‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 88 sur 259 · AMOURS DE MONSIEUR DESPORTES · texte numérisé non relu

AMOURS DE MONSIEUR DESPORTES

Voicy le beau soleil en sa course première, Qui, d^ son orient, semé plus de clairté Que le soleil du monde, au plus chaud de l'esté, Ardant en son midy, ne jette de lumière; A qui tous les esprits, quelque luisans qu'ils soient, Au point de son lever sont astres à l'aurore. Faisant recacher ceux qui desjâ paroissoient. Et retenant cachez ceux qui Testoient encore.

Soleil des beaux esprits, lumière claire et sainte, Des autres tans l'envie et du sien l'ornement, Qui fiût luire son siècle, et voille obscurément Tout le passé de honte et l'avenir de crainte; Qui seule monstre plus en efifet de sçavoir Que n'a fait, ny fera nulle autre en apparance; De ce que Ton a veu, de ce qui reste à voir, Toute l'expérience et toute l'espérance.

Voicy le beau Phœnix, humble, qui se vient rendre Pour hommage soy-mesme à ce nouveau soleil, A un nompareil astre un oiseau nompareil. Et sa vie à celuy dont il la doit reprendre ; Car les ailes d'Amour font qu'il est un oiseau; Mais ce qu'il est si rare en ce tans, le fait estre Un Phœnix, dont la tombe est Tunique berceau, Qui rend l'ame au soleil, pour au soleil renaistre.

Amour, nouveau Phœnix, pour chercher nouvelle ame. Sur un lict de senteurs ses ailes autant.

STANCES. 179

S'oppose à ce soleil ardamment bluettant,

Tout flammeux de rayons, tout rayonneux de flame. '

Voila ses os brûlez dessus un lict d'encens,

Voila soudain que l'ame en a esté ravie.

Ces beaux vers animez heureusement naissans

De la cendre d'Amour, où l'Amour reprend vie.

Or estant le Phœnix (cet oiseau qui trémousse Des ailes à la flamme) unique comme il est, Rien qu'un ver seulement de ses cendres ne naist Et, petit Phœnisseau, d'autres ailettes pousse; Mais ces beaux vers éclos pour faire des Amours, Sortent en si grand nombre à la fois de leur cendre, Et prennent en naissant tant d'ailes tous les jours, Que, les nommant Phœnix, j'ay crainte de mesprendre.

Soient Amours ou Phœnix, leurs ailes sont bien fortes. Mais, si tant de beaux vers, aux Amours destinez, Portent autant d'Amours amoureusement nés, Que d'Amours porteront les Amours de Des-Portks? Et si c'est un Phœnix que chacun de ses vers, Que de rares beautez, que de raritez belles I Et combien volera son nom par l'univers. Si chacun de ses vers en naissant prend des ailes !

Page 1