‹ Œuvres de Roger de Collerye (volume 2)Chapitre 50 sur 123 · SERMON POUR UNE NOPCE · texte numérisé non relu

SERMON POUR UNE NOPCE

LE riiB8CHE0R, habUlé en femme,

THBtJMB Auiit, fUiat 9t vide.

e theume que j'ay dévidé Est escript d'une grosse plume Aussi pesante qu'une enclume, Et d'un vielz psaultier enfumé

I. n existe deux antres versions de ce sermon; l'une, in-80, de 4 feniUets, a éi4 Imprimée )» Ronen chez Loys Costé, libraire, me Escnyère, anx Trois Croix couronnées, sons ce titre : Discoure joyeux pour advertir la Nouvelle Mariée de ce qu*elle doit faire la première nuioty et réimprimée chez Onirandet, i83û, in- 16 de la fenOlets.

L'autre version, sans date, a été imprimée "h Lyon sons ce titre : Plaisant discours et avertissement aux Nouvelles Mariées pour se bien et proprement comporter la première nuict de leurs nopces, recité à ung valet par un jeune homme LyonnoiSf le jour du Jeudy Gras dernier, et réimprimée chez Pinard, i83o (in-ia de i5 pages, tirék 60 exemplaires).

L'éditeur de cette dernière réimpression accuse son collègue d'avoir fait une édition honteuse ; il ignore Texlstence du texte de Loys Costé, texte très-mauvais en effet, que la réimpression in-i6 a copié littéralement, de telle sorte qu'en résumé c'est 2i Loys Costé que remontent les reproches amers prodlgiïés si complaisamment )» l'éditeur im-

lia Sermon

Je Tay extraict et escumé Alfin d'en faire ung bon brouet.

A propos, ung chartier sans fouet Qui ne dit dea ne hurehau, Pourroit-il toucher son chevau,

primé chex Goiraadet, par rédi|«ur imprimé chez Pinard. Ce dernier eût pu sans doute remplacer quelques-uns de ces reproches par quelques recherches qui lui eussent procuré un t^te plus complet et &it eonni^re, dans Roger de CoUerye, Vauteur de la pièce.

Ces sermons grotesques tirent leur origine, indirectement, il est vrai , et & titre de caricature , des mystères. Les habitudes et les traditions littéraires nées de la Foi religieuse, ezistoient encore, lorsque la Foi elle-même avoit perdu cette influence qui lui avoit donné presque entière, ment la direction de la littérature au moyen fige. Les esprits railleurs de la fin du xvo siècle et du commencement du xvie trouvoient quelque chose de ridicule et de bouffon dans les naïvetés des mystères, naïvetés dont Us avoient oublié les origines, et qui étoient un des côtés d'un art admirable qu'ils ne pouvoient plus comprendre. Ils firent un premier pas , timide encore , dans cette voie de caricature, et ils créèrent le genre des Sermons et Légendes simplement gais et naïvement gprotesques ; c'est k cet ordre qu'appartiennent le Récit du martyre de monseigneur Saint-Hareng et les autres Légendes bouffonnes de ce genre. Quelques autres firent un pas de plus, et débitèrent, comme le fait Ici R. de Collerye, des sermons naTvement obscènes. Enfin , la Réforme s'empara habilement de ces naïvetés, et les détourna de leur but primitif; elle en méconnut l'esprit , les supposa hostiles 1^ oh elles n'étaient que gaies, les rendit, du reste, ftcres et venimeuses, et les fit passer de l'état de simples bouffonneries k l'état d'armes de guerre. C'est sur ces données que repose tout entière Y Apologie d'Henry Estienne ; et il ne faut pas oublier ces traditions inoffensives de l'esprit trouvère, si l'on veut jeter quelque lumière nouvelle sur les mystérieuses origines du genre et de l'art de Rabelais.

POUR UNK NOPCB. Il3

Sa jument, son asne ou sa besfe?

Jamais, car ung homme sans teste N'a point besoing de chapperon Ne de picqoer de Tesperon ; Qu'il soit ainsi, sans faire espreuye Soubdainement je vous le preuve :

Je prens le cas qu'une fillette Frisque, gaillarde et guillerette Yeult estre aujourd'huy mariée Et à ung masle apparée.

Assavoir mon s'il se peult faire Pour à son plaisir satisfaire?

Je veulx dire que ouy, pourveu Que le itiarié soit pourveu D'ung baston à feu et d'oultilz Soudains, ligiôrs, chaulx, et hatific.

Sans instrumens on ne faict rien En telz cas, vous le scavez bien.

Laissons cela et retournons' A nostre theume, et revenons Au point principal : qui pourra.

En face ainsi comme il vouldra; Car je suis bien seure et certaine Qui joustera à la quintaine *, Avant qu'il soit demain matin, Sans trop escumer le latin,

X. Les ao vers sairants manquent dans les deux antres ▼enimis.

a. <^e œlnl qui joutera, etc., pourra Men dëfricher, «te.

1x4 Sbrmon

Je dy qu'on peult bien défricher Ung terrouer, sans dénicher Le trou où estoient les oyseaulx.

Tout soudain chaussa ses houseaulx', Puis après monta à cheval, Et en courant à mont, à val, Pour éviter les grans dangers, Guydant arriver à Angiers Il vint coucher à Carcassonne *.

Or, avant que la cloche sonne.

