XI. DE LA VERTU D'OBEISSANCE
discours; il se met simplement en besogne, sans s'enquerir d'autre chose que d'obeir.
Il semble que Nostre Seigneur mesme nous ayt voulu monstrer combien ceste sorte d'obeissance luy estoit agreable, lors qu'il s'apparut à saint Paul pour le convertir; car l'ayant appellé par son nom, il le fit cheoir par terre et l'aveugla. Voyez-vous, pour le faire son disciple il le fit tomber, pour l'humilier et l'assujettir à soy ; puis soudain il l'aveugla, et luy commanda de s'en aller en la ville trouver Ananias, et qu'il fist tout ce qu'il luy commanderoit*. Mais pourquoy Nostre Seigneur mesme ne luy dit-il pas ce qu'il devoit faire, sans le renvoyer plus loin, luy qui avoit bien daigné luy parler pour le convertir? Saint Paul fit tout ce qui luy fut commandé. Il n'eust rien cousté à Nostre Seigneur de luy dire luy mesme ce qu'il luy fit dire par Ananias, mais il vouloit que nous cognussions par cest exemple combien il ayme l'obeissance aveugle, puisqu'il semble qu'il n'aveugla saint Paul que pour le rendre vray obeissant.
Quand Nostre Seigneur voulut donner la veuë à l'aveugle né, il fit(m) de la bouë et la luy mit sur les yeux, luy commandant de s'aller laver en Za fontaine de Siloé*. Ce pauvre aveugle ne pouvoit-il pas bien s'estonner du moyen dont Nostre Seigneur usoit pour le guerir, et luy dire : Helas! que me faites-vous ? si je n'estois pas aveugle, cela seroit capable de me faire perdre la veué. Il ne fit point toutes ces considerations, ains il obeit tout simplement (2), Ainsi le vray obeissant croid simplement de pouvoir faire tout ce qu'on luy peut commander, parce qu'il tient que tous les commandemens
(m) L'aveugle né estant devant Nostre Seigneur ne demanda point sa guerison, mais Nostre Seigneur luy demanda s'il vouloit estre gueri et recouvrer la veué : Hé, de grace, je le veux, s'il vous plaist. Nostre Seigneur, sur sa response, prit (Ms.)
(n) Za veué. — Vous me dites que je m'aille laver en un tel lieu : menez-moy donc, car vous voyez bien que si l'on ne me conduit je n'y scaurois aller. Il obeit certes tout simplement, il ne considera rien de tout cecy, ains s'en alla sans faire reflexion qu'il ne fust pas en son pouvoir. (Ms. et Coll.)
* Act., ix, 4-8.
* Joan., 1x, 6, 7.
IV Reg., v. 9-14.
viennent de Dieu, ou sont faits par son inspiration, lesquels ne peuvent estre impossibles à raison de la puissance de Celuy qui commande.
Naaman le Syrien * n'en fit pas de la sorte, dont il luy en pensa arriver du mal. Cettui-cy estant ladre, s'en alla trouver Elisée pour estre gueri, parce que tous les remedes dont il avoit usé pour recouvrer sa premiere santé ne luy avoyent de rien servi. Scachant donc qu'Elisée faisoit de grandes merveilles, il s'en alla à luy, et estant arrivé il luy envoya un de ses gens pour le supplier de le vouloir guerir. Sur quoy Elisée ne sortit pas mesme de sa chambre, ains luy envoya dire par son serviteur qu'il s'allast laver sept fois au Jourdain et qu'il seroit gueri. A ceste response, Naaman commença à se dépiter et dire (o) : N'y a-t'il pas des eaux en nostre pays aussi bonnes que celles qui sont au fleuve Jourdain ? et n'en voulut rien faire. Mais ses gens luy remonstrerent qu'il devoit faire ce qui luy estoit enjoint par le Prophete, puisque c'estoit une chose si facile; il se laissa gaigner à leurs paroles, et s'estant lavé sept fois il fut gueri. Voyez-vous comment il se met en danger de ne point recouvrer sa santé, voulant faire tant de considerations sur ce qui estoit commandé ? (P)
La troisiesme proprieté de l'obeissance aveugle est qu'elle ne considere point et ne s'enquiert point tant par quel moyen elle pourra faire ce qui luy est commandé. Elle scait que le chemin par lequel elle doit aller est la Regle de la Religion et les commandemens des Superieurs; elle prend (4) ce chemin en simplicité
(o) ains /uy — manda dire par son serviteur et disciple Giesi de s'en aller laver au fleuve Jourdain sept fois, et qu'il seroit gueri. Naaman à ces nouvelles se despita et dit : ( Ms. et Coll.)
(p) si facile. — Vous auriez quelque raison, luy disoyent-ils, de refuser d'obeir, s'il vous eust commandé quelque chose bien difficile. Il se laissa gaigner à ces paroles, et s'estant baigné par sept fois, ainsi qu'il luy estoit commandé, il fut gueri. (Ms. et Coll.)
(q) par quel moyen — et quelle voye elle doit tenir pour bien obeir. Elle sçait que le chemin par lequel elle doit aller à Dieu est la Regle de la Religion et les commandemens des Superieurs; elle enfile (Ms. et Coll.)