CHAPITRE XXIV
Gomment Gargantua empioyoyt le temps quand Faer estoyt
pluvieux.
COMMENTAIRE HISTORIQUE
RT SOMMAIRE DE CE CHAPITRE
Ce chapitre n'est qu'une suite du précédent. L'auteur paroit avoir eu pour but principal, dans ces deux chapitres, de mettre en pratique le plan d'une bonne éducation, et de donner une idée des progrès des sciences et des arts sous François P'. On diroit que Rrantôme a calqué ce qu'il dit de Henri II sur ce chapitre : u Quand il pleuvoit et ne pouvoit (Henri II) sortir dehors, il falloit au dedans choisir force autres passetemps, singulièrement dont il n'y avoit point manque, ou à jouer avec les dames et gentils-hommes, tirer des armes, qu'il avoit bien en main, etc. » Voy. Hommes illustres, tom. XIII, p. lo.
S'il advenoyt que l'aer feust pluvieux et intemperé, tout le temps devant disner estoyt employé comme de coustume, excepté qu'il faisoyt allumer ung beau et clair feu, pour corriger l'intempérie de l'aer. Mais, après disner, au lieu des exercita-
tions, ilz demouroyent en la maison, et, par manière d'apotherapie', sesbatoyent a boteler du foin, a fendre et scier du boys, et a battre les gerbes en la grange. Puys estudioyent en l'art de paincture et sculpture ; ou revocquoyent en usage lanticque jeu des taies*, ainsi qu'en ha escript
' Tout ceci manque dans l'édition de Dolet, mais on le trouve dans celle de 1 553 , d*où a coulé aussi apotherapic qu'on lit dans les nouvelles , au lieu d^apotherapie qu'il faut lire , du {p*ec Àw^^t^ttirkut. Voyez le Scholiaste de Hollande. (L. ) — « Tout ceci ( depuis et par manière^ jusqu'à grange^ manque, dit de Marsy, dans l'édition de Dolet^ qui avoit supprimé ce passage , pour les mêmes raisons qui m'ont enga{];é à le retrancher de mon texte. » Le Duchat renvoie pour l'explication d*apothérapie au Scoliaste de Hollande qui l'explique fort mal, ainsi que l'éditeur de 1753, à son exemple, par l'issue et la 6n de l'exercice : ce mot grec si(piifie curatio, ÈanatiOy guérison, et par manière et apothérapie y par manière d'hygiène ou de régime pour conserver la santé.
^ tSi Àç'fAyaiKeùi. Ludus talarius. Car ce n'est point tables qu'il £aut lire ici, comme dans toutes les éditions, mais taies ^ comme ci-dessous, Uv. IV, chap. VII. Celui que Rabelais dit avoir écrit de ce jeu étoit Nicolas Leonic Vénitien, savant professeur à Padoue, où il mourut non âgé de soixante et quinze ans, ni l'an i533, comme l'a cru Bulcholcer; mais de deux ans plus jeune, l'an l53i , au mois de mars. Le Bembe, liv. VIII de la deuxième partie de ses Lettres ita-: liennes, dans une lettre à Vettor Soranzo du a 8 mars i53i : // nostro buon messer Leonico Valtro dïfini la sua vita. Le traité qu'il fit du jeu des taies est un dialogue intitulé : Sannutus sive de ludo ialarioy dédié l'an i5a49 ^ Renaud Polus, avec neuf autres imprimés, chez Simon de Colines, in-fol., i53o et depuis in-8^, à Lyon, chez Seb. Gryphius, en t53a et 'i542. Du reste, le jeu des taies, très ancien à la vérité, s'il est sûr, comme on le prétend, qu'il étoit' en usage chez les Lydiens, dès avant la guerre de Troye, ne cessa d'être en vogue en Italie, sous le nom de parelles, qu'environ Tannée 1 484; depuis
Leonicus , et comme y joue nostre bon amy Las- 0 caris ^. En y jouant, recoloyent les passaiges dès auteurs anciens esquelz est faicte mention-, ou prinse quelque métaphore sus icelluy jeu. Semblablement, ou alloyent veoir comment ontiroyt les metaulx , ou comment on fondoy t l'artillerie : ou alloyent veoir les lapidaires, orfebvres, et tailleurs de pierreries, ou les alchemistes et monnoyeurs, ou les haultelissiers, les tissoutiers^, les veloutiers , les horlogers , niirailliers ^ , imprimeurs, organistes, tincturiers, et aultres telles sortes d'ouvriers , et, par tout donnans le vin , apprenoyent et consideroyent Tindustrie et invention des mèstiers^.
