‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 194 sur 267 · XVII. Des Vorx · texte numérisé non relu

XVII. Des Vorx

en ce qui en dépend. Non, je ne dis pas cela ; ni moins que ceste fermeté et constance soit telle qu'elle la rende exempte de faire des fautes, ni que pour cela elle soit si ferme qu'elle ne vienne jamais à chanceller ni varier en l'entreprise qu'elle a faite de pratiquer les moyens qui la peuvent conduire à la perfection. O non certes, ce n'est pas ce que je veux dire ; car tout homme est sujet à telle passion, changement et vicissitude, et tel aymera aujourd'huy une chose qui en aymera demain une autre; un jour ne ressemble jamais l'autre. Ce n'est pas donques par ces divers mouvemens et sentimens (h) qu'il faut juger de la fermeté et constance de la volonté au bien que l'on a une fois embrassé ; mais ouy bien si parmi ceste varieté de divers mouvemens la volonté demeure ferme à ne point quitter le bien qu'elle a embrassé, encor qu'elle sente le dégoust ou le refroidissement en l'amour de quelque vertuli), et qu'elle ne laisse pour cela de se servir des moyens qui luy sont marqués pour l'acquerir. Tellement que pour avoir une marque d'une bonne vocation, il ne faut pas une constance sensible, mais qui soit en la partie superieure de l'esprit et laquelle soit effective.

Doncques, pour sçavoir si Dieu veut que l'on soit Religieux, il ne faut pas attendre qu'il nous parle sensiblement, ou qu'il nous envoye quelque Ange du Ciel pour nous signifier sa volonté ; ni moins est-il besoin d'avoir des revelations sur ce sujet. Il ne faut non plus

(h) ume chose — que demain il haira et en aymera une autre, car un jour ne ressemble jamais à l'autre. On ayme aujourd'huy l'humilité, et pour ce on dit : O que c'est une aymable vertu que l'humilité | certes, c'est la plus belle et la plus necessaire de toutes; et en ce temps-là on voudroit employer toutes ses forces pour l'acquerir. Mais le lendemain on en sera dégousté, ou bien on ne la prisera ni estimera pas tant qu'on faisoit hier. L'on dira bien que c'est une grande vertu, mais qu'encor qu'elle soit bien grande, si n'estelle pasla plus aymable de toutes; il faut tant avoir de peine pour l'acquerir que c'est pitié; et puis, apres cela, encor n'en a-t'on point, ou peu. Voyez comme nous sommes variables et sujets à l'inconstance. Ce n'est donques pas par ces divers mouvemens et accidens

(i) de — l'humilité

314 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

un examen de dix ou douze docteurs pour voir li) si l'inspiration est bonne ou mauvaise, s'il la faut suivre ou non; mais il faut bien correspondre et cultiver le premier mouvement, et puis ne se pas mettre en peine s’il vient des dégousts et des refroidissemens touchant cela ; car si l’on tasche tousjours de tenir sa volonté bien ferme à vouloir rechercher le bien qui nous est monstré, Dieu ne manquera pas de faire reussir le tout à sa gloire. Et quand je dis cecy, je ne parle pas seulement pour vous autres, mais encores pour les filles qui sont au monde, desquelles certes il faut avoir du soin, les aydant parmi leurs bons desseins(k). Quand elles ont les premiers mouvemens un peu forts, rien ne leur est difficile, il leur semble qu'elles franchiront toutes les difficultés ; mais quand elles sentent ces vicissitudes, et que ces sentimens ne sont plus si sensibles en la partie inferieure, il leur semble que tout est perdu et qu'il faille tout quitter : l'on veut et l'on ne veut pas; ce que l'on sent alors n'est pas suffisant pour faire quitter le monde. Je voudrois bien, dit une de ces filles, mais je ne scay pas si c'est la volonté de Dieu que je sois Religieuse, d'autant que l'inspiration que je sens à ceste heure n'est pas, ce me semble, assez forte. Il est bien vray que je l'ay eue beaucoup plus forte que je n'ay à ceste heure; mais comme elle n'est pas de durée, cela me fait croire qu'elle n'est pas bonne. (1)

Certes, quand je rencontre telles ames, je ne m'estonne point de ces dégousts et refroidissemens, ni moins croisje que pour iceux leur vocation ne soit pas bonne. Il faut seulement en cela avoir un grand soin pour les ayder et leur apprendre à ne se point estonner de ces

———— —MÓ MÀ ——

(j) docteurs — de la Sorbonne pour examiner

(k) avoir — un grand soin, et jalousie de leur ayder parmi leurs bons desirs.

(1) pas bonne. — J'en ay ouy parler à mes pere et mere qui m'y ont suadée, et ainsi l'envie m'en est venue; mais cela s'est aussi tost Passé, ce qui me fait croire que telle inspiration n'est pas de Dieu. En fin il faut faire mille examens pour cognoistre si l'on suivra ceste inspiration.

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