XV. De LA VoLoNTÉ DE Dieu
avec de plus beaux caracteres. Pourquoy cela, sinon parce qu’elle ne fait pas attention ni sur le papier qui n’est pas si bon, ni sur le caractere qui est mauvais, ains seulement sur moy qui luy escris. De mesme faut-il faire de la parole de Dieu : ne point regarder qui est-ce qui la nous apporte ou qui est-ce qui la nous declare ; il nous doit suffire que Dieu se sert de ce predicateur pour la nous enseigner. Et puisque nous voyons que Dieu l'honnore tant que de parler par sa bouche, comment est-ce que nous autres pourrions manquer d'honnorer et de respecter sa personne ? (7)
Ce qui a esté obmis de l'Entretien de la Confession (1)
Vous me voulez aujourd'huy interroger de la Confession ; j'en suis content, mes cheres filles. Et premierement je vous dis que c'est une liberté toute sainte et de la sacrée enfance spirituelle enseignée en l'Evangile, que celle que vous avez d'aller demander en simplicité de coeur à la Superieure, ou Directrice quant aux Novices, en quelle facon vous vous confesserez de certaines choses oü quelquefois vous vous trouvez embrouillées. Or, quand l'on vous dira que l'on ne croit pas qu'il y ait matiere de confession, l'on ne vous dit pas pour cela de ne vous en confesser point. Aussi feroit-on un tres-grand mal d'aller dire à un confesseur : Jay bien encore quelque faute, mais ma Superieure m'a defendu de m'en confesser; car outre que cela n'est nullement vray, vous obligez le confesseur à vous faire dire ceste faute, à laquelle peut estre, ne cognoissant
(z) [Voir la remarque (i'), p. 260.)
(1) Il y a erreur dans cette indication. On devrait lire : Ce qui a esté obmis au sujet de la Confession, et non pas ... de l'Entretien de la Confession, car il n'en est aucun qui porte ce titre. L'intention de sainte Jeanne-Frangoise de Chantal (voir note ( 1), p. 68) était évidemment de rattacher cette addition à l'Entretien XVe
280 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
ni le fond ni l’estat de vostre ame, ni la rondeur de vostre maniere de vie, il y croira trouver du pechè, et se mettra à blasmer la Superieure d'imprudence, d'ignorance et d'un mauvais gouvernement, murmurant contre vostre Institut, lequel en verité vous donne autant ou plus de liberté pour la conscience qu'en puissent avoir aucunes Religieuses. Jamais vos Superieures ne vous pressent de leur dire ce que vous ne leur voulez pas dire, ni jamais elles ne vous defendent de dire ce que vous voulez dire de vostre conscience à vos confesseurs ordinaires et extraordinaires.
Que si vous demeurez si longuement en confession, que toute la Communauté en soit incommodée, et que la Superieure vous die que vous deviez demander à vous confesser la derniere, selon l'ordre de la maison, à fin que les Sœurs qui doivent aller selon leur rang ordinaire n'en soyent pas incommodées, elle ne vous demande pas pour cela : Que dites-vous, ou que ne dites-vous pas? Elle ne fait nul mal de vous ressouvenir qu'il faut que tout aille par ordre en la maison de Dieu. Mais les fantasies de l'esprit humain sont estranges, pour peu que l'on les escoute! Je vous ay dit maintesfois, mes tres-cheres filles, que c'est la voye du Ciel que la simplicité, que les Superieures sont les lieutenantes de Dieu; celles qui vont à coeur ouvert, franchement et confidemment avec elles, ont trouvé le grand secret pour maintenir la tranquillité et la paix de l'esprit, et elles n'en trouveront gueres ailleurs. Mais je vous ay aussi dit que vous n'avez aucune obligation sur peine de peché de tout dire à la Superieure; beaucoup moins estes-vous gehennées à ne dire point cecy ou cela (2 au confesseur ;
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(a^. pour maintenir la — paix et tranquillit* du cœur : et bien souvent ceux ou celles qui vont avec reserve à l'endroit de leurs Superieurs et Superieures se trompent bien, parce que Dieu a reservé ce qu'ils cherchent en la sousmission et volontaire sujetion à l'authorité de leurs propres Superieurs. Tant que le bien nous est proche, il ne le faut pas chercher loin. Mais ressouvenezvous tousjours de ce que j'ay dit que vous n'estes point gehennées ni contraint-s de dire tout à la Su»:rieure, ni moins de ne pas dire ce que vous voudrez ( Ms, et Coll.)
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