lequel temps il est croyable que ce furent les guerres d'Italie qui jetèrent les Italiens dans des occupations plus sérieuses. (L.) — 7Vzlarius est Fadjectif de talus dé ou osselet.
^ Cétoit André Jean de Lascaris, que Louis XII avoit envoyé en ambassade à Venise , bibliothécaire de François I"^ , ami particulier de l'auteur et de Naudé.
* Les tisserands.
' L'édition de i553, et après elle les éditions modernes avoient retranché les mots de mirailliers et de teinturiers , qu'on lit dans celle de i535, et dans les trois de i542. On disoit mirait de l'italien mira' g Ho miroir; ainsi les mirailliers ce sont les miroitiers. (L.)
®* Ce trait, comme le remarque l'abbé de Marsy, dési^pie encore François V. Ce prince étoit fort curieux de toutes ces connoissances mécaniques. « Il n'y avoit pas, dit le P. Daniel, jusqu'aux arts les moins di^es de sa connoissance ( quels arts sont indices de la connoissance d'un roi? de la pratique, passe) dont il ne sût les termes, et dont il ne connût les instruments et leur usage, prenant plaisir, quand l'occasion s'en présentoit, à s'instruire de tout ce détail. *
AUoyent ouyr les leçons publicques, les actes solennelz, les répétitions, les déclamations, les plaidoyez des gentilz advocatz^, les concions des prescheurs evangelicques.
Passoyt par les salles et lieux ordonnez pour lescrinie : et la , contre les maistres , essayoy t de tous bastons®, et leur montroyt par évidence que autant , voyre plus , en sçavoyt qu'iceulx. Et , au lieu darborisers, visitoyent les bouticques des drogueurs, herbiers, et apothecaires, et soigneusement consideroyent lesfruictz, racines, feuilles, gommes, semences, axunges peregrines '°, en-
^ * C'est ce que faisoit en effet François r*". Il dit un jour aux membres du parlement : « Qu'il étoit délibéré de venir dans ladite cour (du parlement), deux ou trois fois la semaine, assister aux plaidoyeries et au conseil... (en i557). Garnier, Vie de François F", tom. XXIV, pag. 3oi.
* Furetière a décidé qn au propre bâton ne se disoit que des seules armes montées sur un fut ou sur une hampe. Ici, et plus bas, au chap. xlvii, où ce mot se prend au figuré, il désigne une épée, témoin ce qu'en ce chap. xlvii, il est dit qu'après que Toucquedlllon eut transpercé d'une épée le capitaine Hâtiveau, Picrochole voyant cette épée que Grandgousier avoit donnée au meurtrier, dit à Toucquedillon ; T'avoit-on donné ce baston pour en ma présence tuer malignement mon tant bon amy Hastiveau? ( L. )
^ Rabelais a dit de même ar&orûer dans le chap. xxiii, pour /terboriser, et Ronsard arboriste pour herboriste. Le Duchat a très bien prouvé que c' étoit l'ancienne prononciation qui étoit la bonne, (fa herboriste est une corruption au contraire d* arboriste^ qui est évidemment dérivé d^arbor^ tandis qvL herboriste ne peut pas s'être formé d'herba. Voyez chap. xxiii, note 6i.
'** Espèce dégraisse, la plus molle et la plus humide du corps
semble aussi comment on les adulteroy t ' ' . Alloy t voir les basteleurs , trej ectaires ' ' , et theriacleurs ' ^,
des animaux, et la manière dont on faîsoit des remèdes composés de toutes ces drogues. (L.) — Onguents, baumes étrangers, du latin axungia, oing, graisse, saindoux, suif.
