‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 134 sur 267 · XII. DE LA SIMPLICITE · texte numérisé non relu

XII. DE LA SIMPLICITE

L'histoire tant commune des hostesses de Nostre Seigneur, Marthe et Magdelaine *, est grandement remarquable pour ce sujet; car ne voyez-vous pas que Marthe, bien que sa fin fust loüable de vouloir bien traitter Nostre Seigneur, ne laissa pas d'estre reprise par ce divin Maistre ? d'autant qu’outre la fin tres-bonne qu'elle avoit en son empressement, elle regardoit encor Nostre Seigneur entant qu'homme ; et pour cela elle croyoit qu'il fust comme les autres, auxquels un seul mets ou une sorte d'apprest ne suffit pas, et c'estoit cela qui faisoit qu'elle s'esmouvoit grandement à fin d'apprester plusieurs mets. Et (4) ainsi elle doubloit ceste premiere fin de l'amour de Dieu en son exercice, de plusieurs autres petites pretentions, desquelles elle fut reprise de Nostre Seigneur : Marthe, Marthe, tu te troubles de plusieurs choses, bien qu'une seule soit necessatre, qui est celle que Magdelaine a choisie et qui ne luy sera point ostée. Cest acte donc de charité simple qui fait que nous ne regardons et n'avons autre visée (+) en toutes nos actions que le seul desir de plaire à Dieu est [a part de Marie, qui est seule necessaire, et c'est la simplicité, vertu laquelle est inseparable de la charité, d'autant qu'elle regarde droit à Dieu, sans que jamais elle puisse souffrir aucun meslange de propre interest, autrement ce ne seroit plus simplicité; car elle ne peut souffrir aucune doublure des creatures ni aucune consideration d'icelles, Dieu seul y trouve place (f).

(8) Ceste vertu est purement chrestienne. Les payens, voire ceux qui ont le mieux parlé des autres vertus, n'en ont eu aucune cognoissance, non plus que de l'humilité ; car de la magnificence, de la liberalité, de

(d) 4 fin — de trouver des oranges, des citrons, du vinaigre, et semblables choses propres à resveiller l'appetit. Bt par

(e) mire

(f) souffrir — nulle doublure; les creatures ou la consideration d'icelles n'ont nulle place en la simplicité, Dieu seul y trouve sa retraitte.

(g) Ceste vertu est purement chrestienne, car les payens, voire ceux qui ont fort bien parlé des autres vertus, comme Platon et Aristote, n'en ont eu nulle cognoissance, non plus que de l'humilité. De la magnificence, de la liberalité, do

* Lucæ, x, 38-42.

Aatt., x, 16.

la constance, ils en ont fort bien escrit; mais de la simplicité et de l'humilité, rien du tout. Nostre Seigneur mesme est descendu du Ciel pour donner cognoissance aux hommes tant de l’une que de l’autre vertu, autrement ils eussent tousjours ignoré ceste doctrine si necessaire. Soyez prudens comme le serpent, dit-il à ses Apostres, mais passez plus outre, et soyez simples comme la colombe*. Apprenez de la colombe à aymer Dieu en simplicité de (h) cœur, n’ayant qu’une seule pretention et une seule fin en tout ce que vous ferez; mais n’imitez pas seulement la simplicité de l’amour des colombes en ce qu'elles n'ont tousjours qu'un paron pour lequel elles font tout et auquel seul elles veulent complaire (i), mais imitez-les aussi en la simplicité qu'elles pratiquent en l'exercice et au tesmoignage qu'elles rendent de leur amour ; car elles ne font point tant de choses ni tant de mignardises, ains elles font simplement leurs petits gemissemens à l'entour de leurs colombeaux, U) et se contentent de leur tenir compagnie quand ils sont presens.

La simplicité bannit de l'ame le soin et la sollicitude que plusieurs ont inutilement pour rechercher quantité d'exercices et de moyens pour pouvoir aymer Dieu, ainsi qu'ils disent ; et leur semble, s'ils ne font tout ce que les Saints ont fait, qu'ils ne sgauroyent estre contens. Pauvres gens! ils se tourmentent pour (X) trouver l'art d'aymer Dieu, et ne scavent pas qu'il n'y en a point d'autre que de l'aymer; ils pensent qu'il y ayt certaine finesse pour acquerir cest amour, lequel neantmoins ne se trouve qu'en la simplicité. Or, ce que nous

la prudence, de la constance, ils en ont fort bien escrit; mais de la simplicité et humilité, point. Nostre Seigneur luy-mesme { Reprendre au texte, lig. 5.)

(h) comme la colombe. — Comme s'il eust voulu dire : Apprenez de la colombe à aymer Dieu en simplicité, je veux dire, à procurer en vous l'augmentation de l'amour celeste en la simplicité de vostre

(i) complaire — et craignent de desplaire

(j) gemissemens — autour de leurs colombeaux, se tenant en ceste confiance, qu'ils sont tout asseurés de leur amour,

(k) Pamores gens! — qu'il y a grand'pitié en eux! car ils se tourmentent à

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