XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE
selle d'un lyon, sans aucune difference. Pourquoy cela? )arce qu'ils regardoyent leurs dieux en la diversité de es statues. Saint Pierre (!) nous commande d'obeir aux Superieurs, encore qu'ils fussent meschans *. (i) Nostre Seigneur, Nostre Dame et saint Joseph nous ont fort bien enseigné ceste facon d'obeir, au voyage qu'ils firent de Nazareth en Bethlehem *; car Cesar ayant fait un edict, que tous ses subjets allassent au lieu de leur naissance pour y estre enroollés, ils y allerent amoureusement pour satisfaire à ceste obeissance, bien que Cesar fust payen et idolastre : Nostre Seigneur voulant monstrer par là que nous ne devons jamais regarder au visage de ceux qui commandent, pourveu qu'ils ayent le pouvoir de commander.
G) Passons maintenant à la seconde proprieté de l'obeissance aveugle. Apres donc qu'elle a gaigné ce poinct de ne pas regarder ceux qui commandent, ains de se sousmettre également à toutes sortes de Superieurs, elle passe outre et vient au second, qui est d'obeir sans considerer l'intention ni la fin pour laquelle le commandement est fait, se contentant de scavoir qu'il est fait, sans s'amuser à considerer s'il est bien ou mal
(i) Saint — Paul nous commande d'obeir à nos Superieurs, disant : Obeissez à vos Superieurs; encore qu'ils fussent meschans, adjouste saint Pierre. De cecy, saint Paul nous en a monstré l'exemple, puisque estant un jour mené devant le Pontife, il y eut un de ses valets qui le frappa impudemment sur la joüe; et le grand Apostre, se voyant frappé sans raison, par son authorité apostolique luy donna sa malediction, disant : Dieu te frappe, paroy blanchie ! Mais despuis, sçachant que cest homme qui l'avoit frappé avoit de l'authorité et de la superiorité de la part du Pontife, il s'en repentit, et dit pour tesmoigner son desplaisir : Certes, je ne sgavois pas qu’il fust Pontife, car nous autres Chrestiens sommes enseignés qu'il faut honnorer tous ceux qui ont quelque superiorité sur nous. ( Ms. et Coll.)
(j) I1 y a dans la Sainte Escriture des exemples admirables de l'obeissance aveugle, comme je vous ay dit; mais dans l'Evangile, entre tous les autres il y en a un tres remarquable et qui est bien peu remarqué : c'est celuy du paralytique. Je l'ayme, celuy-cy, grandement, à cause de l'extreme simplicité avec laquelle il laissa faire de luy tout ce qu'on voulut. (Ms. et Coll.)
(1) C'est par suite d'une aute d'impression, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant la variante (i), que le texte de 1629 porte ici Pau/ au lieu de Pierre.
* I Ep., ii, 18.
* Luca, 11, 1-5.
' Gen., xn, 1.
174 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
fait, si l'on a raison ou non de faire tel ou tel commandement. Abraham s'est rendu fort recommandable en ceste obeissance. Dieu l'appelle et 'k) luy dit : Abraham, sors de ta terre et de ta parenté, c'est à dire hors de ta ville, ef l'en va au lieu que je te monstreray*. Abraham va sans replique. Hé! ne pouvoit-il pas bien dire : Seigneur, vous me dites que je sorte hors de la ville; dites moy donc, s'il vous plaist, de quel costé je sortiray. Il ne dit pas un mot, ains s'en alla où l'Esprit le portoit, sans regarder en aucune facon s'il alloit bien ou mal, pourquoy et à quelle intention Dieu luy avoit fait ce commandement si courtement, qu'il ne luy avoit pas seulement marqué le chemin par lequel il vouloit qu'il marchast. O certes, le vray obeissant ne fait pas des (!)
(k) ou fel commandement. — Le paralytique ayant desja esté fort longuement malade sans qu'aucun remede luy eust peu nullement servir, ses amis penserent et jugerent entre eux que si Nostre Seigneur le voyoit, qu'il le gueriroit. Ils se resolurent donc de le porter devant luy ; et un jour ils furent advertis qu'il estoit entré en une maison où on l'avoit invité pour prendre sa refection, cnvironné d'une grande multitude de peuple, à cause de sa renommée et pour ses miracles, chacun y accourant pour le voir ou pour recevoir la santé. Les amis du paralytique s'adviserent d'un artifice pour porter ce pauvre homme devant Nostre Seigneur, le montant dessus le couvert de la maison, laquelle ils descouvrirent, et puis devallerent ce pauvre malade, qui estoit perclus de tout le corps, enflé de tous costés, avec des cordes au milieu de la chambre, devant Nostre Seigneur ; lequel le guerit incontinent, tant pour la foy du malade, que pour la charité que ces bonnes gens avoyent pratiquée en son endroit. Mais vous ne scavez pas encor ce qui me plaist davantage en cest exemple et qui sert plus à mon propos: c'est l'extreme simplicité de l'obeissance du paralytique. Voyez-vous, avoit-il pas bien raison de dire : Helas! que me voulez-vous faire? me voulez-vous faire mourir, de me monter sur le couvert? ma vie vous ennuye-t'elle? que vous ay-je fait pour me faire souffrir le martyre que ce me sera d'estre ainsy tracassé ? Il avoit certes bien raison de vouloir considerer le mal qui luy devoit reussir de ceste entreprise que ses amis faisoyent. Rien de tout cela; il n'est point marqué en l'Evangile qu'il dist une seule parole, ains laissa faire de luy tout ce que l'on voulut en ceste occasion, bien que ceste obeissance luy deust couster la vie.
L'histoire d'Abraham est fort celebre. Dieu (Ms. et Coll.)
(1) de quel costé — je tireray, car il y a diverses portes et qui conduisent cn divers lieux. Il ne dit pas un mot, ains s'en alla où l'Esprit de Dieu le conduisoit, sans regarder : Vay-je bien ou mal? pourquoy, et à quelle intention Dieu m'a-t'il fait ce commandement, ne m'ayant pas seulement indiqué et monstré le chemin par lequel il veut que je marche? O certes, le vray obeissant ne fait point de tous ces (Ms. et Coll.)