‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 161 sur 267 · XIV. DU JUGEMENT PROPRE · texte numérisé non relu

XIV. DU JUGEMENT PROPRE

soy-mesme ; elle ne faisoit pas toutes ces considerations vaines et inutiles : Que dira la Superieure si je luy dis cecy ou cela? Mais si je luy demande quelque soulagement, elle dira ou pensera que je suis bien tendre. Et pourquoy, s'il est vray, ne voulez-vous pas qu'elle le pense? Mais quand je luy dis mon besoin, elle me fait un visage si froid |y) qu'il semble qu'elle ne l'agrée pas. Il se peut bien faire, ma chere fille, que la Superieure ayant assez d'autres choses en l'esprit, n'a pas tousjours attention à rire ou parler fort gracieusement quand vous luy dites vostre mal; et c'est ce qui vous fasche, et vous oste, dites-vous, la confiance de luy aller dire vos incommodités. O Dieu! mes cheres filles, cela sont des enfances ; il faut aller simplement. Si la Superieure ou la Maistresse ne vous ont pas si bien receués comme vous voudriez, une fois, voire plusieurs, il ne faut pas se | fascher pourtant, ni juger qu'elles fassent tousjours de mesme ; Ô non, Nostre Seigneur les touchera peut estre de son esprit de suavité pour les rendre plus agreables à vostre premier retour.

Il ne faut pas estre aussi si tendres, que de vouloir tousjours dire toutes les incommodités que nous avons, quand elles me sont pas d'importance : un petit mal de teste ou un petit mal de dens, qui sera peut estre bien tost passé, si vous le voulez porter pour l'amour de Dieu, il n'est pas besoin de l'aller dire pour vous faire un peu plaindre. Peut estre que.vous ne le direz pas à la Superieure ou à celle qui vous peut faire prendre du soulagement, mais ouy plus facilement aux autres, parce, dites-vous, que vous voulez souffrir cela pour Dieu. O ma chere fille, si celd estoit que vous le voulussiez souffrir pour l'amour de Dieu, comme vous pensez (2), vous ne l’iriez pas dire à une autre que vous scavez bien qui se sentira obligée à declarer vostre mal à la Superieure ; et par ce moyen vous aurez en biaisant le soulagement que tout à la

(y) me fait — une mine si seche | Ms.) (z) de Dieu, — ainsi que vous le dites (Ms. et Coll.)

bonne foy vous eussiez mieux fait de demander simplement à celle qui vous pouvoit donner congé de le prendre; car vous sçavez bien que la Sœur à qui vous dites que la teste vous fait bien mal, n’a pas le pouvoir de vous dire que vous vous alliez coucher. Ce n'est donc à autre dessein ni intention, bien que l’on n’y pense pas expressément, sinon à fin d'estre un peu plainte par ceste Sceur, et cela fait grand bien à l’amour propre. Or, si c’est par rencontre que vous le dites, les Sceurs vous demandant peut estre comment vous vous portez à ceste heure là, il n’y a point de mal, pourveu que vous le disiez tout simplement, sans l’agrandir ou vous lamenter; mais hors de là, il ne faut le dire qu'à la Superieure ou à la Maistresse. (4) Il ne faut pas craindre non plus, encore qu'elles soyent un peu rigoureuses à faire la correction sur tel defaut; car, ma chere fille, vous ne leur ostez pas la confiance de vous la faire : allez donc tout simplement leur dire vostre mal.

Je croy bien que vous prenez plus de plaisir et de confiance de dire vostre mal à celle qui n'est point chargée de vous faire prendre du soulagement qu'à celle qui a ce soin et ce pouvoir ; car tandis que vous faites ainsi, chacun plaint ma Sceur telle, et se met-on en besogne pour pourvoir de remedes, au lieu que si vous le disiez à la Sœur qui a charge de vous, il faudroit entrer en sujetion de faire ce qu'elle ordonneroit : et cependant, c'est ceste benite sujetion que nous evitons tousjours de tout nostre cœur, l'amour propre (5) recherchant d'estre gouvernante de nous-mesme et maistresse de nostre propre volonté. Mais si je dis à la Superieure, repliquerez-vous, que j'ay mal à la teste, elle me dira

(a') ou à la Maistresse. — Vous repliquez que si vous le dites à la Superieure vous craignez de vous attendrir en le disant. Ne le dites donc pas si le mal ne le requiert, je veux dire qu'il ne soit pas d'importance. J'approuve grandement la coustume des Sœurs Carmelites, de ne point se plaindre ni descouvrir leurs incommodités sinon à la Superieure, et les Novices à la Maistresse. (Ms. et Coll.)

(b') nostre cœur, — par amour propre, (Coll.)

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