XVI. DES AVERSIONS
ou contre elle. Feray-je donques pas un grand peché de luy aller faire un rapport de quelque petit mot que la Superieure aura dit par mesgarde, lequel estant redit paroistra grand, et tiendra ce pauvre cœur en peine et en douleur ? Celle qui feroit cela feroit deux maux : elle contreviendroit doublement à la charité et parleroit en particulier. Au nom de Dieu, mes cheres filles, que jamais cela ne se fasse. Je ne voudrois pas mesme, generalement parlant, que l’on nommast à la Superieure les Sœurs qui parleroyent contre elle ; bien luy diroisje que l’on desapprouve telle et telle chose qu'elle fait, mais je ne luy dirois point qui fait ce desapprouvement ; car, mes cheres filles, si nous n’avons la ferveur et pureté de la charité, nous n’aurons jamais la perfection.
(r) Vous dites, si une Sœur n’avoit pas la confiance de parler à la Superieure, ou à l’Assistante en son absence, pour declarer le secret de son cœur, où neantmoins elle auroit besoin d'estre éclaircie, qu'est-ce qu'elle doit faire? Mes tres-cheres filles, il faut que la Superieure, ou l'Assistante en son absence, luy donne tres-facilement et cordialement permission de parler à qui elle voudra d'entre les Sceurs, sans en tesmoigner ni aversion ni secheresse de coeur, bien qu'il soit vray que si la Sœur continue, elle seroit imparfaite ; car elle est obligée à regarder Dieu en ses Superieures et en ce qu'elles luy disent, et des particulieres ne la pourront servir si utilement (5).
fait aucunes fois les unes aux autres, des manquemens en l'observance des Constitutions et en semblables petites choses; mais és grandes, il faut faire ce qui est en l'article De la Correction. (Ms. et Coll.)
(r°) Nous devons plus de respect et d'honneur à nos Superieurs qu'à nos bons Anges, parce que nos bons Anges ne sont qu'ambassadeurs de Dieu, et nos Superieurs tiennent la place de Dieu mesme; si que Nostre Seigneur a dit: Qui vous escoute, m'escoute, parlant des Superieurs, ef qui vous mesprise me mesprise. (Ms.)
(s') sans — tesmoigner aucune aversion de cela, ains estant bien consolée dequoy il plairoit à Dieu de la descharger d'autant. Mais il est pourtant vray que la Sœur commettroit une tres-grande imperfection, puisqu'elle ne doit regarder en la Superieure que Dieu seulement, ce qu'elle n'est pas tant obligée de faire en la personne des Sœurs. (Ms.)
308 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
® Vous voulez encore sçavoir, si la Superieure vous commande quelque chose contre les commandemens de Dieu et de son Eglise, si vous devez obeir. Nullement, mes cheres filles ; mais je vous diray pourtant que les Superieurs et Superieures approuvés du Pape peuvent pour la necessité, dispenser de certains commandemens de l'Eglise. Par exemple, un jour de jeusne particulier, comme une vigile, vous voyez une Sœur toute traisnante et langoureuse; vous pouvez et devez tout librement luy dire : Ne jeusnez pas. Si c'estoit pour tout un Caresme ou pour manger des viandes prohibées, il faudroit licence du Superieur. Mais il vous vient en pensée : Ceste fille n'a pas assez de mal pour ne pas jeusner. I1 ne faut pas tant esplucher pour le regard du jeusne ; l'Eglise veut que l'on penche tousjours plustost à la charité qu'à l'austerité. Ouy, mes cheres filles, si apres avoir representé une fois qu'il vous semble n'avoir pas assez de mal pour ne pas jeusner, la Superieure vous dit neantmoins que si, vous, obeissez sans scrupule ; que si elle dit que vous fassiez selon que vous
(t', Dites-vous, ma Mere, si les Superieurs ont le pouvoir de commander à leurs inferieurs des choses qui soyent contre les commandemens de Dieu ou de son Eglise: Non certes, bien que ce soit sous le pretexte de les esprouver; car leur authorité est subordonnée aux commandemens de Dieu et de l'Eglise, comme ceux de l'Eglise sont subordonnés, je veux dire sujets, à ceux de Dieu. Et si bien je scay que plusieurs l'ont fait, je croy qu'ils ne l'ont fait que par une grande simplicité, tant en ceux qui commandoyent qu'en ceux qui obeissoyent ; la simplicité leur sert d'excuse. Plusieurs par simplicité ont fait de ces obeissances, qui, s'ils eussent eu plus d'entendement, ne l'eussent pas fait ou deu faire. Mais je diray pourtant que les Superieurs et Superieures qui sont approuvés du Pape ont l'authorité de dispenser leurs inferieurs de certains commandemens de l'Eglise, quand ils voyent quelque sorte de necessité. Par exemple, la Superieure void une Sceur toute langoureuse, qui se trouve un peu mal un jour de jeusne; elle peut et luy doit commander librement de ne pas jeusner. Je dis pour des jours particuliers, car pour ne point jeusner de tout le Caresme il faut avoir la dispense du confesseur. Mais il vous vient du doute si ceste fille a assez de mal pour ne pas jeusner. O certes, il ne faut pas grande consideration pour le regard du jeusne, ains il vaut tousjours mieux pencher du costé de la charité que de l'austerité, car c'est l'intention de la sainte Eglise. Mais si la fille juge qu'elle pourra bien jeusner, elle le peut dire en simplicité à la Superieure. Que si nonobstant, la Superieure persevere à dire qu'elle ne jeusne pas, lors il le faut faire sans scrupule; mais si elle
MN