LES ODALISQUES
Que tous nos charmes Soient sous les armes ; De chants et de parfums enivrons le sultan.
L'interrogatoire que le sultan a fait subir à D. Juan n'a point interrompu les cithares et les mandolines. Les odalisques n'ont pas cessé de jouer jusqu'au moment où, leur attention étant plus vive, elles sont devenues, par l'expression de leur jalousie, actrices dans cette scène. Tout à coup , pour détourner l'attention du sultan et l'attirer vers elles , elles reprennent leur air avec une nouvelle vivacité , elles môlent leur vt>ix à leurs instruments et chantent toutes ensemble le chœur qui suit :
Entrez dans le jardin des roses , Dans le jardin oii sont les lis.
Le calife vient voir si ses fleurs sont écloses. Entrez dans le jardin des roses ,
Mon maître, il mène au paradis.
Pendant ce chœur, le sultan s'est placé sur le sopha. La sultane reste dobout respectueusement auprès de lui. Plusieurs agitent autour de sa tète de grands éventails de plumes. Trois odalisques se présentent alors devant le sultan , portant des sorbets , des pâtisseries , des conserves de roses, qu'on place sur une petite table très-basse; trois autres les suivent portant, l'une un gobelet d'or sur un plateau de vermeil, l'autre une amphore à deux anses, la troisième une longue pipe enrichie de diamants et d'ambre. On donne à laver au sultan. On verse de l'eau sur ses mains, on tient l'aiguière, on présente les serviettes brochées d'or et d'argent. Gulleyaz prend tour à tour les diverses choses des mains des odalisques, et les offre à son maître avec respect. Plusieurs le servent à genoux.
D. Juan sert comme les autres à la collation du sultan. Quand il apporte quelque chose, quand Gulloyaz prend de ses mains quelque objet pour l'offrir, soit l'aiguière, soit Pamphore, dont elle verse à boire au padischah.elle tressaille, elle se sent toute prête & se Trahir, elle verse mal.
De son côté le padischah, toutes les fois que D. Juan s*approche pour le servir, Tobserve avec plaisir, avec attention , le flatte, lui sourit.
Cependant on chante et on danse. Les danses peuvent être fort yariées , puisque le harem renferme des femmes de toutes nations et de tontes couleurs. On fera, si Ton veut, danser aussi des nains; mais tout cela devra être fort court pour ne point interrompre l'action , ni détourner la pensée de la position critique de D. Juan.
Tout ce qui suit se chante et se danse pendant la scène qui vient d*ëtre décrite, depuis le moment où le sultan s*est assis jusqu'à celui où il se lève pour se retirer.
UNE ODALISQUE chante, à un signe que lui fait la sultane. , Trois odalisques accompagnent son chant de leurs pas.
Sur un rosier un oiseau merveilleux Toute la nuit se fait entendre; Son chant pur et mystérieux Du paradis semble descendre.
Il chante, il chante jusqu'au jour.
Et l'âme rêveuse est plus tendre.
Il chante, il chante jusqu^au jour.
Et qui l'entend languit d'amour.
LE SULTAN
Accompagné dn chœur k demi-voix des odalisques.
Chante odalisque, chante encore.
Ta voix harmonieuse a des charmes secrets; Elle enivre les sens comme le luth sonore Ou le parfum de l'aloèî^.
Toutes les odalisques chantantes répètent ceci en grand chœur, tandis