ÉPISTRE A CERTAINES DAMES
our estre exempt de toute ingratitude, Recongnoissant, en grant sollicitude , Le beau présent que vous m'avez transmis Veu voz vertus, dont avez multitude,
t. Laiàamgw, blesser.
a. Un outrage contre raison n'est pas regardé comme, etc.
36 Épistbes.
Et vostre cueur garny de rectitude, Vous mercier me desplaist qu*ay tant mis. • Mais, se Dieu plaist, comme font vrays amis, Joieusement, ainsi qu'on se façonne^ Regracier vous iray en personne.
Et n'eust esté la griefve maladie Qui m*a tenu, quelque chose qu'on die.
Plus maulgré moy beaucoup que n'ay voulu.
Et que mou corps, se je n'y remédie, Trpp rudement nuict et jour m'attedie, De quoy ma bourse en a bien pis valu.
Pour tout certain, en un mot résolu.
D'aller vers vous j'eusse faict mon debvoir; Mais l'accident m'a gardé de vous veoir.
Et soubz l'espoir qu'en voz grâces seray, Penser en vous jamais ne cesseray Jusques au jour que vous verray en face.
Et ce pendant de moy je penseray, Et avec gens le temps je passeray, Affin qu'ennuy ne me quière ne trace. • Et, au surplus, autre bien ne pourchasse. Fors seullement vostre grâce acquérir.
Et pour l'avoir vous sopcher et quérir.
Du plBS que vostre que sçavez , Iiequel souvent veu vous avez.
I. Inversion fréquente chez CoUerye : il me déplaît â'ftvoir iBte tant de retard 2i vous remercier.
a. Tracer, Irdoherf chercher, enoore conaerfé dftns le patois normand.
Ëpistres.
A la nompareille du inonde Saint et honneur pnr et monde.
our esveiller voz espritz gracieux, Trop plus qu'humains et trop soladeux, Geste epistre de cueurgay vous envoyé, Vous suppliant que, quant serez en voye De prendre goust au mien loyal vouloir, Qu'en vostre cueur vous me faciez valloir; Et que pour nul , tant soit il regreté, De vostre amour je ne soys regecté; Car vous scavez que mon affection Gist en honneur, sans quelque fiction.
Prudence avez pour bien apparcevoir Quant vray amant faict son loyal debvoir, Et congnoissez que je n'ay mérité D'estre par vous d'amours déshérité.
Mes dictz ne sont pour nully dispersez, Ne pour mes faictz sur tous autres prisez, * Ains seuUement pour donner à entendre Qu'à vous aymer loyaulment je veulx tendre.
Et s'ainsi est que j'ay trop entrepris De consentir que mon cueur soit surpris
t. Je n*ëcTl8 pour personne, pas même pour fkire paraître mes actions pins dignes de louanges que celles d'autmi, mais seulement pour, etc.
38 ËPISTRES.
De vous, belle, tant plaine de value, Ce neantmoins, humblement vous salue, Gomme celluy qui ne quiert et pourchasse Que demeurer et estre en vostre grâce.
Et si souhaitz avoient force et vigueur, A tout jamais seriez de corps et d'ame Entièrement ma seulle et chère dame.
Oncques Paris, qui de mer les perilz Voulut souffrir, en ses gens esperitz , ' N'ayroa autant, je croy, la belle Heleine, Gomme moy vous, d'une amour non villaine.
En doulx maintien et bénigne faconde.
Gomme je croy, n*avez point de seconde.
Avecques ce, je suis assez recors Que de beaulté est doué vostre corps; Et si le mien en est mal ordonné.
Tout tel qu'il est entier vous Tay donné.
Et de rechef je vous en fais le don , En espérant d'en avoir bon guerdon.
Letres , allez faire vostre semonce Et m'apportez de la belle responce.
j. Dans sa gentille ardeur.
ÉPISTRB8. 39