‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 3 sur 267 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

Peut-étre saint Francois de Sales s’inspirait-il de ces souvenirs quand il pronongait ses entretiens spirituels. Il aimait encore à se représenter les Pères du désert, dont souvent il rappelle les exemples et commente les paroles : il les dépeint faisant, eux aussi, des conférences ; car, « c'a esté de tout temps qu'il s'en est fait » (p. 135). Celles de Cassien (') lui étaient très connues, aussi bien que la Vie de saint Antoine, dans laquelle saint Athanase consacre des chapitres entiers à rapporter les entretiens que l’illustre solitaire faisait à ses disciples (2). Mais de tous les Patriarches du désert, aucun n’est aussi fréquemment cité que saint Pacôme, l’un de ceux qui mirent le plus en honneur les conférences spirituelles. Chaque nuit après l’Office, raconte son historien, il réunissait ses Frères, « selon l’usage, pour entendre la parole de Dieu. » Ses discours étaient considérés comme une sorte de sacramental, si bien que les auditeurs, après les avoir entendus avec dévotion, croyaient être assurés de la rémission de leurs péchés(3). Nous ne nous arrêterons pas à énumérer une multitude d'autres cénobites restés célèbres par leurs conférences spirituelles. Qu'il nous suffise de rappeler en terminant saint Dorothée, saint Jean Climaque et surtout saint Bernard.

Notre saint Docteur suivait donc des exemples bien autorisés en enseignant ses Filles de la Visitation par des entretiens familiers. Plus insinuantes et plus persuasives que le discours oratoire ou la parole écrite, ces instructions lui permettaient de pénétrer sürement les àmes des principes de perfection qui l'inspiraient lui-méme,

(1) Les Conférences et les Instituts de ce célèbre Cénobite jouissaient d'une telle autorité, que saint Benoit prescrivit (Reg., cap. xri) de les lire chaque soir ainsi que les Vies des Péres du désert, dans les Monastéres de son Ordre.

(2) Souvent ils commengaient par ces mots : « Bien que les Saintes Ecritures contiennent tout, il est trés bon de nous édifier par des discours mutuels. » Aprés ces exhortations, dit saint Athanase, tous les auditeurs se réjouissaient; le désir de la vertu embrasait les uns; la foi chancelante des autres était affermie; les vaines craintes, les dangereux préjugés étaient bannis de l'esprit et du cœur de tous. (Vita S. Ant., 88 16, 44.)

( 3) Vite Patrum, lib. I, Vita S. Pachomii, cc. xxx, xLvI,

ou plutét de les animer des pensées et des sentiments de Jésus-Christ. Reproduire sous des aspects différents et à des degrés infiniment variés, la vie intérieure et extérieure de ce Modèle de tous les prédestinés, c’est le but que se proposèrent tous les Fondateurs d'Ordres religieux, celui auquel visait surtout saint Francois de Sales.

Pendant plus de deux ans (juin 1610-octobre 1612) le théâtre de ses entretiens fut à Annecy la maison de la Galerie (1) et les vergers qui l'entouraient; l'auditoire, un petit groupe d’àmes d'élite : trois au début, huit à la fin de la première année, dix au bout de la seconde. Ces âmes, que l'appel divin avait saisies pour la plupart au milieu de positions brillantes selon le monde, n'avaient d'autre ambition que de se plonger dans l'obscurité, la pauvreté, le silence et l'immolation, de se faire oublier de la terre pour communiquer plus librement avec le Ciel. La Providence leur avait donné, en la personne de saint François de Sales, un Maitre capable de développer de telles aspirations. Toutes le vénéraient comme un Ange de Dieu et n'avaient pas moins de confiance en son dévouement que de foi en sa sagesse. Toutes étaient assez humbles pour réclamer les notions élémentaires de la vie spirituelle, assez éclairées pour èn goûter les enseignements les plus sublimes. De son cóté, notre Saint paraissait au milieu d'elles moins comme un législateur qui impose des lois que comme un pére qui apprend à ses enfants à essayer leurs pas. C'était donc de part et d'autre une douce intimité ; c'était un abandon filial qui n'enlevait rien au respect, une bonté paternelle qui n'excluait pas la fermeté. Le saint Fondateur, nous osons le dire, remplissait littéralement les fonctions de Maitre des Novices. Aucun incident ne se produisait dans la Communauté naissante, qu'il n'en füt aussitót instruit ; aucun doute ne s'élevait qu'on ne lui en demandàt la solution. Son inépuisable charité encourageait cet incessant

(1) L'humble demeure où la Visitation prit naissance devait son nom à une galerie couverte qui, jetée au-dessus de la voie publique, mettait la maison en communication avec un verger situé en face.

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