AU BORD DE LA MER
Tftncarville, 1810.
Parmi ces frais sentiers, promeneur solitaire , Quand j'égafe en rêvant un pas involontaire, ^ D'un pouvoir inconnu doucement entraîné, Sans cesse vers ce bord je me sens ramené.
J'aime à voir cette mer se briser au rivage , De nos destins mortels tumultueuse image.
Assis pensif, je songe au sort des matelots; Je les vois jour et nuit balancés sur les flots ; Je suis leur vie errante, incertaine, agitée. Sur l'espace sans borne aux vagues disputée; Et des mobiles flots , de ce chemin mouvant Sans cesse sous leurs pieds secoué par le vent , Ramenant mes regards vers l'humble cimetière Qui m'offre ici le but de leur course dernière , A l'aspect de la paix qu'ils doivent y trouver, Un charme douloureux me fait longtemps rêver.
Près de moi, quel tumulte! et plus loin, quel silence!
Là, cesse la fatigue et le repos commence;
Là, près des flots émus qui ne dorment jamais.
Du sommeil éternel dort l'immobile paix.
O tourmente des mers ! ô calme de la tombe !
Le flot pour le troubler monte , mais il retombe ,
Et sa bruyante voix murmurant à l'en tour,
Expire en approchant du tranquille séjour.
A des jours fatigués quel port si désirable
Peut présenter plus sûr un câlme plus durable!
Autour d'une humble église, et d'arbres entouré. S'étend le champ paisible à la mort consacré.