‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 150 sur 267 · XIII. De L'EsPriT DES REGLES · texte numérisé non relu

XIII. De L'EsPriT DES REGLES

cas si extraordinaires, que la perseverance nous fasse cognoistre que c’est la volonté de Dieu, comme il s’est trouvé, pour ce qui est de la Communion, en deux ou trois grandes Saintes, les directeurs desquelles vouloyent qu'elles communiassent tous les jours. Je trouve que c’est un tres-grand acte de perfection de se conformer en toutes choses à la Communauté et de ne s’en départir jamais par nostre propre choix; car outre que c'est un tres-bon moyen pour nous unir avec le prochain, c'est encore cacher à nous-mesmes nostre propre perfection.

Il y a une certaine simplicité de coeur en laquelle consiste la perfection de toutes les perfections, et c'est ceste simplicité qui fait que nostre ame ne regarde qu'à Dieu, et qu'elle se tient toute ramassée et resserrée en elle-mesme pour s'appliquer avec toute la fidelité qui luy est possible à l'observance de ses Regles, sans s'espancher à desirer ni vouloir entreprendre de faire plus que cela. Elle ne veut point faire des choses excellentes et extraordinaires qui la pourroyent faire estimer des creatures; et par ainsi elle se tient fort basse en elle-mesme et n'a pas des grandes satisfactions, car elle ne fait rien de sa propre volonté ni rien de plus que les autres, et ainsi (i) toute sa sainteté est cachée à ses yeux : Dieu seul la void, qui se delecte en sa simplicité, par laquelle elle ravit son coeur * et s'unit à luy. Elle tranche court à toutes les inventions de son amour propre, lequel prend une souveraine delectation à faire des entreprises de choses grandes et excellentes et qui nous font surestimer au dessus des autres. Telles ames jouissent par tout d'une grande paix et tranquillité d'esprit.

Jamais il ne faut ni penser ni croire que pour ne faire rien de plus que les autres et suivre la Communauté,

(i') car — ne faisant rien de sa propre volonté, ni rien de plus que les autres et que toute la Communauté, il luy semble qu'elle ne fait rien; (Ms. et Coll.)

* Cant., tv, 9.

236 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

nous ayons moins de merite. O non, car la perfection ne consiste point és (j) austerités ; encore que ce soyent des bons moyens d’y parvenir, et qu’elles soyent bonnes en elles-mesmes, neantmoins pour nous elles ne le sont pas, parce qu'elles ne sont pas conformes à nos Regles ni à l'esprit d'icelles, estant une plus grande perfection de se tenir dans leur simple observance et suivre la Communauté, que vouloir aller au delà. Celle qui se tiendra dans ces limites, je vous asseure qu'elle fera un grand chemin en peu de temps et rapportera beaucoup de fruict à ses Sœurs par son exemple. (k) En fin, quand nous sommes à ramer, il le faut faire par mesure ; ceux qui rament sur mer ne sont pas si tost battus pour ramer un peu laschement, que s'ils ne donnent les coups de rame par mesure. L'on doit tascher d'eslever les Novices toutes également, faisant les mesmes choses, à fin que l'on rame justement ; et si bien toutes ne le font pas avec égale perfection, nous ne scaurions qu'y faire, cela se trouve en toutes les Communautés.

Mais, dites-vous, c'est par mortification que vous demeurez un peu plus dans le chœur aux jours de feste que les autres, parce que le temps vous y a desja bien

(j') car — nous ne devenons pas parfaits et ne sommes pas plus agreables à Dieu pour la multiplicité des exercices, des penitences et austerités, ( Ms. et Coll.) mais ouy bien par la pureté d'amour avec laquelle nous les faisons. La perfection ne consiste pas aux (Ms.)

(k') beaucoup de — prof&t à ses Sœurs par son bon exemple. J'ay veu l'experience de cecy en deux Generaux des Chartreux ( 1), dont l'un est encor en vie, et l'autre est mort; et celuy-cy je le vis à Paris lors que j'y estois. Il estoit grandement austere, et ne mangeoit ordinairement que du pain et ne beuvoit que de l'eau. L'autre, au contraire, qui est aujourd'huy, n'est point singulier en aucune chose, et ne fait que ce que leur Communauté fait. Tous deux sont tres-grands serviteurs de Dieu; mais j'ay esté asseuré que celuy-cy est beaucoup plus aymé et estimé de ses Freres que non pas l'autre, et son exemple de douceur et conformité de vie les edifie beaucoup plus que non pas la rigueur qu'avoit l'autre envers soy-mesme. (Ms. et Coll.)

(1) Le premier de ces Généraux est, selon toute vraisemblance, Dom Jéróme Marchand (1588-1594), célébre par ses rigoureuses austérités, dont les Annales de l'Ordre des Chartreux indiquent le détail. Le second est Dom Bruno d'Affringues (1600-1631).

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