XVI. Des AVERSIONS
jugerez et que vous vous sentirez, faites-le avec une sainte liberté.
Il faut que je vous die encore, mes cheres filles, que la sainte Eglise n’est point si rigoureuse que l’on pourroit penser. Si vous avez une Sceur malade de la fievre tierce seulement, et qu'un jour de feste son acces la deust prendre pendant la Messe, vous pouvez et devez perdre la Messe pour demeurer aupres d’elle, bien qu’en la laissant seule il ne luy en deust point arriver de mal; car voyez-vous, la charité et la sainte douceur de nostre bonne Mere l'Eglise sont par tout surnageantes.
vous remet à vostre volonté, faites alors ce que vous voudrez. Si un jour de jeusne vous vous trouvez un peu mal et vous faites une mine melancolique, bien que vous ne vouliez pas, ni ayez pas besoin de rien prendre, à cela je vous dis, ma chere fille, au lieu de deux doigts de pain et de vin, prenez deux doigts de courage et de vigueur, à fin de ne pas, par vostre mine malade, rendre les autres malades pour l'apprehension qu'elles prendront de vostre mal.
Je vous diray bien plus, pour vous monstrer combien la sainte Eglise n'est pas si austere en ses commandemens. Vous avez une Sceur malade un jour de feste, elle n'a neantmoins que la fievre tierce, mais son acces luy prend pendant le temps de la Messe; elle se passera bien, ce semble, que personne demeure aupres d'elle pour demi-heure que durera la sainte Messe : je vous dis que vous pouvez perdre la Messe pour demeurer aupres d'elle, bien qu'il n'en deust point arriver de mal à la malade de la laisser. En fin, il faut tousjours exceder du costé de la charité en tout cecy, et pour les jeusnes particulierement, quand l'on prend d'ailleurs quelque travail pour la charité. ( Ms. et Coll.)