‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 7 sur 98 · LA MER ET LES BOIS · texte numérisé non relu

LA MER ET LES BOIS

Et la voûte des bois cache celle des cieux.

L'Océan, TOcéan! là l'horizon immense, Sans borne et sans repos, finit et recommence ; Là, comme l'avenir, dans son immensité S'ouvre et grandit sans fin l'espace illimité ; Là, l'infini. Le bruit du monde s'y vient taire ; Nous n'y retrouvons plus nul écho de la terre ; Nul n'y laissa jamais l'empreinte de ses pieds, Et la vague toujours recouvre nos sentiers.

Ainsi sur ce chemin où nul deux fois ne passe Tout souvenir de l'homme incessamment s'efface. Le passé sur nos pas ne saurait y venir; Cet inmiense domaine est tout à rp.venir.

L'homme ailleurs, malgré lui, replié sur lui-même, Se reporte aux objets qu'il regrette et qu'il aime ; Hors de lui-même ici porté de toutes parts, Dans l'immense horizon il plonge ses regards, Monte au-dessus des cieux; l'âme plus épurée Devient semblable à l'air dont elle est entourée. Ne vous retournez pas vers l'ancienne prison ; Regardez en avant; poursuivez l'horizon; Levez les yeux en haut, et par delà ces voiles Où dans l'immense azur Dieu jeta les étoiles, Et plus haut, par delà ces mondes inconnus Où les regards humains n'étaient pas parvenus

Et qui, depuis que Dieu les lança dans leur sphère. N'ont pas fait jusqu'à nous descendre leur lumière ; Et, par delà ces cieux, ces mondes infinis, Votre âme trouvera son père et son pays.

Où vais-je m'égarer ? assis sur le rivage

Je voyais un navire apprêter son voyage.

Et sortir des bassins, par Ferrère frété,

Pour chercher à Canton de la soie ou du thé.

Ne méprisons pas trop cette terre où nous sommes ;

Esprits un jour peut-être, aujourd'hui soyons hommes;

Et, sans aller si haut sonder notre destin.

Jouissons sur le port de l'air frais du matin.

Page 1