‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 2 sur 98 · AUX BOIS DE VILLE-D'AVRAY · texte numérisé non relu

AUX BOIS DE VILLE-D'AVRAY

Montreuil, 1814.

Maître de mes loisirs et libre en mes penchants, Oh ! combien il me plaît de m'éveiller aux champs ! Comme pour le plaisir les yeux s'ouvrent sans peine! Quelle aimable fraîcheur frémit dans chaque veine ! Que notre âme est légère , et qu'on se sent joyeux D'assister au réveil de la terre et des cieux ,

se POEMES ET POËSIES.

De voir l'homme et le jour commencer leur ouvrage,

La lumière monter de nuage en nuage,

Les informes objets reprendre leurs couleurs.

Et les prés reverdir et renaître les fleurs ,

Et se rougir au loin les bois aux mille têtes !

L'étoile du matin est l'astre des poètes,

Et de rosée humide elle verse des airs

Son éclat aux gazons, sa fraîcheur à nos vers.

J'éprouve de la joie à devancer l'aurore, A marcher par les champs où nul ne passe encore. Dans son buisson l'oiseau se réveille à demi, Gazouille quelques sons, et se tait rendormi. Sans doute il se trompait, et de l'aube première En entendant du bruit a cru voir la lumière.

Elle naît cependant, et les coqs ont trois fois Frappé l'air moins obscur de leur cri villageois. Déjà les bœufs au loin, murmures agréables.

Impatients du jour , font mugir leurs étables ; J'entends , en traversant la longueur des hameaux , Les enfants réveillés pleurer dans leurs berceaux; Tous les bruits du matin commencent, et la mère, Son enfant dans les bras, entr'ouvre sa chaumière. Homme, à ces doux tableaux tu sens battre ton cœur!

Avec le jour naissant, quelle douce chaleur

LÀ PROMENADE MATINALE. t7

Se répand des rayons que le soleil envoie !

Jusques au fond de Tàme une indicible joie Par degrés s'insinue « et Ton sent revenir Des beaux jours oubliés un tendre souvenir.

Que fait-on maintenant dans la ville lointaine ^ Que, des hauteurs des bois, j'aperçois dans la plaine? Le soleil dès longtemps frappe son dôme d'or^ Et parmi les vapeurs elle sommeille encor.

La laitière déjà sur la route chemine , L'émondeur est au bois , le pâtre à la colline , La fermière à Tétable ; armé de l'aiguillon , Le fermier matinal commence son sillon , Et, suivant de ses bœufs l'attelage tranquille. Il féconde le champ qui doit nourrir la ville. Et la ville sommeille ! et, livrée aux pavots, Elle n'aperçoit pas que le jour à grands flots Inonde au loin ses toits , ses places et ses rues ; Et, sans regret du jour et des heures perdues. Ses muets habitants, dans leurs lits étendus. De la vie et du ciel ne se souviennent plus. Heureux peut-être, hélas I d'oublier teurs pensées !

Dans ces chambres sans air, étroites et pressées, Oîi des rideaux épais, gardant l'homme endormi. Le défendent du jour comme d'un ennemi*

Que d'intérêts divers, qui maintenant sommeillent, S'endorment chaque soir, chaque matin s'éveillent! Le gain, l'ambition, et la crainte, et l'espoir. De la nuit comme nous connaissent le pouvoir. Nus, dépouillés, vaincus du sommeil qui nous presse, Le vice et la vertu, la force et la faiblesse. Le riche et l'indigent, l'artisan et le roi.

Succombent, impuissants, à l'invincible loi.

De la nature en vain nous voulons nous défendre , Aux liens du sommeil elle sait nous reprendre ; Tous travaillent, le jour, à monter sans rivaux , Et dans leur lit, le soir, tous retombent égaux.

Sous son dais, endormi comme les simples hommes. Ce puissant Empereur est donc ce que nous sommes ! Ce maître qui des rois veut un culte assidu.

Le voilà sans mémoire et sans force étendu.

Sa volonté puissante a fui sa vaste tête.

On dirait que son sort s'interrompt et s'arrête. Que du monde avec lui cesse le mouvement.

Peut-être, las de guerre, il rêve, en ce moment, De l'humide Saint-Cloud le magnifique ombrage , Ou la simplicité chère à son premier âge , Quand le trône de France était loin de ses vœux , • Qu'il vivait sans empire et qu'il n'était qu'heureux Jl dort obscur au toit de son modeste père.

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