XV. De t4 VoLoNTÉ DE Dieu
mouvemens ne sont pas pechés, d'autant qu'il n'est pas en nostre pouvoir de les empescher. (v) Il faut que la colere soit déreglée, ou qu'elle nous porte à des actions déreglées, pour estre peché. Il faut donc particulariser quelque chose qui porte peché.(w)
Je voudrois bien, de plus, que l'on eust un grand soin d'estre bien veritables, simples et charitables en la confession (veritable et simple est une mesme chose) : dire bien clairement ses fautes, sans fard, sans artifice, faisant attention que c'est à Dieu que nous parlons, auquel rien ne peut estre celé; fort charitables, ne meslant aucunement le prochain en vostre confession. Par exemple, ayant à vous confesser dequoy vous avez murmuré en vous-mesme ou bien avec les Sceurs de ce que la Superieure vous a parlé trop sechement, n'allez pas dire que vous avez murmuré de la correction trop brusque qu'elle vous a fait, mais simplement que vous avez murmuré contre la Superieure.(x) Dites seulement le mal que vous avez fait, et non pas la cause et ce qui vous y a poussée ; et jamais, ni directement ni indirectement, ne descouvrez le mal des autres en accusant le vostre, et ne donnez jamais sujet au confesseur de soupconner qui c'est qui a contribué à vostre peché. N'apportez aussi aucunes accusations inutiles en la
(v) de colere, — cela n'est pas bon, et n'est pas davantage que si vous disiez que vous avez eu plusieurs mouvemens de joye, car la colere est une passion comme la joye et la tristesse; et ne faut pas croire que tous les mouvemens de colere soyent peché, d'autant qu'il n'est pas en nostre pouvoir de nous empescher de ces assauts. Nous serons tousjours sujets à des passions, le veuillons-nous ou non; ces moines qui ont voulu dire le contraire ont esté condamnés par l'Eglise et par tous les Docteurs et Conciles. ( Ms. et Coll.)
(w) qui porte peché. — Par exemple : Je m'accuse dequoy estant dans le monde je fis une fois telle chose; et ne pas dire : J'ay fait des desobeissances ; mais il faut dire en quoy vous avez desobei; si c'est une chose legere ou d'importance. Je desirerois bien que l'on retinst cecy, parce qu'il est necessaire de le mettre en pratique. ( Ms. et Coll.)
(x) contre la Superieure ; — ou bien simplement : J'ay murmuré, sans autre chose; sinon qu'il faut dire si ç'a esté en vous-mesme ou bien avec quelque autre, car vous ne sçavez pas le danger et le mal qu'il y a en cecy. ( Ms. et Coll.)
278 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
confession. Vous avez eu des pensées d'imperfection sur le prochain, des pensées de vanité, voire mesme de plus mauvaises; vous avez eu des distractions en vos oraisons : si vous vous y estes arrestées deliberément, dites-le à la bonne foy, et ne soyez pas contentes de dire que vous n'avez pas apporté assez de soin à vous tenir recolligées durant le temps de l'oraison ; mais si vous avez esté negligentes à rejetter une distraction, dites-le, car ces accusations generales ne servent de rien à la confession y).
Je voudrois bien encor, mes cheres filles, qu'en ceste maison l'on portast grand honneur à ceux qui vous annoncent la parole de Dieu. Certes, on a beaucoup d'obligation de le faire ; car il semble que ce soyent des messagers celestes qui viennent de la part de Dieu pour nous enseigner le chemin de salut. Il les faut regarder comme tels, et non pas comme des simples hommes; car, quoy qu'ils ne parlent pas si bien que les hommes celestes, il ne faut pourtant rien rabattre de l’humilité et reverence avec laquelle nous devons recevoir la parole de Dieu, qui est tousjours la mesme, aussi pure, aussi sainte que si elle estoit dite et proferée par les Anges. Je remarque que quand j'escris à une personne sur du mauvais papier, et par consequent avec un mauvais caractere, elle me remercie avec autant d'affection que quand je luy escris sur du meilleur papier et
(y) de plus maucaises; — si vous vous y estes arrestée deliberément, dites-le à la bonne foy, comme de mesme si vous avez eu des distractions volontaires: ou bien que, faute de vous estre bien preparée au commencement de l'Office. vous l'avez dit avec distraction. Mais si cela n'est pas, ne vous mettez pas en peine d'aller dire que vous avez eu une grande negligence à vous tenir recueillie durant le temps de vos oraisons ; car, qu'est-ce que le confesseur entendra par ceste accusation ? Et puis, vous vous pourriez bien tromper aussi vous-mesme en cela, d'autant que ce n'est pas tousjours par nostre faute que nous ne sommes pas attentifs en nos prieres. Il faut faire tout simplement ce que lon peut pour estre attentifs en nos oraisons, et nous humilier tout doucement quand nous y manquons, sans faire ces scrupules de peché oà il n'y en a point. Estes-vous negligente à rejetter une distraction ? cela est autre chose ; confessez-vous en tout simplement, sans le preambule d'une continuelle negligence de vous tenir en la presence de Dieu, car cela ne sert de rien en la confession. ( Ms. et Coll.)