS GUELLÏUS»

hta tibi genioque tuo monumento reponit Régna Dei pharetram volucris modulatui et areum PoRTiBus, primx attollens hinc omnia famm. Et Phœbo et menlem juvenilem afftatus amore. Ut tantis, Hexrice, tuia proluderet actis, Ante tubam et gracilï horrentem tnolliret wena. Arma virumque; Maro sic post Âmaryllida dixit, ^ec Veneri dominse, Mars tantum invidit honorem. In cap' a hxserunt aie Teucrvtn fata pnella, Principium et lenio dédit illa moramque duello, Scilipet ille tuus vates nova régna petentem Te sectans, tardi et felicia plaustra Bootm Te domino, et nosiro longum fruitura dolore, IIxc eadem laribus patriis anathemata liquit Pignora grata sut, tu sceptra oblata capessis. Déserta extemaft patrla et moliris habenas, Uic desiderinm, hic lacrimas, hie mentibiis asqui^ Indigenum mixtim confundens gaudia liictu, Moscouon adventu ergo tuojam contrahit horror,

* Germain Vaillant de la Guesle, membre peu comiu d'une famille de robe qui joua au seizième siècle un rôle assez important. Jean de la Guesle était tous Henri III, président à mortier au parlement de Paris; son fils Jacquet remplissait les fonctions de procureur général. Ce dernier eut le malheur d'introduire dans la chambre dti roi l'assassm Jacques Clément.

Cmmlêôi hterque e'musjam pendit, et ingénu Ai8ur§it râfidis toto tihi eorpore »b uniis, Populem 9itt» comptos dans f\rondis honores, Stipat et Hercule» lauro tibi texta coron». Yertiee te arreeto venientem prospieit aretos, Semper et ut videat, semper fugit mquore tingi, Andiit hanc famamqve tttam, comitisque poetm Elgsiwm vaga per magnum Ifasonis ut umbra, SarmatiCMm exilium dixit solata CorimuB DelUias, Ungua Hbnuici faviique trophmh.

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