PRÉFACE
Avec Les Vrays Entretiens spirituels commence la seconde série des Œuvres de saint François de Sales. Ses précédents ouvrages lui ont coûté un travail préparatoire ; ils ont exigé parfois de longues méditations, de patientes et laborieuses recherches. Lui-même a fixé l'expression et donné à sa pensée une forme précise et définitive. Ici, rien de semblable : notre Saint devient auteur à son insu ; sa pensée est saisie à l'improviste, mais recueillie avec tant d'amour et de fidélité, car l'un est toujours la mesure de l'autre, que le livre offert au public, en 1629, par les Religieuses de la Visitation, est d'une authenticité incontestable.
On peut dire qu'entre les ouvrages publiés par notre saint Docteur et celui-ci, il existe la méme différence qu'entre le portrait d'un homme qui a posé et une photographie prise à la dérobée : d'une part, plus de dignité; de l’autre, plus de naturel, plus de grâce et non moins de ressemblance. Aucun livre ne mériterait mieux d’être intitulé : L’Esprit de saint François de Sales. Dans ces pages, qui ne sont pas tombées de sa plume mais qui ont jailli de l'intime de son âme, on le retrouve tout entier. Nulle part ne se révélent mieux cette vivacité d'intelligence, cette finesse d'observation, cet admirable sens pratique, cette merveilleuse intuition des grandeurs et des faiblesses du coeur humain, cette délicatesse de sentiments que nous admirons en notre Saint. Nulle part il ne montre plus de fermeté et plus
d’indulgence, plus de vigueur et plus de tendresse. Aussi personne ne peut connaître parfaitement saint François de Sales, s’il n’a étudié et médité ses Entretiens. Aider le lecteur dans cette étude, tel est le but que nous nous proposons, en exposant ici l’origine et la publication de l'ouvrage, sa valeur doctrinale et littéraire, la méthode adoptée pour la présente Edition, et la consciencieuse préparation dont elle a été l’objet.
Origine et publication des Entretiens
Les Vrays Entretiens spirituels sont un recueil de conférences adressées par saint François de Sales aux Religieuses de la Visitation. On rencontre ce mode d'enseignement simple et familier à l'origine de l'Eglise et à l'origine de tous les Ordres religieux. Si on ouvre l'Evangile, on y trouve en effet que le Sauveur du monde entretenait familiérement les foules au début de son ministére. Plus tard, quand les haines pharisaiques le contraignent à s'entourer de circonspection et à se servir d'un langage allégorique, nous le voyons expliquer en particulier à ses disciples les mystères du royaume de Dieu (1). C'est avec une intimité toujours croissante que, dans ces conversations ineffables, il les traite non comme ses serviteurs, mais comme ses amis, jusqu'à ce qu’enfin dans le discours qui suivit la Céne, il laisse déborder sans mesure les effusions de son amour infini, et leur communique fout ce qu'il a appris de son Père. A l'imitation de leur divin Maitre, les Apótres usérent souvent aussi de ce mode d'enseignement, ainsi que saint Luc le témoigne dans les Actes (2).
“ri Marc. iv. rn, 3f.
. 2) Cap. xr; xx, 19-36.