" Gonune on falsifioit ces fruits, ces racines, etc. Un interprète de Rabelais explique ici adultérer par enter, greffer; et cite Pline, livi XII, (jui a employé, dit-il, dans le même sens adultérin arborum, pour les entes, les greffes des arbres; et adulteratur atnygdala nuce. Mais il est évident que Rabelais ne parle pas ai arbres ici, puisqu*ar&or»er y signifie herboriser (Voyez la note 9), et qu'il y s* agit de fruits, de racines, de feuilles, de gommes, etc. Ce n'est donc pas le cas d'y rapporter le passage de Pline.
'* On lit tragetairesy à la gasconne, liv. II, chap. vi de Féneste. L'Italien appelle tragettatore un joueur de passe-passe, de iragettare passer et repasser. Le françois vient de trajectarius^ et l'italien de trajectator^ l'un et l'autre formés de trajectare augmentatif de trajicere. ( L. ) — « Dans l'édition de 1 642 , dit Le Duchat , dans Ménage, on lit trajectaires ; mais d'Aubigné fait dire tragétaire{k la gasconne), à son baron de Féneste, liv. II, chap. vi; ce qui me fait croire qu'il faut prononcer trajectaire ou trajetaire^ et non pas trejectaire ; du reste, ce mot signifie un joueur de passe-passe ; et les Italiens disent tragettatore y dans la signification de bagatelliero ou de giucator di mani. Les Italiens appellent tragettator un bateleur et un batelier, mais ils appellent un batelier traghettiere , de trajectarius , et c'est de ce mot latin que nous avons fait trajectaire , dans la signification d'un homme qui fait des tours de passe-passe, c'est-à-dire qui revient imperceptiblement à l'endroit d'où on l'avoit vu partir. » En effet tragettarCy ainsi que le fréquentatif latin trajectare, dérivé de trajicerey signifie passer et repasser, et c'est de trajettare que vient l'italien trajettatore : c'est donc un faiseur de tours de passe -passe.
'^ Selon l'analogie il devoit dire thériaqueurs y et non theriacleurs y comme portent toutes les éditions , excepté celle de Dolet où on lit thriacleurs. Ce dernier est aujourd'hui le mot d'usage, cependant theriacleurs lui doit être préféré, tant à cause du grand nombre d'éditions qui le favorisent, que parceque Rabelais aime à consci^er
et consideroyt leurs gestes, leurs ruses, leurs sobressaulx et beau parler : singulièrement de ceulx de Ghaunys'^ en Picardie, car ilz sont de nature grands jaseurs et beaulx bailleurs de bailliyernes
dans les mots qui viennent du ^ec la trace de leur étymologie. Thériacleur de même que thiiacleur est un terme de mépris (L.) < — ThéiiacleurSy signifie marchands de thériaque^ vendeurs d'orviétan.
'^ On dit en effet, encore aujourd'hui, les singes de Chauny; ce dicton tient à Tanecdote suivante qui est assez plaisante et de la plus ancienne tradition. « La municq[)alité de Chauny arrêta un jour dans son conseil y qu'il seroit mis dans les eaux environnant la ville, et pour en faire l'ornement, un certaine quantité de cignes. La tnanicipalité écrivit en conséquence à Paris pour qu'on leur en procurât; mais comme les officiers municipaux d'alors, n'étoient probablement pas grands grammairiens, ou peut-être aussi par un lapsus calamiy ils mirent cinges, dans leur lettre, au lieu de cignes (le mot singe s'écrivoit alors par un c). Les Parisiens auxquels ils s'étoient adressés pour cela, quoiqu' étonnés qu'on letir demandât un aussi grand nombre de singes, ne laissèrent pourtant pas de les envoyer. On peut juger de la figure des maire et échevins de Chauny, à l'arrivée de la charretée de singes, et des rires de la populace; ce qui donna lieu au dicton. » Mémoires de l* Académie celtique , n° i6, pag. 95. « Brantôme, dit l'abbé de Marsy, fait un portrait tout pareil d'un peuple très voisin des Picards dont parle Rabelais. Ce sont les habitants ^Arras^ grands causeurs de tous temps y dit-il, et grands hauguineurs; ils s'avisèrent un jour de vouloir plaisanter sur le compte du connétable de Montmorency, que Henry II avoit rappelé à la cour, après la mort de François Y^' Ils firent le rébus suivant. Ils représentèrent un âne, à qui l'on avoit mis le mors à rebours; deux hommes le conduisoient; celui qui marchoit devant, disoit : Qui a mis mon mors ainsi : l'autre qui étoit derrière, et qui touchoit l'âne, répondoit : ffary, hary. Voilà, ajoute Brantôme, la plus sotte et fade plaisanterie dont on ouït jamais parler, qui cousta bon pourtant quelque temps après y par les beaux feux qui s y firent h /'enfour.»
