XVII. Des Vorx
appel et vocation, je n’entens pas parler de la vocation generale, telle qu’est celle par laquelle Nostre Seigneur appelle tous les hommes au Christianisme, ni encor de celle de laquelle il est dit en l'Evangile* que plusieurs sont appellés, mais peu sont esleus. Car Dieu qui desire de donner à tous la vie eternelle*, leur donne à tous les moyens d'y pouvoir arriver, et partant les appelle au Christianisme, et les a esleus, correspondans à ceste vocation suivant les attraits de Dieu; toutesfois, le nombre de ceux qui y viennent est bien petit en comparaison de ceux qui sont appellés (©).
Mais parlant plus particulierement de la vocation religieuse, je dis que plusieurs sont bien appellés de Dieu en la Religion, mais il y en a feu qui maintiennent et conservent leur vocation ; car ils commencent bien, mais ils ne sont (d) pas fidelles à correspondre à la grace, ni perseverans en la pratique de ce qui peut conserver leur vocation et la rendre bonne et asseurée*. Il y en a d'autres qui ne sont point bien appellés; neantmoins estans venus, leur vocation a esté bonifiée et ratifiée de Dieu. Ainsi en voyons-nous qui (©) viennent par despit et ennuy en Religion ; et quoy qu'il semble que ces vocations ne soyent pas bonnes, neantmoins on en a veu qui estans ainsi venus, ils ont fort bien reussi au service de Dieu. D'autres sont (f) incités d'entrer en
(c) mi encor de — ces paroles si redoutables de l'Evangile : Plusieurs sont appellés, mais peu sont esleus. Dieu appelle tous les hommes à estre Chrestiens parce qu'il desire de donner à fous la vie eternelle; mais pour cela tous ne viennent pas, quoy que tous soyent invités, et partant, feu sont esleus. C'est à dire, il y en a quelques-uns qui correspondent et suivent l'attrait de Dieu, mais peu sont esleus, peu viennent en comparaison des appels : et ce premier poinct est bien general et bien redoutable.
(d) Mais parlons plus en particulier de ces vocations. P/usieurs sont bien appellés de Dieu en la Religion, et neantmoins il y en a encor feu d'esleus, c'est à dire, il y en a peu de ceux-là qui maintiennent et conservent leur vocation. Ceux-cy sont bien apfellZs, mais quoy qu'ils ayent bien commencé, ils ne sont toutesfois
(e) de Dieu : — et cecy est un autre poinct. D'autres
( f) ils ont — esté des choisis et esleus : et c'est encor un autre poinct. Or, nous mettrons tous ces poincts les uns sur les autres, et tascherons de les tous recognoistre pour voir et trouver la bonne vocation. Plusieurs sont encor
* Matt., xx, 16, XXII, 14.
* [ Tim., n, 4.
* II Petri, 1, 10.
Lo... XI, 31.
312 Les sravs Emastans SPURITCE:S
Religion par 4zelque desastre et infortune qu'ils ont eu au monde. d'autres par le defaut de la santé ou beauté corporelie: et quov que ceux-cv avent des motifs qui de sov ne sont pas bons. neantmoins Dieu s'en sert pour appe:ler telles personnes. Ez fin les coyes de Dieu soni incomprehensibles. et ses fugemens inscrutables* et admirabies en la varieté des vocations et des moyens desquels Dieu se sert pour appeller ses creatures à son service, lesquels doivent estre tous honnores et reveréès&.
Or, de ceste grande varieté de vocations. s'ensuit que c'est une chose bien difficile que de recognoistre les vrayes vocations : et neantmoins c'est la premiere chose qui est requise pour donner sa voix, de scavoir si la fille proposée est bien appellée et si sa vocation est bonne. Comment donc, parmi une si grande varieté de vocations et par de si differens motifs, pourra-t'on recognoistre la bonne d'avec la mauvaise, pour n'estre point trompés? C'est une chose voirement de grande importance que ceste-cy, et laquelle est bien difficile : neantmoins elle ne l'est point tant que nous sovons entierement destitués de moyens pour recognoistre la bonté d'une vocation. Or, entre plusieurs que je pourrois alleguer, j'en diray un seul comme le meilleur de tous. Doncques la bonne vocation n'est autre chose qu'une volonté ferme et constante qu'a la personne appellée de vouloir servir Dieu en la maniere et au lieu auquel sa divine Majesté appelle ; et cela est la meilleure marque que l'on puisse avoir pour cognoistre quand une vocation est bonne.
Mais remarquez que, quand je dis une volonté ferme et constante de servir Dieu, je ne dis pas qu'elle fasse dés le commencement tout ce qu'il faut faire en sa vocation, avec une fermeté et constance si grande qu'elle soit exempte de toute repugnance, difficulté ou dégoust
(g) En fin — ce sont des choses rnserutables que les voyes de Dieu, et une chose admirable, belle et aymable que la varieté des vocations et des moyens desquels Dieu se sert pour appeller ses creatures à son service, et lesquels doivent estre honnorés et reverés par nous autres mortels.