ron du 4 septembre
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MM. Davillier et Nicod, ine remirent comme à Tun de ses meilleurs amis, ses papiers, ses écrits, ses notes intimes, ses correspondances; j'aurais aimé, aidé de ces précieux documents si pleins de choses sur son art et sur lui-même, à consacrer à sa mémoire un travail développé, où, en peignant l'homme d'imagination , d'esprit et d'âme , j'eusse cherché à rendre au vif son génie et à donner, selon mon pouvoir, du corps et de la durée à ces créations soudaines et passagères de chaque soir, qui excitaient l'enthousiasme des contemporains et qui ne laissent malheureusement nulle trace pour la postérité. J'aurais voulu faire pour tous les personnages qu'il a représentés, ce qu'a fait M"« de Staël pour les pièces de Ducis et pour Œdipe, Oreste, Néron et Manlius. Depuis le temps où, écolier du Prytanée, j'escaladais les murs des jurdins de Saint- Gyr, au risque des sévérités qui m'attendaient au retour, pour aller kii voir jouer sur le Théâtre-Français de Versailles Ladislas, Oresle ou Cinna, je l'ai suivi d'année en année, de rôle en rôle; j'ai assisté aux diverses transformations ou plutôt aux développements progressifs de son génie. Excepté Charles IX, ce premier grand succès de sa jeunesse , dont il ne pouvait parler sans que les larmes lui vinssent aux yeux, il n'est presque pas un rôle de son répertoire pour lequel je ne puisse retrouver dans ma mémoire son attitude, son geste, son regard et jusqu'aux inflexions de sa voix. J'aurais voulu le montrer, non-seulement le régénérateur de l'art théâtral, mais aussi en quelque sorte celui de l'art dramatique; car Talma, qui a porté si loin sur la scène la vérité et le naturel , comme la noblesse et la grâce, comme la passion, le pathétique et la terreur, n'était pas uniquement un grand acteur, il était grand poeto
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à sa manière. 11 était inventeur, il créait avec les auteurs de son temps, de môme qu*il ajoutait aux créations des temps passés; il inspirait nos ouvrages, il avait une connaissance profonde de l'art, du public, des effets du théâtre; d'un mot, d'un geste, d'un regard, il éclairait une scène, un caractère, une situation. Une pièce qui n'était qu'en projet, il la voyait d'avance au théâtre, il se voyait lui-même sur la scène, il la jouait, il marchait, il gesticulait, il s'écriait, c'était l'art, c'était la nature, c'était la vérité prise sur le fait. Mais toute cette puissance, toute cette influence, toute cette longue suite de triomphes, toute cette domination qu'il a exercée durant quarante années sur les plus hauts esprits comme sur la foule, demanderaient des développements qu'une note ne saurait môme efïleuren Ce serait un ouvrage à faire, que j'aurais dû faire, que je ferai peut-êlre; car je regrette souvent d'avoir passé tant d'années sans rassembler tant de souvenirs que le nom seul de Talma me rappelle, et sans laisser à sa mémoire un témoignage, autant qu'il peut être en moi durable , de mon admiration , de ma reconnaissance et de mon amitié.
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