en matière de cinges verdz'^. Eulx, retournez pour soupper, mangeoyent plus sobrement que es 'aultres jours , et viandes plus dessicatifVes et exténuantes '^, affin que Tintemperie humide de laer, conununiquee au corps par nécessaire confinité ^ feust par ce moyen corrigée , et ne leur feust incommode par ne soy estre exercitez, comme avoyent de coustume.
Ainsi feut gouverné Gargantua , et continuoyt ce procez'7 de jour en jour, proufitant comme entendez que pçult faire ung jeune homme selon son eage '® de bon sens, en tel exercice, ainsi con-
Ces mots en matières de cinges verds ne sont point dans Tédition de i535, non plus que dans celle de Dolet, ou de i54^ ; mais on Ta ajouté dans celle de i553i Un bailleur de balivernes, c'est un conteur de sornettes, un faiseur de contes bleus, tel que seroit quelqu'un qui raconteroit avoir vu des singes verds en certain pays des Indes. Je parle après Rabelais qui ignoroit qu'il y en eût de tels, comme madame de Rohan en avoit un à Laval, vers Tan 1684. Au liv. rV, chap» XXXII, il est dit de Qnaréme-prenant, que s'il subloit c'étoient bottées de situes verds y c'est-à-dire qu'il ëtoit toujours prêt à siffler quiconque auroit voulu lui donner pour vraie une chose dont il n avoit pas encore ouï parler. ( Ij. ) — «Ce qui fait voir, ajoute Le Duchaty dans Ménage, que des singes verds sont proprement des contes bleus ou jaunes^ appelés de la sorte, parcequ'on les trouve ordinairement dans de petits vieux romans réimprimés, qu'on ne daigne relier qu'en papier bleu ou jaune. » Il paroit, par ce passage^ dit M. D. L., que du temps de Rabelais, les singes verds étoient mis au rang des merles blancs, des êtres imaginaires.
'® Plus sèches et moins nourrissantes.
'' Ce procédé.
N'est point dans l'édition de Dolct. Il paroit par le chap. xiv
48o LIVRE I, CHAP. XXIV.
tinué. Lequel, combien qu'il semblast pour le commencement difficile , en la continuation tant doulx feut, legier et délectable que mieux ressembloyt ung passe temps de roy que Testude d'ung escholier. Toutesfoy^, Ponocrates, pour le sejour-
' précédent, que Gargantua, en 14^0, avoit employé à Fétnde cinquante-trois ans dix mois et deux semaines. Il avoit tout au moins cinq ans lorsque maître Thubal lui donna les premières instructions; mais ne comptons que cinquante-huit ans. On lui fait lire depuis l'an i4^o, le Supplementum chronicorum , qui pour la première fois ne parut que soixante-cinq ans après, en i435. Joignez ces soixantecinq aux cinquante-huit précédents, et vous trouverez que le jeune homme Gargantua n* avoit pas moins de cent-vingt-trois ans, même avant qu il se mît sous la discipline de Ponocrate. Mais c'est que l'adolescence de Gargantua devoit durer à proportion de la vie de ce prince. Or elle fut fort longue, puisque liv. II, chap. 11, on voit qu'il avoit cinq cent vingt-quatre ans lorsqu'il engendra Pantagruel. ( L. ) — Puisqu'il est ici question de Tâge de Gargantua , nous croyons en devoir profiter par anticipation , pour donner une dernière preuve incontestable que Gargantua est bien François T", et Pantagruel Henri II. La voici : Gargantua avoit cinq cent vingt-quatre ans lorsqu'il engendra Pantagruel; en effet François ,1*"^ étant né en 1494? et Henri II, son fils, en i5i8 ; le père avoit, non pas cinq cent vingtquatre ans, mais vingt-quatre ans, quand le fils est né. Rabelais a seulement ajouté cinq cents ans à Tâge de son héros, tant parcequ'il en fait un géant, que pour qu'on ne le reconnût pas assez clairement pour lui faire un crime d'une satire dont les deux principaux personnages étoient deux rois ses contemporains. C'est pour le même motif qu'il retranche au contraire i Soo et 7 années de 1 5a3 , dans la dixième strophe du chap. 11 , 1 000 ans de 1 524) dans le chap. v de la Prognostication, et i5oo années encore de i5o5, dans le chap. XIII du liv. I. Voyez les notes sur ces endroits indiqués; tous ces calculs d'une rigueur mathématique sont des coups de massue pour ceux qui prétendi-oient encore que le roman de Rabelais n'est pas l'histoire satirique de son temps.
