‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 149 sur 267 · XIII. DE L'EsPRIT DES REGLES · texte numérisé non relu

XIII. DE L'EsPRIT DES REGLES

qui ne fust tres-bon à faire, parce que, sans autre semonce, elles se portoyent incontinent à le faire, et que pour plus parfaitement observer leurs Regles, elles estoyent pointilleuses à la moindre petite dependance. Elle rapporte * qu'une fois il y eut une de ses filles qui n'ayant pas bien entendu quelque chose qu'une Superieure avoit commandé, luy dit qu'elle n'entendoit pas bien cela, et la Superieure luy respondant assez brusquement et inconsiderément : Allez mettre la teste dans un puits, luy dit-elle, et vous l'entendrez. La fille fut si prompte à partir de la main, que si on ne l'eust arrestée, elle s'alloit jetter dans un puits (1). Il y a certes moins à faire à estre exacte en l'observance des Regles, que non pas de les vouloir observer en partie. (d)

Je ne puis assez dire de quelle importance est ce poinct, d'estre ponctuel à la moindre chose qui sert à plus parfaitement observer la Regle, (*) comme aussi de ne vouloir rien entreprendre davantage, sous quelque pretexte que ce soit, parce que c'est le moyen de conserver la Religion en son entier et en sa premiere ferveur ; et le contraire de cela est ce qui la destruit et fait décheoir de sa premiere perfection. (f) Vous me

(d') en partie. — Par exemple, la Regle ordonne que en certain temps l'on ne parle point; il est beaucoup plus facile de s'en abstenir tout à fait que s'il y avoit des exceptions, parce qu'il ne faudroit pas seulement estre attentive à faire le silence, mais aussi pour parler aux occasions qui seroyent exceptées. La charité pourtant monstre assez quand c'est qu'on le peut faire sans enfreindre le commandement de ne point parler. (Ms. et Coll.)

(e') Za Regle, — voire mesme les moindres petites ceremonies, (Ms. et Coll.)

(f') perfection. — Voyez-vous, ce qui maintient les Peres Jesuites en la perfection de leur Institut, ce n'est autre chose que la fermeté qu'ils ont à recevoir toute sorte d'obeissances sans aucune replique. (Ms. et Coll.)

(1) Sainte Térése rapporte ce fait d'une maniére un peu différente : « Un jour, » écrit-elle, « où la Communauté se confessait, une Religieuse qui attendait qu'une autre eût achevé, s'approcha de la Supérieure pour lui parler. Celle-ci lui dit: « Comment, ma Sœur, venez-vous me parler en ce moment? est-ce donc là une bonne maniére de vous recueillir? Mettez plutôt la tête dans ce puits qui est prés de nous, et là pensez à vos péchés. » La Religieuse prit ces paroles pour un commandement de se jeter dans le puits, et courut si promptement pour l’exécuter, que si l'on ne se fût élancé sur ses pas pour la retenir, elle s'y serait précipitée. »

*Lib.Fundat.,c.xv

234 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

demandez s’il y auroit plus de perfection à se conformer tellement à la Communauté, que mesme l'on ne demandast point à faire de Communion extraordinaire ? Qui en doute, mes cheres filles? si ce n'est en certains cas, comme seroit és festes de nostre Patron ou du Saint auquel nous avons eu devotion toute nostre vie, ou quelque necessité fort pressante. Mais quant à certaines petites ferveurs que nous avons aucunes fois, qui sont passageres et qui pour l'ordinaire sont des effets de nostre nature, lesquelles nous font desirer la Communion, il ne faut point avoir esgard à cela, non plus que les mariniers n'en ont point à un certain vent qui se leve à la pointe du jour, lequel est produit des vapeurs qui s'eslevent de la terre et n'est pas de durée, ains cesse tout aussi tost que lesdites vapeurs sont un peu surlevées et dissipées ; et partant, le patron du navire qui le cognoist, ne crie point au vent et ne desploye point les voiles pour voguer à la faveur d'iceluy (8). De mesme nous autres, il ne faut pas que nous tenions pour un bon vent, c'est à dire pour inspiration, tant de petites volontés qui nous viennent, ores de demander à communier, tantost de faire oraison, tantost une autre chose ; car nostre amour propre, qui recherche tousjours sa satisfaction, demeureroit entierement content de tout cela, et principalement de ces petites inventions, et ne cesseroit de nous en fournir tousjours de nouvelles. Aujourd'huy que la Communauté communie, il vous suggerera qu'il faut que par humilité vous demandiez de vous en abstenir, (^) et lors que le temps de s'humilier viendra, il vous persuadera de vous resjouir et de demander la Communion pour cest effet ; et ainsi il ne seroit jamais fait. Il ne faut point tenir pour inspiration les choses qui sont hors de la Regle, si ce n'est en

(g) à Za faveur — de ce vent qui n'est que de la terre. (Ms. et Coll.)

(h') de vous en abstenir, — parce que c'est la feste d'un tel Saint qui apportoit tant de preparation pour recevoir le tres-saint Sacrement ; et vous, qui estes si peu preparée, il n'est pas raisonnable que vous le receviez si souvent; et choses seinblables. (Ms. et Coll.)

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