I. Triompher
86 DiALO.OUB
Les Dames veulx, et oonqnerir En les servant.
Le Premier.
Ce sont bons termes, Mais les Seigneurs sont trop plus fermes Que les Dames en faictz et ditz.
Le Second.
Je le confesse quant aux armes, Mais aux assaulx et aux vacarmes D*amours, une Dame en vault dix.
Le Premier.
S'il est ainsi que tu le dis
Ce n*est pas ainsi que Tentendz.
Le Second.
Des Seigneurs point je ne mesdiz, Mais toutesfois, par mes esdiz, Dames valent mieulx en tout temps.
Le Premier.
Quant est de ma part, je prêtons Devant chascun tout le contraire.
Qu'il soit vray, voicy où je tends :
Quantz en ont-ilz faict maulcontens Depuis le temps du Roy Glotaire?
Le Second.
Riens, riens, tu me cuydes distraire Du bon vouloir que j'ay en elles.
Le Premier.
Non fais, Dea.
dbs âbusbz. s9
Lb Sbcond.
Je m*y yeulx retraire Et la grâce et ameur attraire Des Dames et des Damoyselles.
Lb Prbiiibb.
Tu ne veulx servir que les belles?
Lb Sbcono.
J'en ay le vouloir. Somme toute, En servant les gentes fumelles, Et en soustenant leurs querelles, Honneur en vient, sans quelque doubte.
Le Prbmier.
Tel a beaux yeulx qui ne voit gouste.
Par ainsi je veulx soustenir, En ung brief mot, quoy qu'il me oouste, Que avant qu'il soit la Penthecouste Tu t'en lasseras.
Lb Sbgond.
Retenir Te faut désormais et tenir Qu'il n'est que de servir les Dames.
Lb Pbbmibh.
Neantmoins je veulx maintenir Qu'elles sont à entretenir Bien difficiles.
Le Second.
De t'en croire
92 DlALOGUB
Le Second.
• Et rien, rien; J'ay assez bon bruit et renom.
Le Premier.
Tu n'y changeras jà ton nom.
Le Second.
Gomment?
Le Premier.
Il demourra entier.
Le Second.
J'y deviendray gay et mignon Frisque, gaillard, bon compaignon.
Le Premier.
De se trop venter n'est mestier ; Dedans dix ans comme avanthier L'Abusé tu te nommeras.
Le Second.
Tais toy, beau sire, le quartier En vault une aulne.
Le Premier.
Hé ! Gaultier, De brief tu le congnoistras.
Le Second.
Hé, par Dieu, tu m'appelleras, Avant qu'il soit deux ans, non plus, Monsieur; puis tu m'acolleras.
DBS Abusez. 93
Et cest honneur tu me feras , Veulles ou non, je le conclus.
Le Pbbmibh.
£t si j'estoys des bras perclus Et muet, ou, par aventure, En quelque hermitage reclus?
Lb Second.
Laisse ce propos; au surplus Cela viendroit contré nature.
Le Premibb.
La féminine créature
Tu serviras donc désormais.
Lb Second.
Et de quoy?
Lb Premibb.
Si, par conjecture, Tu les servois de couverture, Ce te seroit bon entremectz.
Le Second.
Cela ne se feroit jamais.
Le Premier.
Ung tel que toy^y perviendroit.
Lb Second.
Je ne sçay.
Le Premier.
Je le te promectz.
94 DlAlOGVC
Le SrBcoirD.
Bien délibéré je suis ; mab Je ne sçay si on le Toaldrok.
Le Premteii.
Les Dames ayment l)ien le droH'*, Je l'ay veu par expérience ; Donc, par le droit, «a eest endroit, L'une et l'autre te sonistiendraft
Le Second.
N'en font ilz point de-censciBice?
Le Premier.
Conscience, quoy? La science Ont de jeunesse pratiquée.
Le Second.
Avec ung peu d^intefligence La Dame donc en diligence, En droit peult estre appliquée.
L^ Prkhieh.
Quant la Dame est bien atriquée^ Alors congnoist-on son coura^.