De peur de perdre mon mémoire, Je vous pry donnez moi à boire.

{Elle boyL) Beaucoup de gens trouvent estrange De veoir ung dyable avec ung ange; Petis musequins, fines trongnes, Friquelimiques fatrillonnes, Escoutez bien et retenez, Oyez, entendez, aprenez Le bien qu'on a en mariage : Le premier an, de franc courage On s'entrebaise, on s'entracoUe, On jaze, on caqueté, on bricolle, On faict le dyable de Vauvert * ;

I. Sans doate ce défricheur dont il parle plus haut ; cette partie , dn reste , semble yonloir prendre les allures du ooq-h-rftne.

a. Jeu de mots sur ange et sur carcatte.

3. Vauvert , habitation située k l'endroit oh se trouve actueUement l'Obsenratoire de Paris. Les diables s'en étaient

POUR UNE NOPCB. i<5

Jamais il n*y a feu couvert ; Tout va sen dessoubz, pelle melle.

S'il vient qu'el soit belle fumelle, Le povre mary s'esvertue De labourer, tant qu'il s'en tue; Puis à deffricher il s'aplique Si fort, qu'il en demeure éthique.

L'an d'après, jà escorniflé Voyant qu'elle a le ventre enflé ", Il se commence à soucyer, Et à chagrin s'assocyer ; n plaint la teste, puis les dents, Et a les oreilles pendans Ne plus ne moins comme un lymier.

S'il advient qu'il soit coustumier De faire ung enfant tous les ans, Telz jeux ne luy sont plus plaisans; Et bien souvent, pour leur entrée.

Font' deux enfans d'une ventrée.

Qui est lors eshay? C'est il.

En disant: « mauldit soit l'ostil, Le fourneau, la forge, et le moule, -»

On le faict tenir pied à boule Et recommancer à l'ouvrage

emparas, et y firent rage jusqa'en xaSx, époque oU saint Lonis y installa an couvent de Chartreux.

X. C^ vers est omis dans Tëdition de Bouen; il est remplacé dans rëdition de Lyon par celui-ci :

KMhioé, blesme, essoafllé.

ii6 Sermon

Qui est subject à mariage.

Et, après qu'il a folâtré,

n vouldroit bien estre châtré

Quant il voit que sa femme est grosde.

Si en arez vous oeste endosse,

Vous aultres jeunes mariez.

Et serez tansez, hariez

De voz femmes à tous propos.

Y cuydez-vous avoir repos

En mariage, mes mignons?

Ouy dea ! de beaulx bons compaignons

Ne s'en font aujourd'huy que rire ;

Et puis à chacun ilz vont dire.

Quant quelcuft s'est apparié :

Et voyla Trop tost maryé.

Qui en est Jobelin bridé.

Audiy filia, et vide.

Prime '.

Avant qu'en ma matière entrer, À genoulx il vous fault veautrer Devant noôtre belle espousée, En luy disant : a doulce rosée, Dieu te doint ung bien bon confort, S'il advient que trop grant effort Te face la nuyt ton mary ; Et que ton cgbut ne soit marry

I. Entrée en maUère. Ce mot manque ^ana les deux antres éditions.

POUa UNE NOPCE. XZ7

De Tassault qu'il te donnera, Car je croy qu'il s'adonnera Celle nuyt entre deux blancs draps A t'acoller gay, braa à bras, Et te donra tel coup de lance Qu'elle entrera jusqu'à ta pance ; Il est vrai, c'est un point vuydé. »

jévdiy filia^ et vide.

Pour tant qu'il n'advient pas souvent ' Qu'en ung monstier n'en ung couvent On veoit ainsi prescher les femmes, Je vous diray, seigneurs et dames, Qu'il est bien de nécessité, Autant en ville qu'en cité Que femmes preschent la raison; Le temps le veult et la saison.

La femme retient à ung coup Choses assez, et plus beaucoup Que ne faict l'homme en maintz endroitz, Posé que les loix et les droitz Soustiennent que l'homme comprent Plus que la femme ; mais el' prent A toutes mains quant on luy baille.

A celle fin que je ne saille Du coq à l'asne* , somme toute,

I. Les x5 vers saiyants manquent aux autres éditions. a. Cet hëmlstlche est remplacé dans les deux antres éditions par celui-ci :

raictet silence.

ii8 Sermon

n est besoing ((ue ron escoute Mon preschement et ma doctrine.

Se Tespousé plaint la poitrine Demain au matin, on la teste, Je suys d'avis qu'on lui appreste Le beau petit chaudeau Flamant ', Et qu'il ne soit point si gourment De le humer tout seul, sans elle.

Qu'il a gardée d'estre pucelle.

Si est il bien en lui d'atendre Jusqu'à troys jours sans y entendre, Ainsi que fist le bon Thobie.

Mais s'elle veult estre fourbye, Ainsi qu'il survient en sursault, Sans luy livrer trop dur assault, Je suis bien d'avis qu'il la traicte De trois bons coups tous d'une traicte, Et si le courage luy croist, Qu'elle ait des verges sainct Benoist, Car l'église l'a décidé, Audiyfilia, etnide.

Les œuvres de miséricorde Vous recommander je m'accorde Avant que plus loing procéder.

Qu'il vous plaise d'intercéder Pour toutes femmes çà et là Qui, par la faulte de cela,

I. Voyez la recette de ce potage dans le Ménagitr de Partie tome II, page x4i>

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