LA MER ET LES BOIS
Tancarville» 1817.
Jeune, j'admais les bois. Sous leurs vertes ramures Qui des flots de la mer imitent les murmures, J'ai bien souvent erré, non sans quelque douceur, Pour y chercher des vers, ou pour calmer mon cœur. Mais l'âme y devient triste et s'y sent solitaire. Le mouvement des bois la berce sur la terre.
C'est toujours le passé qui semble y revenir; Une secrète voix y parle au souvenir; Et partout le regard rencontre quelque place Qui des temps écoulés lui présente la trace.
Si d'une femme un jour, hors du sentier frayé,
Le bras s'est dans les bois sur le vôtre appuyé;
Si près de vous elle a, loin des regards du monde,
Foulé de son doux poids la mousse épaisse et blonde ;
Si de chers entretiens, ensemble, à basse voix.
Vous avez enchanté la profondeur des bois,
Un sentier, un bruit d'eau qui vous frappe au passage.
Un vol d'oiseau, le vent qui court dans le feuillage,
Un rayon de soleil, un rien, fait revenir
Dans tous vos sens émus un soudain souvenir;
Et les illusions que le cœur a perdues
Avec le souvenir ne lui sont pas rendues.
Le passé vous entoure et vous semble arracher
A cet apaisement que vous veniez chercher.
On plaint son espérance attristée ou ravie.
On pense à la jeunesse, à la joie, à la vie, .
Au temps qui nous emporte, à l'ombre qui nous suit,
Aux rameaux desséchés, à l'hiver, à la nuit.
Ainsi, parmi les bois, quand seul je me promène,
A de tristes pensers leur ombre me ramène ;
Vers un autre horizon je porte en vain les yeux.