D'autant qu'elle est en droit picquée Fréquentée et communiquée, De tant plus en requiert l'usage.
r. Jeu de mota»
DES ABVSBZ. 95
Le Premieb.
Laissons ce plait et ce langage ; Le droit est assez debatu.
Le Second.
Se de Dieu je n'ay avantage Salaire, support, ou bon gage Me voilà cheut et abatu.
Le PaaaiiKB.
Se premier tu n*as combatu De droit, on n'en sçaroit juger.
Le Sftcaifp.
Tel porte souvent^ enteoë-tu, Le baston dont il est batu.
Le Preiubr.
Te veulx tu jà descourager.
Le 8sgon4>.
Pour mieulx mes espritz sodager Je veux sçavoir quel il y feiet.
Le P«BaiBR.
Ne t'y lesses pmi^vdrtniger.
Le S«<»mB.
Se je m'y puis advantager, Me voylà debout et reffaict.
Ls Pbbmibb.
Quant est de moy, de tu«ir parfaict Les seigneurs v^ulx servir, nais quoy !
96 Dialogue
Le mal me prend, je suis deffoict , Pressuposé qu'en dit et faict Homme suis pour servir ung roy.
Le Second.
S'il ne survient grand desarroy, Avec ces dames, gentes trongnes, J'y fay mon cas et gay et coy; La raison te diray pourquoy :
Je leur feray bien leurs besongnes.
Pour ung soûlas cent mille hongnes Tu y aras dru et souvent.
Le Second.
Pour endurer un peu de grongnes, Ung peu de courroux, de vergongnes, Autant en emporte le vent.
Le Premier.
Mieulx vauldroit servir ung couvent ; Je le congnois trop de pieça.
Le Second.
C'est bien entendu, on les vend.
Le Premier.
Sus, de par Dieu, crac, à l'esvent Bon pied, bon œil.
Le Second.
Or ça, or ça, C'est tout ung ; mais l'an qui passa
DES AbuSBZ.
Comme moi y as esté pris.
Le Premibe.
N'eust esté qu'on me menassa Et quelqu'un qui me pourchassa, J'eusse en amours gaigné le pris.
Le Second.
Jamais homme ne fut repris De servir dames de cueur gay.
Le Premier.
Qui ne les sert...
Le Second.
En est repris ; Brief, tout honneur y est compris.
Comment le scez-tu?
Le Second.
Je le sçay.
Le Premier.
Où Tas-tu congneu?
Le Second.
A Tessay.
Le Premier.
Tu as fréquenté leur escole?
Le Second.
L'an passé, pour m'oster d'esmay
9» Dialogue
Je n'en bougé le moys de may.
Le Premier.
Tu y apprins mainte bricolle.
Le Second.
Puisque je suis en chaulde colle , Et que mon voulloir s'y adresse , Et que l'on y baise et acolle , Dès aujourd'huy je me recolle De pourchasser une maistresse.
Le Premier.
Tu y prens goust.
Le Second. Voire, sans cesse.
Le Premier.
Tu t'en repentiras.
Le Second.
Et puis?
Le Premier.
Tu y as usé ta jeunesse.
Le Second.
J'ay aussi vescu en lyesse.
Le Premier.
Mais en tristesse.
Le Second.
Hz sont cuytz.
des abusez. 99
Le Premier.
Daines sont fresles.
Lé Sbcond.
Je le sHis.
Le Premier.
C'est donc a tel sainct telle offrande.
. Le Second.
Tels gens comme moy y sont duytz.
Le Premier.
Telz gens que toy y sont seduyctz.
Le Second.
Gomment * cest homme me gourmande 1
Tu congnois sans qu'on te le mande Que femmes n'ont (noint de tenue.
L'une en veult et l'autre en demande; L'une brait hault, l'autre commande ; L'une veult estre entretenue, L'autre veult estre soustenue ; L'une dict : je veulx qu'on le face; L'autre dict, pour la retenue, Qu'on la servira toute nue, Sinon qu'il fault vuyder la place.