‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 152 sur 267 · XIII. Dg L’EsprIT DES REGLES · texte numérisé non relu

XIII. Dg L’EsprIT DES REGLES

pouvoyent facilement s’en exempter sans que personne s'en apperceust, car ne pouvoit-elle pas s'en aller en Nazaret, au lieu de s'en aller en Hierusalem? Mais elle ne le fait pas(P), ains tout simplement elle suit la communauté. Elle pouvoit bien dire : La loy n'est pas faite pour mon tres-cher Fils ni pour moy, elle ne nous oblige aucunement ; mais puisque le reste des hommes y est obligé et l'observe, nous nous y sousmettons tresvolontiers pour nous conformer à un chacun d'eux, et n'estre singuliers en aucune chose. L'Apostre saint Paul a fort bien dit * qu'7/ falloit que Nostre Seigneur fust semblable en toutes choses à ses freres, hormis le peché. Mais dites-moy, est-ce la crainte de la prevarication qui rendoit ceste Mere et son Fils si exacts à l'observance de la loy? Non certes, ce n'estoit pas cela, car il n'y avoit point de prevarication pour eux; ains ils estoyent attirés par l'amour qu'ils portoyent à leur Pere eternel.

L'on ne scauroit aymer le commandement si l'on n'ayme celuy qui le fait; à mesure que nous aymons et estimons celuy qui fait la loy, à mesure nous nous rendons exacts à l'observer. Les uns sont attachés à la loy par des chaisnes de fer et les autres par des chaisnes d'or : je veux dire, les seculiers qui observent les commandemens de Dieu pour la crainte qu'ils ont d'estre damnés, les observent par force et non par amour; mais les Religieux et ceux qui ont soin de la perfection de leur ame y sont attachés par des chaisnes d'or, c'est à dire par amour ; ils ayment les commandemens et les observent amoureusement, et pour les mieux observer ils embrassent l'observance des conseils. Et David dit * que Dieu a commandé que ses commandemens fussent

(p') foute pure, — ains elle estoit la pureté mesme. Ils pouvoyent facilement s'en exempter sans que personne s'en apperceust. La tres-sainte Vierge ne pouvoit-elle pas s'en aller en Nazaret au lieu d'aller en Hierusalem, et donner à quelque pauvre l'argent dequoy elle vouloit acheter les tourterelles qu'elle offrit? Ne vous semble-t'il pas qu'elle eust beaucoup mieux fait? O Dieu, elle ne fit rien de tout cela

* Heb., 11, 17,1V, 1

* Ps. cxviri, 4.

* Cf. Cant., v, 12.

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trop bien gardés.Voyez-vous comme il veut que l’on soit ponctuel à l'observance d'iceux? Ainsi certes le font (9) tous les vrays amans, car ils n’evitent pas seulement la prevarication de la loy, mais ils evitent aussi l’ombre de la prevarication ; et c'est pourquoy l'Espoux dit* que son Espouse ressemble à une colombe qui se tient (7) le long des fleuves qui coulent doucement, et dont les eaux sont cristallines. Vous scavez bien que la colombe se tient en asseurance aupres de ces eaux parce qu'elle y void les ombres des oyseaux de proye qu'elle redoute, et soudain qu'elle les void, elle prend la fuite et ainsi ne peut estre surprise. De mesme, veut dire le sacré Espoux, est ma bien-aymée ; car tandis qu'elle eschappe de devant l'ombre de la prevarication de mes commandemens, elle ne craint point de tomber entre les mains de la desobeissance. Certes, celuy qui se prive volontairement par le vœu d'obeissance de faire sa volonté és choses indifferentes, monstre assez quil ayme d'estre sousmis és necessaires et qui sont d'obligation. (5)

Il faut donc estre extremement ponctuelles en l'observance des loix et des regles qui nous sont données par Nostre Seigneur, mais sur tout en ce poinct de suivre en toutes choses la Communauté ; et se faut bien garder de dire que nous ne sommes pas tenues d'observer ceste Regle, ou commandement particulier de la Superieure, d'autant qu'il est fait pour les foibles, et que nous sommes fortes et robustes ; ni, au contraire, que le commandement est fait pour les fortes, et que (t) nous

(q') gardés — par ceux qui l'ayment. Voyez comme il desire que l'on soit ponctuel à l'observance. Aussi sont certes

(r') Espoux — au Cantique des Cantiques dit que son Espouse ressemble à une colombe qui se promeine

(s ) d'obligation. — Celuy qui se prive volontairement des richesses licites monstre qu'il ne veut pas les attaches illicites. Les Apostres, pour mieux observer le commandement que Nostre Seigneur leur avoit fait de renoncer à tous les biens de la terre, se priverent volontiers de ce qui leur estoit non seulement licite, mais necessaire.

(t) et que — nous n'y sommes pas obligées parce que

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