GARGANTUA. 48i
lier '9 de ceste véhémente intention des esperitz, advisdyt une foys le moys quelque jour bien clair et serain, auquel bougeoyent'® au matin de la ville, et alloyent a (îentily ^% ou a Boloigne, ou a Mont rouge , ou au pont Charanton , ou a V anves, ou a Sainct Clou. Et la pâssoyent toute la journée a faire la plus gj^de chiere dont ik se pouvoyent adviser : raillaifl^gaudissans , beuvans d autant; jouans, chantans, dansans, se veaultrans en quelque beau pré, denicheans des passeraulx^^, prenans des cailles, peschans aux grenoilles et escrevisses.
Mais encore que ycelle journée feust passée sans livres et lectures, point elle nestoyt passée sans prouffîct. Car, en ce beau pré , ilz recoloyent par cueur quelques plaisans vers de FAgricuIture de Vergile, de Hésiode, du Rusticque^^ de Polidan; descripvoyent quelques plaisans epi grammes en
'* Le délasser, le reposer.
'^ Partoient. Bouger est encore employé habituellement en Saintonge pour partir.
*' * L'auteur laisse percer dans nombre d'endroits de son ouvrage , la prédilection de Gargantua et de Pantagruel pour les lieux traversés par la Biêvre, sans doute à cause du séjour que faisoit à Gentilly la grande jument.
'* Des moineaux, du latin passer. Cest ainsi qu'on nomme encore en Saintonge les moineaux quand ils sont jeunes.
*' Du poëme rustique ou champêtre de Politien. Un interprète sans critique prend ce poëme de Politien pour Rusticus, poëte et médecin de Théodoric, roi des Goths !
482 LIVRE I, CHAP. XMV.
latin , puis les mettoyent par roudeaulx et ballades en langue francoyse. En bancquetant, du vin aigué^^ separoyent leaue, comme l'enseigne Gaton de re rusL, et Pline, avecques ung guobelet de lierre '*^, lavoyent le vin en plein bassin d'eaue, puis le retiroyent avec ung embut^^; faisoyent aller leaue d'ung voyrre en au^e, bastissoyent plusieurs petitz engins autom4R^7, c'est a dire soy mouvens eulx mesmes.
^* Mêlé d'eau. Ce mot est encore en usage dans une partie de la Gascogne, et à Lyon ; où les bateliers disent : Beau Rousseau Toulezvous passer V aiguë, pour dire la rivière? (L.)
*' Pline, liv. XVI, chap. xxxv, après Caton, chap. cxi, de Re Bust. ( L. )
'* On se sert encore de ce mot dans le Languedop pour dire Un entonnoir. (L.) — On s'en sert aussi en Saintonge, pour désigner un grand entonnoir de bois, avec lequel on entonne le vin dans les futailles aux vendanges. On y donne aussi ce nom à tout autre entonnoir. Ce mot est composé de la préposition en et de botte tonne ou tonneau, radical de bouteille , comme entonnoir est composé de la même préposition et de tonne, qui verse dans la botte ou dans la tonne.
'^ On peut voir là-dessus Léonic, liv. I, chap. vu, de son de varia Historia.(^ L. )