‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 33 sur 98 · LES POULES DU LOGIS · texte numérisé non relu

LES POULES DU LOGIS

Durant les mois d'été souvent n'avez-vous pas

Le soir, à la campagne , après votre repas ,

De ces restes de pain que sur la nappe on laisse

Aux poules du logis par plaisir fait largesse ?

Toutes viennent en hâte assister au soupe.

Tandis que chaque bec à terre est occupé ,

Si quelque grosse part échoit h quelque poule ,

Elle se croit heureuse; elle fuit de la foule,

Et pour manger en paix cherche un coin du hangar;

Point de paix ; sa fortune attire le regard.

De tout le poulailler elle devient l'envie ;

Des poules et du coq la voilà poursuivie ;

168 POBMES ET POÉSIES.

On la presse, elle échappe, on revient Tassiéger, Elle ne peut trouver de lieu sûr où manger.

D'un bout du poulailler à l'autre elle voyage, Ni trêve ni repos : on la heurte au passage, Et jusque dans son bec on lui vient picoter Le* mOTceau qu'elle tient sans y pouvoir goûter. Ou si, plus rassurée, elle le pose à terre, Il est pris! de côté change aussitôt la guerre. Et tous , accompagnant le possesseur nouveau . Abandonnent la poule et suivent le morceau. *'

Cependant qu'à le suivre on les voit agitées , Les autres dans un coin sans être inquiétées , Mangent tranquillement quelques miettes de pain , Ou d'entre le fumier retirent quelque grain ; Et celle à qui la proie en son bec fut ravie , Ne sait plus retourner à sa première vie; Elle reste à l'écart d'un air triste et confus, Et les miettes de pain ne la contentent plus.

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